Après quatorze années de chantier, le Grand barrage de la Renaissance, ouvrage d'1,8 kilomètre de long pour 145 mètres construit par l'Éthiopie sur le Nil, est mis en service ce mardi. S'il va doubler la production électrique du pays, il inquiète l'Egypte, dont l'économie dépend du fleuve.
Une infrastructure qui pourrait menacer l'équilibre de la région. Ce mardi, le Premier ministre éthiopien se rendra sur le Grand barrage de la Renaissance (GERD) afin d'inaugurer ce mastodonte de béton et d'acier construit sur le Nil.
💧🇪🇹 #GERD is the largest dam in Africa and one of the ten largest in the world, representing one of the cornerstones of Ethiopia’s national energy strategy.
The project is a complex infrastructural system that, by harnessing the waters of the Blue Nile, achieves an installed… pic.twitter.com/qoPtmZQyc6— Webuild (@Webuild_Group) September 7, 2025
D'une longueur d'1,8 kilomètre et d'une hauteur de 145 mètres, son réservoir d'une contenance totale de 74 milliards de mètres cubes d'eau, le plus grand du continent africain, alimentera des turbines qui produiront, à terme, 5.000 mégawatts d'électricité, soit la capacité d'environ cinq réacteurs nucléaires.
De l'électricité pour les Ethiopiens et les pays voisins
Ce méga-barrage, dont la construction a commencé en 2011, incarne une révolution énergétique pour l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, dont 45% des 130 millions d'habitants n'ont pas accès à l'électricité.
Son importance est «capitale» pour le pays, car il «renforce les industries dont la production était sous-exploitée en raison des coupures de courant», a résumé auprès de l'AFP Samson Berhane, analyste économique éthiopien.
«Avec des lignes électriques interrégionales s'étendant jusqu'en Tanzanie et une demande croissante d'électricité des pays voisins, le barrage génèrera également d'importantes recettes en devises pour le pays», qui en manque cruellement, a-t-il poursuivi. Celles-ci sont estimées à près d'un milliard d'euros par an par le chef du gouvernement.
L'Egypte menace le méga-barrage...
Mais l'infrastructure est vertement critiquée par l'Egypte, situé en aval, qui craint un tarissement de sa principale source d'approvisionnement en eau. Le pays dépend en effet du Nil pour 97% de ses besoins hydriques, notamment pour l'agriculture. D'après son ministère des Ressources en eau, le pays aride dispose aujourd'hui de 59,6 milliards de mètres cubes du précieux liquide, quand 114 milliards seraient nécessaires.
«Quiconque imagine que l'Egypte fermera les yeux sur sa sécurité hydrique se trompe», a lancé en août dernier son président Abdel Fattah al-Sissi, menaçant de prendre «toutes les mesures prévues par le droit international pour protéger les ressources existentielles de notre peuple».
L'exécutif égyptien s'est récemment rapproché des deux pays frontaliers de l'Ethiopie : l'Erythrée, qui entretient aujourd'hui des relations tendues avec Addis-Abeba, et la Somalie. Le Soudan a également fait part de son inquiétude. Avec le Caire, ils ont réitéré fin juin «leur rejet de toute mesure unilatérale dans le bassin du Nil Bleu».
... mais un conflit armé est peu probable
Différentes tentatives de médiation depuis une décennie entre les trois pays, sous l'égide successivement des Etats-Unis, de la Banque mondiale, de la Russie, des Emirats arabes unis et de l'Union africaine, ont toutes échoué.
Malgré les tensions flagrantes entre les deux pays, un conflit ouvert entre l'Ethiopie et l'Egypte est de fait «peu probable», selon les différents chercheurs interrogés par l'AFP. Le Caire «ne bombardera pas le barrage», a expliqué Magnus Taylor, directeur adjoint du projet Corne de l'Afrique à l'International Crisis Group auprès de l'AFP.
Et ce, même le sujet a un impact sur la «stabilité interne» de l'Egypte, car une diminution importante de l'approvisionnement en eau aurait un impact sur la stabilité du pays, tant politique qu'économique et sociale, a noté l'expert Mohamed Mohey el-Deen, ex-membre du comité égyptien d'évaluation du GERD.
Mais avec l'inauguration de l'ouvrage ce mardi, «la seule option réaliste pour l'Egypte est de s'adapter», a-t-il poursuivi. «Il n'y a pas d'autre possibilité».