Le nombre de vols dans le monde augmente. Pourtant, de nombreuses zones ne sont pas survolées, notamment à cause des conflits armés ou de stratégies d’optimisation des coûts.
Des couloirs aériens… et des vides. Lorsqu’on observe le trafic aérien en temps réel, le constat est frappant : plusieurs régions du globe sont évitées par les «géants des airs». Même à des milliers de kilomètres d’altitude, les vols commerciaux restent dépendants de l’actualité géopolitique et des catastrophes naturelles. Ces zones d’exclusion aérienne sont généralement mises en place là où la sécurité des appareils est compromise, comme le montre l'image du site FlightRadar, qui recense les avions en vol, qui vous pouvez agrandir ci-dessous. Il y a donc de «nombreux trous» dans ces régions du monde.

Les conflits récents ont contraint les compagnies à modifier leurs plans de vol. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le territoire ukrainien ainsi qu’une partie de l’est de la Russie ne sont plus survolés. Plus récemment, le regain de tension entre l’Inde et le Pakistan entre avril et mai a provoqué l’annulation de nombreux vols. Sur les liaisons entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est, des compagnies comme Air France ont dû adapter leurs trajets pour éviter l’espace aérien pakistanais.
Avec les attaques entre Israël et l’Iran, le Proche et Moyen-Orient est devenu une zone évitée, voire interdite. L’autorité de l’aviation jordanienne a annoncé, par exemple, le vendredi 13 juin, la fermeture de son espace aérien et l’immobilisation de tous les avions après le lancement de missiles israéliens sur des sites nucléaires et militaires iraniens. À l’exception de quelques décollages et atterrissages côtiers, aucun avion ne survole vendredi 20 juin la Syrie, le Liban, Israël, l’Irak et l’Iran.
Quelles conséquences pour les compagnies aériennes ?
Outre les annulations et les déviations de vols, ces conflits entraînent un allongement des temps de trajet et une hausse des coûts pour les compagnies aériennes. «Les fermetures d’espaces aériens sont devenues assez courantes. C’est presque la nouvelle norme pour les compagnies aériennes», explique à CNN Brendan Sobie, consultant en aviation basé à Singapour. Même les espaces aériens restés ouverts peuvent être jugés à risque, et des équipes spécialisées sont désormais chargées d’évaluer ces menaces pour chaque itinéraire.
Ces changements forcent les compagnies à emprunter des trajets plus longs. L’un des premiers impacts concerne la consommation de kérosène : en moyenne, un Boeing 777 consomme pour environ 7.000 dollars de carburant par heure. Dans le contexte actuel, un vol entre Londres et Hong Kong, qui ne peut plus traverser le Moyen-Orient, pourrait coûter près de 12.000 euros de carburant, selon les calculs de CNN.
Des répercussions en cascade ?
Les coûts supplémentaires concernent aussi les équipages, mobilisés plus longtemps. Ces surcoûts pourraient à terme être répercutés sur les passagers. Par ailleurs, l’instabilité persistante au Moyen-Orient pourrait faire baisser le trafic aérien dans certaines régions. Mais les conflits ne sont pas les seuls motifs de l’évitement de certaines zones. Certaines régions sont instables sur le plan météorologique ou ne bénéficient pas de courants aériens favorables.
D’autres espaces sont exclus du trafic pour des raisons environnementales. Les éruptions volcaniques, par exemple, sont surveillées de près par les compagnies, car les nuages de cendres présentent un risque majeur pour les moteurs d’avion, notamment en raison de leur forte concentration en silice. Les réacteurs actuels ne sont pas conçus pour résister à ces particules abrasives.
À Bali, l’éruption du volcan Lewotobi Laki-Laki perturbe fortement le trafic aérien en Indonésie. Depuis mardi 17 juin, de nombreuses compagnies ont annulé leurs vols en raison des cendres volcaniques.