L'Iran a lancé ce lundi ses premières salves de missiles et de drones vers Israël depuis que Mojtaba Khamenei a succédé comme guide suprême à son père, l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.
Au dixième jour d'un conflit qui a embrasé tout le Moyen-Orient, Israël a annoncé des frappes contre des «infrastructures du régime» en Iran, en réponse aux premières salves de missiles lancées par la République islamique sous le régime du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, tout juste choisi pour remplacer son père.
Des missiles avec des fuselages frappé de l'inscription «sous ton commandement Seyyed Mojtaba», une référence religieuse chiite qui marque l'allégeance des forces iraniennes au nouveau guide avaient été présentés par la radio-télévision d'Etat Irib, dimanche. Certains ont été interceptés ce lundi dans le ciel de Tel-Aviv en Israël.
Des sites pétroliers visés
En réponse, Israël a promis ce lundi une intensification des frappes en direction de plusieurs sites sensibles en Iran. L'Etat hébreu a notamment annoncé avoir frappé plusieurs dépôts de carburant utilisés selon elle pour faire fonctionner les infrastructures militaires, ainsi que le QG de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution.
L'épaisse fumée noire provenant des réservoirs pétroliers bombardés a plongé dimanche la capitale iranienne dans une obscurité aux allures d'apocalypse, accompagnée d'une odeur de brûlé, le temps pluvieux ajoutant encore plus de confusion. «L'air est devenu irrespirable», témoigne une habitante jointe par téléphone depuis Paris.
Après cette première attaque contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le 28 février, l'armée iranienne a menacé de cibler des sites pétroliers de la région. «Si vous pouvez supporter un pétrole à plus de 200 dollars le baril, continuez avec ce jeu», a-t-elle menacé.
La guerre paralyse en effet une grande partie des flux d'hydrocarbures en provenance du Golfe. Le détroit d'Ormuz est au centre des inquiétudes, avec quelque 20% de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) qui y transite habituellement. Le prix du baril a dépassé les 118 dollars lundi, atteignant son plus haut niveau depuis l'été 2022 à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Nouveau guide suprême
Cette nouvelle phase de la guerre intervient après que Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans considéré comme proche des conservateurs iraniens en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a été choisi dimanche comme guide suprême par l'Assemblée des experts, collège de 88 membres du clergé chiite.
L'Assemblée des experts assure «ne pas avoir hésité une minute» à remplir sa mission de désigner un guide malgré «l'agression brutale de l'Amérique criminelle et du régime sioniste malfaisant». Les Gardiens de la Révolution, les forces armées, la police et la diplomatie ont immédiatement prêté allégeance au nouveau guide suprême, qui succède à son père, au pouvoir de 1989 à sa mort le 28 février au premier jour de la guerre.
Israël avait d'ores et déjà annoncé mercredi que le nouveau guide suprême serait «une cible». Quant à Donald Trump, qui revendique un droit de regard sur le pouvoir iranien, il a prévenu dimanche que le nouveau guide suprême «ne tiendra pas longtemps» sans son aval, et ce avant même que son nom ne soit rendu public. Jeudi, il avait déjà affirmé qu'il n'accepterait pas que Mojtaba Khamenei prenne la relève.
Dans une interview publiée dimanche par The Times of Israel, Donald Trump a déclaré que l'arrêt des hostilités se ferait seulement par une décision «mutuelle» entre lui et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Selon le dernier bilan du ministère iranien de la Santé, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 civils blessés.
Affrontements au Liban
Israël a également annoncé ce lundi matin avoir repris ses frappes sur des «infrastructures du Hezbollah» à Beyrouth, s'ajoutant aux violents combats de la nuit dans l'est du Liban, près de la frontière syrienne, où le mouvement chiite pro-iranien a dit affronter des troupes israéliennes arrivées par hélicoptère.
Les affrontements ont lieu près du village de Nabi Chit, dans la région de la Bekaa, déjà ciblé vendredi par des commandos israéliens venus tenter, sans succès, de récupérer le corps d'un aviateur israélien capturé en 1986. D'après le ministre libanais de la Santé, Rakan Nassereddine, les frappes ont fait 394 morts, dont 83 enfants, en une semaine dans le pays.