Quelque 10.000 personnes ont manifesté mardi à Novo Mesto en Slovénie, pour demander des «mesures de sécurité radicales» après la mort d'un homme au cours d'une agression attribuée à un membre de la minorité Rom, selon la police.
Un mouvement d’une ampleur inédite. Alors qu’un homme a perdu la vie samedi à Novo Mesto, dans le sud de la Slovénie, au cours d’une agression attribuée à un membre de la minorité Rom du pays, près de 10.000 personnes ont manifesté mardi dans les rues de cette ville de 40.000 habitants pour réclamer des «mesures de sécurité radicales», avec en fond un regain de tensions entre les communautés du pays.
«Le gouvernement nous a abandonnés», pouvait-on lire sur des pancartes, tandis que des manifestants portaient des t-shirts avec l'inscription «Nous sommes tous Aco», le surnom d'Ales Sutar, la victime de l'attaque. Des photos de cet homme de 48 ans, mort samedi, ont été accrochées dans toute la ville. Nombre des participants ont dénoncé la hausse du nombre des délits et des violences, dont la communauté Rom est souvent accusée.
Un projet de loi d'ici au 10 novembre
Le Premier ministre, Robert Golob, dont les ministres de l'Intérieur et de la Justice ont démissionné à la suite de la mort d'Ales Sutar, a été accueilli par les sifflets de la foule et les cris de «démission !». Il a promis un projet de loi d'ici au 10 novembre, incluant une série de mesures, dont des pouvoirs plus étendus pour la police pour intervenir dans les zones dites «à haut risque», et pour opérer des fouilles sans mandat judiciaire.
Il a également annoncé que les unités de police déployées dans la région au cours des derniers jours «resteront aussi longtemps que nécessaire». Il a par ailleurs annoncé vouloir limiter les prestations sociales aux familles roms et les conditionner à l'obligation d'envoyer leurs enfants à l'école.
Un sentiment «antirom»
Darko Rudas, membre du Conseil Rom de Slovénie, a dit craindre que ces mesures ne fassent qu’«augmenter le sentiment antirom» plutôt que d'apaiser les tensions. Interrogé avant la manifestation, Darko Rudas a dénoncé l'inaction des autorités de la région qui a concouru à détériorer la situation des Roms quand, dans d'autres localités slovènes «qui ont tendu la main à la communauté rom», les incidents sont rares.
Selon le Conseil Rom, qui craint l'instrumentalisation de la question rom à l'approche des législatives de mars, quelque 15.000 membres de cette communauté vivent en Slovénie, un pays de l'UE de deux millions d'habitants. La plupart habitent dans une centaine de campements, dont seulement un tiers sont dotés d'infrastructures élémentaires telles que celles assurant l'alimentation en eau et en électricité.
L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a également mis en garde contre l'exploitation du fait divers de samedi en vue d'«alimenter l'intolérance» envers les Roms, dont certains manifestants ont appelé à détruire les terrains sur lesquels ils vivent.