Pour la huitième fois en un an, la Banque centrale européenne a annoncé ce jeudi la baisse de ses taux. Elle invoque notamment le contexte d'incertitude lié aux menaces de droits de douane de Donald Trump.
Pour relancer la croissance économique dans la zone euro, menacée par la guerre commerciale américaine, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d'abaisser son principal taux directeur de 0,25 point, ce jeudi 5 juin. Il s'agit de la huitième baisse de taux depuis un an.
Elle fait passer le taux de dépôt, principal instrument de référence pour les conditions de crédit dans l'économie, à 2,0%. Dans un communiqué, l'institution basée à Francfort, en Allemagne, précise que l'inflation dans la zone euro «se situe actuellement autour» de l'objectif de 2,0% de la BCE, mais que les perspectives de croissance sont «plus faibles pour le reste de l'année», notamment à cause du conflit douanier avec Washington.
Le recul de l'inflation, retombée à 1,9% en mai dans la zone euro, s'explique notamment par la baisse des prix de l'énergie. Mais même sans compter ces derniers et autres prix volatils de l'alimentation, l'inflation sous-jacente a également ralenti, à 2,3% sur un an en mai, contre 2,7% en avril.
We cut our key interest rates by 0.25 percentage points.
Inflation is currently around our 2% target.
Read today’s monetary policy decisions https://t.co/emy3dvvpjzpic.twitter.com/c2ohoS7H99— European Central Bank (@ecb) June 5, 2025
Les données de la BCE montrent par ailleurs que la progression des salaires «reste forte», même si elle «continue de s'atténuer sensiblement», éloignant les craintes d'effets de «second tour» sur les prix.
Reste que la Banque centrale européenne navigue en plein doute face aux menaces de droits de douane de Donald Trump et à leurs répercussions sur l'inflation et la croissance de la zone euro. Le président américain ne cesse de s'emporter contre l'important excédent commercial envers les Etats-Unis et son ultimatum sur des taxes de 50% visant les produits européens expire le 9 juillet.
Washington a déjà relevé mercredi à 50% les droits de douane sur l'acier et l'aluminium du Vieux Continent. Une mesure «fortement» regrettée par le commissaire européen Maros Sefcovic, qui estime qu'elle complique les négociations en cours entre les deux blocs.
Une stratégie différente du côté de la Fed
La BCE explique que cette «incertitude autour des politiques commerciales» freinera à court terme l'investissement et les exportations. La hausse des investissements publics et la solidité du marché du travail devraient toutefois soutenir la croissance et la consommation, «rendant l'économie plus résistante face aux chocs mondiaux».
Cette série de baisses des taux en zone euro tranche avec la position de la banque centrale américaine, la Fed, qui maintient ses taux au-dessus de 4% par crainte de voir les mesures de Donald Trump relancer l'inflation aux Etats-Unis. La Banque d'Angleterre suit d'ailleurs une stratégie similaire.
Dans ses perspectives macroéconomique publiées ce jeudi, la BCE a revu à la baisse ses prévisions d'inflation pour 2025 (2,0% contre 2,3% précédemment) et 2026 (1,6%), ainsi que sa prévision de croissance économique pour 2026.
Le PIB de la zone euro devrait croître de 0,9% en 2025, comme estimé en mars, mais ne grimper que d'1,1% l'an prochain, contre 1,2% prévu auparavant, là encore en raison de «l'incertitude» liée aux droits de douanes de Donald Trump.