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Les États-Unis stockent l'ADN de 133.000 enfants et ados migrants dans une base de données criminelle

Le programme s’est étendu entre octobre 2020, et la fin de l’année 2024, soit sous l’administration Biden. [Rebecca Noble/Reuters]

D'après le magazine WIRED, les États-Unis auraient mené une large campagne de collecte d'ADN aux frontières. Selon des documents, ce programme cherche à «évaluer le danger» qu’un migrant pourrait représenter. Une majorité des personnes sujettes sont des jeunes enfants et des adolescents.

Systématiquement recueillir les informations génétiques, et les utiliser. Le gouvernement américain aurait collecté l’ADN de plus de 133.000 enfants et adolescents migrants, afin de les cataloguer dans la base de données criminelle nationale des États-Unis, selon des documents révélés par le média WIRED.

Ces documents ne sont pas récents : publiés plus tôt dans l’année par la US Customs and Border Protection, ils révèlent l’ampleur du programme américain, qui s’est étendu entre octobre 2020, et la fin de l’année 2024, soit sous l’administration Biden.  

Aucun lien entre l'immigration et la hausse des crimes

Parmi les personnes soumises à cette «surveillance biométrique», les journalistes de WIRED déplorent des jeunes enfants, qui «apprennent peut-être encore à lire ou à faire leurs lacets».  

En effet, plusieurs centaines d’enfants qui ont vu leur ADN être collectée étaient âgés de 13 ans ou moins, et l’un d’eux n’avait que 4 ans au moment des faits. Pourtant, «leur ADN est maintenant stocké dans un système conçu à l’origine pour les délinquants sexuels et les criminels violents», a souligné le média.  

En défense, le ministère de la Justice américaine a fait valoir que cette vaste collecte d’ADN, effectuée à la frontière, avait été réalisé pour «évaluer le danger» qu’un migrant pourrait représenter pour le public, et que cette collecte d’ADN aidera à élucider des crimes qui pourraient potentiellement être commis dans l’avenir.  

Cependant, de nombreuses études démontrent qu’aucun lien ne peut être fait entre l’immigration aux États-Unis et la hausse des crimes sur le territoire.  

«C'est de la surveillance génétique»

Ainsi, de nombreux experts en droit, en matière de vie privée et en immigration ont unanimement qualifié les résultats de ces documents comme «très troublants». «C’est terriblement dystopique», a expliqué Vera Eidelman, avocate au sein de l’American Civil Liberties Union's Speech, Privacy, and Technology Project, a WIRED.

«Il est impossible pour moi de trouver une raison de recueillir l’ADN d’un enfant de 4 ans et de le télécharger dans une base de données qui est explicitement censée porter sur des activités criminelles», a-t-elle ajouté.  

En effet, sur les 227 personnes répertoriées comme étant des enfants de moins de 14 ans et dont l’ADN a été soumis au FBI, seulement cinq personnes ont déjà été arrêtées ou sont liées à des accusations criminelles.

De son côté, le ministère de la Justice a défendu cette collecte massive d’ADN à la frontière comme étant «nécessaire pour résoudre les crimes». Dans sa justification officielle, ils soutiennent par ailleurs que cet effort est «essentiel», non seulement pour identifier les migrants qui peuvent avoir commis des délits dans le passé, mais aussi pour résoudre les crimes qu’ils pourraient potentiellement commettre à l’avenir.

«Ce n’est pas une application de la loi migratoire. C’est de la surveillance génétique», a déploré Stevie Glaberson, le directeur des recherches au Centre sur la vie privée et la technologie à Georgetown Law.  

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