Selon plusieurs médias locaux algériens, une peine de dix ans de prison a été requise contre Boualem Sansal, actuellement incarcéré en Algérie. L'avocat de l'écrivain a dénoncé «un procès fantôme» et annoncé avoir saisi «les organes compétents des Nations unies».
Un procès fantôme ? Ce jeudi, selon plusieurs médias algériens, le parquet du tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger, a requis 10 ans de prison ferme à l’encontre de Boualem Sansal. L'écrivain franco-algérien est accusé d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Algérie. L’intellectuel, qui est emprisonné depuis le 16 novembre à son arrivée à l’aéroport d’Alger, sera fixé sur son sort le 27 mars prochain lorsque le verdict sera prononcé.
Indigné, l’avocat de Boualem Sansal a rapidement réagi dans un communiqué. François Zimeray, désigné par l’éditeur Antoine Gallimard pour défendre l’écrivain, a affirmé avoir «saisi les organes compétents du Haut-Commissariat des droits de l’homme aux Nations unies, d’une plainte contre l’Algérie».
«Une détention aussi injuste que cruelle»
Selon lui, «un procès fantôme tenu dans le plus grand secret, sans défense, est incompatible avec l’idée même de justice». «Cela confirme le caractère arbitraire de cette procédure et d’une détention aussi injuste que cruelle», a-t-il insisté dans le communiqué de ce jeudi.
Pour rappel, les autorités algériennes ont fait obstacle à toute communication entre l’écrivain et l’avocat. Ce dernier a notamment été la cible d’une campagne haineuse dans les médias et réseaux sociaux algériens et son visa pour l’Algérie n’a jamais été accordé.
Des relations qui se dégradent
Dans le détail, l’affaire Sansal, qui a bénéficié d'un vaste élan de soutien en France, est devenue un sujet de tension entre Paris et Alger. Par ailleurs, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées depuis la reconnaissance en juillet 2024 par Emmanuel Macron d'un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, au statut non défini selon les Nations Unies.
Concrètement, Boualem Sansal est poursuivi pour plusieurs chefs d'accusation, notamment «atteinte à l'unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l'économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays». L’écrivain est accusé d’avoir tenu des propos portant atteinte à l’intégrité du territoire national.
Cela fait référence à ses déclarations en octobre dernier dans le média français Frontières, réputé d’extrême droite. Le pouvoir algérien n’aurait pas apprécié que Boualem Sansal reprenne la position du Maroc selon laquelle le territoire de ce dernier pays aurait été tronqué sous la colonisation française au profit de l'Algérie.