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Langage codé sur les réseaux, argent versé... Comment les gangs recrutent-ils des mineurs pour les forcer à commettre des crimes violents ?

Pour convaincre les mineurs, les criminels ont recours à des techniques de manipulation avancée du langage et une utilisation optimisée des messageries cryptées. [Nikita Belokhonov/Pexels]

Europol a annoncé ce mardi 29 avril la mise en place d’une «Task Force» opérationnelle pour lutter contre le recrutement croissant de jeunes délinquants dans la criminalité organisée. Cette dernière utilise des techniques rodées pour contourner les forces de l’ordre et éviter de lourdes sanctions.

Plus de 70 % des marchés criminels impliquent aujourd’hui des mineurs. L'agence policière européenne Europol a annoncé mardi via un communiqué qu'elle mettait en place une coordination multinationale pour s'attaquer au problème croissant des gangs qui recrutent des enfants pour commettre des crimes violents.

Baptisée «GRIMM», l'opération de coordination travaillera également avec les entreprises technologiques pour repérer les efforts de recrutement de jeunes via les réseaux sociaux et les plates-formes de messagerie. Dirigée par la Suède, l'opération rassemble les polices de Belgique, du Danemark, de Finlande, de France, d'Allemagne, des Pays-Bas et de Norvège

Une fois recrutés, les gangs se servent des enfants pour une variété de «services» comme la fraude en ligne, le trafic de drogue, le trafic de migrants, les menaces, les agressions, voire les «meurtres contre rémunération», selon Europol. De telles tactiques permettent aux membres de gangs plus âgés de déléguer les tâches ingrates, les mettant ainsi à l'abri des forces de l'ordre.

D’après une enquête d’Europol réalisée en novembre 2024, plus de 70 % des marchés criminels impliquent désormais des mineurs. Pour convaincre ces derniers, les recruteurs de ces milieux de l’ombre ont recours à des techniques de manipulation avancée du langage et une utilisation optimisée des messageries cryptées.

Des discussions anonymes via des messageries cryptées

Les malfrats derrière le recrutement de mineurs dans les réseaux criminels s’appuient sur une utilisation optimisée des services de messagerie cryptée et de leurs paramètres de confidentialité pour créer des canaux de discussion anonymes.

Ceux-ci sont souvent utilisés pour organiser des activités illégales avec un risque minimal de détection en supprimant toute empreinte numérique, selon un rapport détaillé publié par Europol en novembre dernier. Les criminels peuvent paramétrer l'autodestruction des messages, supprimer l'historique des conversations et restreindre l'accès au groupe aux membres vérifiés.

Une communication directe et ciblée

Les applications utilisées par les mineurs offrent des canaux de communication directs pour les criminels, éliminant ainsi le besoin de réunions physiques. De nombreux jeunes sont actifs sur ces plate-formes, ce qui permet aux recruteurs de cibler un large public avec un minimum d'efforts.

Les criminels attirent les mineurs en utilisant l’expression d’«argent facile» pour présenter les activités illégales comme des opportunités attrayantes. Les mineurs perçoivent ainsi ces interactions comme inoffensives ou à faible risque, ce qui les rend plus susceptibles de s'engager avec ces recruteurs en ligne.

Des codes particuliers utilisés pour communiquer

Les réseaux criminels utilisent un langage adapté avec de l'argot, des émojis et des phrases codées pour communiquer avec les mineurs d'une manière à la fois attrayante pour eux et difficile à comprendre pour les forces de l’ordre. Par exemple, les termes liés à la drogue peuvent être remplacés par un langage ou des symboles courants, tels que des flocons de neige pour représenter la cocaïne ou des arbres pour signifier la marijuana.

Des termes tels que «opportunité d'emploi» ou «entreprise» sont utilisés pour faire passer des activités illégales pour des activités légitimes, ce qui abaisse encore les barrières empêchant les mineurs de s'engager dans ces activités.

Une «gamification» des tâches criminelles

Les recruteurs criminels copient largement le langage et les styles de communication des influenceurs. Les tâches illégales sont présentées comme des «défis», ce qui les rend plus attrayantes et moins intimidantes pour les mineurs. Cette approche, connue sous le nom de «gamification», trouve un écho auprès d'un public plus jeune, familiarisé avec les défis des médias sociaux et les jeux en ligne.

En présentant ces activités comme faisant partie d'un jeu ou d'une compétition, les réseaux criminels désensibilisent les mineurs aux risques et encouragent la participation sans révéler la véritable nature des crimes commis.

Parfois, les jeux vidéo sont utilisés comme outils d'instruction pour enseigner des techniques de tir ou de violence. Dans certains cas, les recruteurs peuvent même offrir des récompenses pour l'accomplissement de tâches spécifiques, ce qui renforce l'attrait de l'engagement criminel et favorise le sentiment d'accomplissement chez les jeunes participants.

Une manipulation émotionnelle

Les criminels utilisent aussi un langage chargé d'émotions pour favoriser la confiance, la loyauté et le sentiment d'appartenance, préparant ainsi les mineurs à participer à des activités illicites. Les recruteurs peuvent faire en sorte que les mineurs se sentent «spéciaux» en présentant les activités illégales comme des opportunités exclusives pour ceux qui ont des qualités uniques.

Ce type de langage attire particulièrement les mineurs en quête de validation, de protection ou d'un sentiment d'appartenance à la communauté. En capitalisant sur ces besoins émotionnels, les réseaux criminels brouillent efficacement les lignes entre l'amitié et l'exploitation, rendant difficile pour les mineurs de reconnaître les dangers de leur implication.

Comme ces jeunes recrues n'ont souvent aucune connaissance du réseau criminel au sens large et qu'elles sont peu exposées sur le plan juridique, elles constituent pour les réseaux criminels des atouts à la fois résilients et peu risqués.

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