L’hypothèse d’une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis a mis en lumière une faille majeure de l’OTAN, le traité fondateur n’a pas prévu qu’un État membre puisse en attaquer un autre, ce qui pourrait fragiliser la crédibilité de l’Alliance.
Que se passerait-il si l’impensable devenait réalité, si, demain, un pays membre de l’OTAN décidait d’en attaquer un autre ? L’hypothèse d’une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis relève encore de la fiction stratégique, mais elle révèle une faille béante : le traité fondateur de l’Alliance atlantique n’a jamais prévu ce cas de figure.
L’article 5, pilier sacré de la défense collective, est limpide en apparence : toute attaque armée contre un État membre est considérée comme une attaque contre tous. Une mécanique pensée pour dissuader, pas pour arbitrer un conflit interne. Lorsque la menace vient du cœur même de l’alliance, le texte devient muet.
«Si les États-Unis attaquent un allié de l’OTAN, tout s’arrête», a résumé sans détour la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. L’Alliance pourrait subsister formellement, mais son socle politique et stratégique serait profondément fissuré. Le principal bénéficiaire pourrait être ailleurs : une Russie déjà engagée dans une logique de confrontation durable, rapporte The Guardian.
L'europe ne serait plus une priorité stratégique
Cette fragilité n’est pas nouvelle. Pendant la campagne présidentielle de 2024, Donald Trump avait clairement conditionné la protection américaine au respect des engagements budgétaires. En effet, les États jugés «défaillants», c’est-à-dire ceux n’atteignant pas les 2 % de dépenses militaires, n’étaient plus assurés d’un parapluie automatique. Son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, l’avait confirmé en février : l’Europe n’est plus une priorité stratégique.
De quoi provoquer une inquiétude sur le Vieux Continent. Officiellement, le sommet de l’OTAN de juin avait permis de calmer le jeu. Mais les dernières prises de parole du président américain sur le Groenland ont remis ce sujet au centre des débats.
Dans ce contexte déjà tendu, la résurgence des convoitises autour du Groenland a fait l’effet d’un électrochoc. Après l’arrestation spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro, Washington a ravivé ses prétentions sur ce territoire arctique, allant jusqu’à contester la souveraineté historique du Danemark. Une remise en cause frontale d’un allié de longue date.
Un «rapport de force» qui prime
Aucun des autres membres de l’OTAN n’envisagerait sérieusement de défendre militairement le Groenland face aux États-Unis. Stephen Miller, conseiller de Donald Trump, l’a assumé sans détour «dans ce genre de situation, ce ne sont ni les traités ni la solidarité qui tranchent, mais le rapport de force».
Le déséquilibre est écrasant. Les États-Unis disposent de 1,3 million de militaires en activité, le Danemark, à peine plus de 13.000. En 2025, le budget de défense américain devrait atteindre 845 milliards de dollars, contre 559 milliards pour l’ensemble des 31 autres alliés.
Par ailleurs, le traité ne prévoit aucun mécanisme clair d’exclusion. Son préambule évoque bien la nécessité de «vivre en paix» et de préserver une civilisation commune, mais ces formulations, héritées de la guerre froide, n’ont jamais été conçues pour sanctionner un allié dominant.
Reste l’essentiel : qu’un membre de l’Alliance se retourne contre un autre, pourrait porter un coup sévère à la crédibilité d’une organisation créée il y a 76 ans pour garantir la paix en Europe et dans l’Atlantique Nord.