Après l'accord donné par le gouvernement israélien à un cessez-le-feu, les deux parties entreront dans une nouvelle phase de leur conflit à partir de dimanche 19 janvier, à 8h30 (heure française). Voici comment cet accord historique a pu être signé.
Improbable, voire impossible selon certains, cette entente entre Israéliens et Palestiniens a été rendue possible par de longues négociations. Qatariens, Egyptiens et Américains étaient impliqués pour réaliser l'opération, comme le révèle la BBC.
Le 15 janvier, les ambassadeurs d'Israël, de Palestine, d'Egypte, du Qatar et des Etats-Unis étaient réunis dans le même bâtiment, les deux ennemis ne se séparant plus que par un étage. Chacun était conscient que la signature d'un cessez-le-feu était plus proche que jamais, alors que le Premier ministre qatarien se préparait à prendre la parole en conférence de presse pour annoncer la nouvelle.
Dans l'ombre, des dizaines de diplomates s'affairaient pour rendre possible l'annonce du cessez-le-feu. Jamais les ambassadeurs envoyés par Jerusalem et Gaza ne se sont fait face, démontrant le rôle majeur joué par les acteurs étrangers.
«Dix minutes avant la conférence de presse, les négociations étaient en cours»
Le jour même, les négociateurs étaient loin de célébrer : «Littéralement 10 minutes avant la conférence de presse, les négociations étaient en cours. Les choses se sont en partie décidées au dernier moment», a expliqué une source proche au média britannique BBC.
Le contenu du cessez-le-feu reprend la proposition de Joe Biden, faite en mai dernier depuis la Maison Blanche. Elle préconise une trêve en trois phases : un cessez-le-feu, une libération des otages israéliens en échange des prisonniers palestiniens et finalement le départ des armées israéliennes de Gaza.
Mais l'espoir d'un accord s'est intensifié au cours du mois de décembre 2024. La position du Hamas, qui se sentait isolé notamment après la perte de son leader, Yahya Sinouar, en octobre et qui ne pouvait plus compter sur le Hezbollah, décimé par la guerre, rendait les discussions plus ouvertes que jamais. Un membre de l'administration Biden explique : «Il est difficile d'évaluer à quel point l'équation a changé à ce moment et ce que ça a eu comme impact pour le Hamas».
Donald Trump hausse le ton
Un officiel israélien, qui accusait le Hamas de «prendre son temps» et d'avoir «dicté» les échanges, plutôt que d'avoir consenti à une négociation, avant octobre, avoue que ce comportement a changé à partir de ces événements. Il raconte également que le changement de gouvernement américain a créé une nouvelle dynamique, tant dans le camp de Biden que dans le camp de Trump. L'un voulait terminer son mandat sur une note positive en politique internationale, l'autre voulait brillamment commencer le sien.
Les négociateurs de Joe Biden ont donc rencontré Benjamin Netanyahou le 12 décembre, sous les yeux de Jake Sullivan (conseiller de sécurité de la Maison Blanche), Brett McGurk (représentant du Moyen-Orient) et Bill Burns (directeur de la CIA). Cet entretien a duré plusieurs heures et a évoqué de nombreuses thématiques géopolitiques de la région, dont la possibilité de profiter du cessez-le-feu acquis avec le Liban (26 novembre 2024) pour enchaîner sur d'autres discussions pacifistes.
Mais les équipes de Donald Trump n'ont pas tardé à jouer leur rôle dans ces entrevues. La BBC raconte qu'elle a obtenu un témoignage particulièrement optimiste de la part d'un représentant du Hamas, expliquant que les discussions étaient plus intenses que jamais. Il explique que les médiateurs ont reçu une information disant que Donald Trump souhaitait qu'un accord soit trouvé avant son investiture, qui intervient le 20 janvier.
Selon ses dires, Donald Trump aurait menacé fermement les représentants du Hamas au cas où il ne respecterait pas leur parole de libération des otages. Mais ce qui a fait pencher la balance, c'est que le ton est également monté dans l'autre sens : «Cette fois, la pression ne se limitait plus au Hamas, comme c'était le cas habituellement sous l'administration Biden. Il y avait également des pressions sur Netanyahou. C'est lui qui faisait obstacle à l'accord et Trump a semblé très bien le comprendre».
