Trois médecins polonais, jugés en appel pour la mort d’une femme dont ils avaient refusé la demande d’avortement en 2021, vont être fixés sur leur sort ce mardi en Pologne. L’affaire avait déclenché une vague d’indignation dans le pays.
Une décision attendue par les défenseurs du droit à l’IVG. Trois médecins polonais, accusés d'avoir tardé à pratiquer un avortement sur une femme ayant finalement succombé à un choc septique, connaîtront leur peine ce mardi 3 mars.
La patiente, Izabela, 30 ans, est décédée en septembre 2021 à l'hôpital de Pszczyna, dans le sud de la Pologne, où elle avait été admise pour de graves complications liées à sa grossesse. Les praticiens avaient toutefois refusé de pratiquer l'avortement.
Ce drame s'est produit moins d'un an après la décision du Tribunal constitutionnel, soutenu par le gouvernement nationaliste de l'époque, d'interdire les avortements en cas de malformation grave du foetus, supprimant de fait l'un des derniers motifs légaux d'IVG dans le pays.
La loi polonaise autorise théoriquement l'avortement en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère. Mais les ONG et les défenseurs des droits affirment que la réglementation est devenue si restrictive que de nombreux médecins renoncent à intervenir par crainte de poursuites.
Au premier semestre 2025, seuls 411 avortements légaux ont été recensés par la Caisse nationale de santé (NFZ). Selon Mara Clarke, cofondatrice d'Avortement sans Frontières, son organisation aide pourtant «plus de 130 femmes par jour en Pologne à avorter en sécurité», via l’envoi de pilules ou l'organisation de déplacements à l’étranger.
Plusieurs morts en Pologne liées au refus d’IVG
Ces dernières années, plusieurs femmes enceintes sont mortes dans des hôpitaux polonais après le refus de médecins de pratiquer une IVG malgré des complications médicales graves. La mort d'Izabela avait provoqué une vague de protestations massives.
Sa famille a affirmé que les médecins avaient attendu que le fœtus meure spontanément avant d'agir, de peur d'enfreindre la loi. L'hôpital assure que les décisions avaient été prises dans l’intérêt de la patiente et du fœtus.
Avant la décision du Tribunal constitutionnel, 98% des avortements légaux pratiqués en Pologne concernaient des malformations du fœtus.
Le durcissement de la loi avait déclenché les plus grandes manifestations depuis la chute du communisme. Le décès d'Izabela avait relancé la mobilisation, cette fois sous le slogan «Pas une de plus».
En 2023, les procureurs ont inculpé les trois médecins pour avoir mis en danger la vie de la jeune femme. En première instance, en 2025, deux d'entre eux ont été condamnés à 15 et 18 mois de prison, le troisième a écopé d’une peine d'un an avec sursis. Les peines étaient assorties d'interdictions d'exercer.
Des irrégularités dans la prise en charge de la patiente
L'accusation comme la défense ont fait appel du verdict. Une révision du dossier par la NFZ a mis en évidence de nombreuses irrégularités dans la prise en charge de la patiente. Le médiateur des droits des patients a conclu que ses droits avaient été violés et recommandé l’élaboration de procédures spécifiques pour les cas de choc septique ou de menace grave pour la santé des femmes.
La coalition centriste au pouvoir avait promis en 2023 d'assouplir la loi sur l'avortement, mais des divergences internes bloquent toute réforme. Par ailleurs, le président nationaliste Karol Nawrocki, soutenu par le parti conservateur PiS, pourrait également opposer son veto à toute tentative parlementaire.
«Izabela n'a pas été la première ni la dernière femme à mourir faute d'un avortement sûr (…) J’espère que ces médecins seront tenus pour responsables, car le sang d'Izabela est sur leurs mains», a conclu Mara Clarke.