En Sibérie, les attaques de tigre se multiplient. Cette année 2025 est déjà l'une des plus meurtrière en la matière depuis de nombreuses décennies. Voici pourquoi les fauves de la région se rapprochent progressivement des habitats humains.
Une cohabitation impossible. Dans le nord de la Russie, en Sibérie, où plusieurs centaines de tigres évoluent, leurs rencontres avec les humains sont de plus en plus fréquentes et emportent la vie de certains résidents locaux. L'origine de ces drames est une maladie contractée par les sangliers, proie principale de ce fauve, comme le révèle The Guardian.
Depuis le début de l'année, certains décès entrainés par une attaque de tigre ont laissé des traces dans les mémoires locales. Tout a commencé en janvier, avec la mort d'un garde forestier. Quelques jours plus tard, un pêcheur sur glace avait été tué et emporté par un fauve. Plusieurs semaines après, un homme a survécu à une agression mais a été partiellement dévoré. Les cas ne sont plus rares, dans cette vaste région où habitent plus de 36 millions de personnes.
Déforestation, contamination, braconnage... le tigre de Sibérie forcé au départ
La situation est d'autant plus surprenante que pendant de longues années, le tigre de Sibérie, aussi appelé tigre de l'Amour car sa présence se limite désormais aux environs de ce fleuve, n'était jamais visible aux yeux des riverains.
Mais depuis 2020, la donne a changée : les tigres de l'Amour ont quitté la forêt à cause d'une maladie animalière grave appelée peste porcine africaine, qui a causé le décès de presque tous les porcs qui l'ont attrapée. Cette pathologie qui est qualifiée de catastrophe écologique par de nombreux scientifiques, a notamment une répercussion sur ces tigres car elle a causé la perte d'un très grand nombre de sangliers, qui constituent la principale source alimentaire de ces fauves.
Interrogé par le média britannique The Guardian, le docteur Matthias Markolf, pense que la peste porcine africaine est responsable de cette situation sans précédent :«A cause d'elle, les porcs meurent dans 90 ou 100% des cas. C'est vraiment fatal. En Asie, de nombreuses espèces de porcs sont confinées à de petites îles, ce qui a des conséquences catastrophiques. Nous avons déjà constaté des exemples à Sumatra et en Malaisie, où les conflits avec les tigres se multiplient aussi à cause de cela».
Ce virus, probablement arrivé de Chine, combiné au braconnage féroce et à l'exploitation forestière importante de leur région, ont eu pour conséquence de forcer les tigres de l'Amour à quitter leur territoire, en quête d'un nouvel habitat. Dans certaines régions, le nombre de rencontres entre eux et les humains a été multiplié par 10. S'il n'est pas rare, chaque année, qu'un ou plusieurs tigres soient capturés voire abattus pour la sécurité publique, les chiffres depuis octobre 2024 interpellent les analystes : pas moins de 17 spécimens ont été tués et 27 capturés, explique The Guardian.
«Ces animaux ont faim»
Un spécialiste du tigre de Sibérie explique : «Ces animaux ont faim, c'est pourquoi nous constatons ces incidents. Les gens veulent alerter le gouvernement, mais celui-ci refuse d'écouter».
Le Centre du tigre de l'Amour, principal entité chargée de la conservation de cet animal, créé par Vladimir Poutine, a réagit à cette vague d'attaques par l'intermédiaire de son directeur général, Sergueï Aramilev. «Les décès humains lors d'attaques de tigres de l'Amour sont extrêmement rares, a-t-il d'abord expliqué. De 2010 à 2024, 20 attaques contre des humains ont été recensées, faisant 13 blessés et sept morts. Sur ces 20 attaques, 18 étaient provoquées par l'homme. Deux cas récents, survenus en 2025, confirment ces statistiques générales : les deux tigres présentaient de multiples blessures par balle. Par conséquent, l'affirmation d'une agression non provoquée d'un tigre envers un humain est tirée par les cheveux et ne se retrouve que dans des publications en ligne peu fiables».
Pourtant, en Sibérie, certains habitants ont choisi de parler de ce fléau sur les réseaux sociaux, malgré les risques. Ils se sont notamment plaint des risques qu'encouraient leurs chiens, dans leur village, face à l'arrivée massive des tigres.