Le Hamas menace d'envoyer des «corps inertes»
L'un des passages les plus difficiles de la négociation concernait la deuxième phase de l'accord : la libération des otages. Israël a annoncé publiquement refuser de libérer des prisonniers «importants» du camp opposé alors que la Maison Blanche accusait le Hamas de mettre des bâtons dans les roues de toute négociation : «Ils ne voulaient pas accepter la liste d'otages à libérer et c'était une déception à ce moment. C'était juste fondamental. En cas d'opération de libération d'otage, vous n'acceptez pas la liste des personnes à sauver, il n'y a jamais d'accord». Une même source qui juge de «complètement faux» les dires du Hamas selon lesquels ils ne savaient pas où étaient certains otages israéliens. «Nous avons quitté la table des négociations et n'y retournions pas avant que le Hamas accepte la liste d'otages», a-t-il expliqué. Un porte-parole israélien a même expliqué que le Hamas campait sur ses positions et promettait de n'envoyer que des «corps inertes» en échange.
De son côté, le Hamas accuse Israël d'avoir ajouté sans prévenir 11 noms à la liste définie des otages à libérer, alors que le Hamas les considérait comme des soldats de réserve, donc inéligibles à la libération.
L'un des tournants de ces discussions est intervenu le 3 janvier, lorsque le Hamas a semblé s'ouvrir à la possibilité de libérer ces soldats, contre 110 sorties de prison de prisonniers Palestiniens incarcérés à vie.
Au centre des négociations : les «clés»
Pour échanger au sujet des demandes de libération des otages, les deux camps parlaient de «clé». Une nomenclature propre à ces discussions, qui désignait un nombre défini de personnes à libérer dans l'autre sens pour voir sa demande acceptée : «Il y avait une équation pour savoir combien de prisonniers palestiniens sortiraient. Pour chaque otage que le Hamas devait relâcher, Israël devait fournir ce qui est devenu dans la nomenclature des négociations "une clé". Il s'agit d'un nombre convenu de prisonniers palestiniens accordé en échange de certaines personnes. Pour une femme soldat, par exemple, il y a un nombre, une "clé". Pour des hommes âgés, c'est une autre «clé». Pour des femmes civiles, c'est encore une autre "clé". Et c'est comme cela que des centaines et des centaines de prisonniers ont été échangés».
A ce stade des discussions, le Hamas appuyait sur deux demandes : le retrait militaire de sa zone des forces israéliennes, dès la première phase mais aussi un accord écrit et formel des Israéliens de respecter le cessez-le-feu.
Si près, si loin
Après plusieurs tentatives d'intimidation, comme la révélation de la liste de certains otages retenus par le Hamas à la presse britannique pour embarrasser Benjamin Netanyahou, les discussions entraient dans leurs dernières phases. Au sein du même immeuble, à Doha, à quelques étages les unes des autres, les délégations israélienne et palestinienne travaillaient à régler deux derniers éléments. Le retrait des troupes de l'état hébreu, en étudiant précisément les cartes de la bande de Gaza et de nombreux détails concernant les libérations d'otage ont pris place : «Cela représente énormément de travail et cela n'a été finalisé que dans les toutes dernières heures».
Le 9 janvier, un représentant de Donald Trump, un autre de Joe Biden et le chef de l'intelligence egyptienne se sont réunis dans la capitale qatarienne pour un entretien de huit heures. A la suite de cette conversation, les différentes parties expliquaient être «au point le plus proche d'un accord».
Fraîchement nommé envoyé spécial au Moyen-Orient par Donald Trump, Steve Witkoff est envoyé à Tel Aviv pour s'entretenir avec le Premier ministre israélien. Sans même être officiellement en poste, cet ancien investisseur new-yorkais représentait l'ambition de Trump de s'investir dans ces négociations. Le 11 janvier, il rencontre à nouveau Benjamin Netanyahou. Malgré que ce jour soit célébré comme shabbat, il force le Premier ministre à le recevoir et lui communique l'ultimatum du prochain président américain : il souhaite qu'un accord soit signé et ne veut plus attendre.
Un dernier désaccord symbole de l'importance extérieure
Les représentants du Hamas reconnaissent que «sans la pression de l'administration menée par Donald Trump, ils ne pouvaient pas imaginer que cet accord soit possible».
Les derniers jours de négociation ont mis aux prises les deux parties dans un va-et-vient incessant sur les derniers détails de l'opération concernant des «arrangements et de la logistique» concernant les échanges humains. Le 12 janvier a eu lieu le dernier rendez-vous décisif, où les camps étaient à «quelques pas d'un accord total». Un meeting qui a duré plus de 6 heures et ne laissait plus qu'un désaccord : la manière de livrer les individus depuis le sud de Gaza jusqu'au nord.
Israël voulait fouiller les véhicules de transport des otages pour s'assurer qu'aucun équipement militaire ou personne armée ne pénètre sur son sol, ce que le Hamas a refusé. Les deux parties ont dû se tourner vers l'aide des médiateurs internationaux : ce sont les équipes qatariennes et égyptiennes qui ont été sommées de réaliser ce transport. Le 15 janvier, peu après 18 heures, les équipes écrivaient «tout est terminé».