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Corruption en Ukraine : saisies, 100 millions de dollars détournés... Tout comprendre au scandale qui entache le gouvernement Zelensky

Cet été déjà, la population ukrainienne avait protesté contre une loi, visant à supprimer l'indépendance de deux organismes anticorruption. [ANDRII NESTERENKO / AFP]

L'Agence nationale anti-corruption ukrainienne (NABU) a annoncé mener une opération de grande ampleur, visant le géant énergétique Energoatom. Cette affaire implique plusieurs proches de Volodymyr Zelensky et fragilise la position du pays à l'International. 

Un vaste scandale de corruption. Depuis début novembre, le président ukrainien fait face à un véritable démantèlement de son entourage politique. Et pour cause : de hauts responsables sont soupçonnés d’avoir empoché 100 millions de dollars grâce à des pots-de-vin versés par des contractants d'Energoatom, la société d’État responsable de l’énergie nucléaire en Ukraine, à hauteur de 10 à 15 % de la valeur de chaque contrat.

Et si les sous-traitants ne versaient pas les pots-de-vin, ils perdaient leur statut de fournisseur ou n’étaient pas payés. L'opération, qui a reçu le nom de code «Midas», a également révélé qu’un bureau à Kiev gérait le blanchiment d’argent, et qu'une partie des transferts auraient été effectués à l’étranger, notamment à Moscou. 

Il s’agit du plus gros scandale de corruption démasqué en Ukraine depuis le début de la présidence de Volodymyr Zelensky, en 2019.

Plusieurs alliés de Volodymyr Zelensky visés 

Dans le détail, cette enquête, réalisée par les agences anticorruption, a duré 15 mois. Elle a nécessité plus de 70 perquisitions et la collecte de milliers d’heures d’enregistrement audio, permettant ainsi de dévoiler au grand jour la participation de plusieurs partisans du gouvernement ukrainien.

Cette affaire implique plusieurs membres de la garde rapprochée de Volodymyr Zelensky. D'après les enquêteurs, c'est d'abord Timur Mindich, un ami de longue date et ex-partenaire d’affaires du président ukrainien, qui se trouvait à la tête du réseau. Il a quitté l’Ukraine quelques heures avant qu’une perquisition soit menée à son domicile. Il a également perdu sa citoyenneté ukrainienne. 

Mais ce n'est pas tout. Oleksiï Tchernychov, ex-vice-premier ministre et allié de Volodymyr Zelensky, aurait empoché 1,3 million de dollars américains dans cette affaire. Il était également visé dans une autre enquête pour corruption. 

Le chef de la sécurité d’Energoatom et un ancien conseiller du ministère de l’Énergie font également partie des personnes inculpées. Enfin, Herman Halouchtchenko, ex-ministre de l’Énergie et actuel ministre de la Justice, a remis sa démission après la révélation de cette affaire, à la demande du président ukrainien, tout comme sa successeure à l’Énergie, Svitlana Hryntchouk. 

Dans le cadre de cette affaire, l'agence nationale anticorruption ukrainienne a également informé, ce vendredi 28 novembre, du déroulé de perquisitions visant Andriy Yermak, le chef de cabinet du président ukrainien. Devant l'ampleur du scandale, Volodymyr Zelensky a annoncé dans la journée qu'Andriy Yermak, avait remis sa démission après la perquisition. 

Qu'est-ce qu'Energoatom ?

Energoatom, l’organisme au cœur du scandale, est à la tête de trois centrales nucléaires générant plus de la moitié de l’électricité produite en Ukraine. Les pots-de-vins qui font l'objet de cette corruption, se sont faits dans le cadre de contrats de construction, qui visaient à protéger les centrales nucléaires. 

Le média britannique The Guardian a révélé que dans une conversation enregistrée, révélée par les enquêteurs, «un suspect a déclaré qu’il était “dommage” de construire une structure pour défendre les centrales électriques contre les bombardements russes, car l’argent pourrait être volé à la place». 

Volodymyr Zelensky gêné ? 

Après ces révélations, tous les regards sont tournés vers Kiev, et la manière dont le président ukrainien va gérer cette crise, dans un contexte sensible lié à la guerre menée par la Russie. Le sujet est d'autant plus perméable, qu'il touche le secteur énergétique. Le même qui a bénéficié de fonds ukrainiens et étrangers pour le renforcer, étant la principale cible de la Russie. 

Le détournement de cet argent est également inconvenant pour la population ukrainienne, soumise à de multiples coupures de courant alors que l'hiver s'est installé. 

Cette enquête entache aussi la crédibilité de Volodymyr Zelensky. Son allié de longue date, Timur Mindich, étant impliqué, c'est alors toute la campagne présidentielle de 2019 du chef d'État qui est remise en cause : cette dernière était en effet bâtie sur des promesses de lutte contre la corruption. 

En réaction, l'Ukraine a lancé il y a plusieurs semaines un audit anti-corruption massif de toutes les entreprises publiques, d'après le Premier ministre Yulia Svyrydenko. «Nous préparons une décision globale concernant toutes les entreprises publiques, y compris celles du secteur de l'énergie. Des audits sont en cours et les conseils de surveillance ont été chargés d'examiner leurs opérations, notamment leurs pratiques d'approvisionnement», avait-elle écrit sur X, le 13 novembre dernier. 

Volodymyr Zelensky avait, lui aussi, pris la parole sur son compte X, le 12 novembre dernier, alors que l'enquête venait d'être révélée. «La situation est actuellement extrêmement difficile pour tous en Ukraine : coupures de courant, grèves russes et pertes considérables. Il est absolument inacceptable que, dans ce contexte, des malversations se produisent dans le secteur de l’énergie. Je signerai un décret imposant des sanctions à deux personnes impliquées dans l’affaire NABU concernant Energoatom», avait-il écrit. 

une adhésion à l'UE compromise ?

La révélation de cette enquête a également, de prime abord, mis à mal la question de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. En effet, la lutte contre la corruption est l'un des chevaux de bataille de Bruxelles. 

Quelques jours avant que cette enquête ne soit rendue publique, le 4 novembre, la Commission européenne avait félicité l'Ukraine pour les différentes réformes mises en place, bien qu'elle lui ait demandé «une accélération du rythme», en particulier en ce qui concerne le respect de l'État de droit. 

Mais la lutte anti-corruption ukrainienne faisait déjà l'objet de réticences de la part de la Commission. «Les tendances négatives récentes, notamment une pression croissante sur les agences spécialisées dans la lutte contre la corruption et sur la société civile, doivent être inversées de manière décisive», avait indiqué l'exécutif, selon l'AFP. 

Au cœur de ces débats : une loi, qui devait supprimer cet été l'indépendance de deux organismes anticorruption clés, en Ukraine. En cause ? Ils étaient accusés d'être sous influence russe. Mais cette dernière avait finalement été abandonnée, face à la pression combinée des citoyens et des autorités européennes.

L'Ukraine essuie un nouveau scandale qui pourrait fragiliser sa position à l'international. Les prochains jours donneront également des réponses sur les conséquences de cette enquête sur le gouvernement Zelensky. 

En effet, ce dernier devra sûrement faire face à un mécontentement populaire grandissant : le média ukrainien Obozrevatel a révélé que 62,2 % de la population était favorable à la démission d'Andriy Yermak de son poste de chef de cabinet du président de l'Ukraine. 

Enfin, l'affaire pourrait peser sur la réunion des ministres des Affaires européennes des Vingt-sept prévue à Lviv (Ukraine) le 10 décembre prochain. Cette dernière pourrait trancher sur la candidature ukrainienne à l'UE. 

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