Près d'un mois après le début de la guerre en Iran, des pourparlers entre les Etats-Unis et Téhéran sont en cours. Pour les mener, les deux pays ont recours à un médiateur : le Pakistan. Voici pourquoi Islamabad s'est glissé dans les discussions.
Un triangle diplomatique. Alors que le président américain Donald Trump a confirmé ce mercredi 25 mars que l'Iran «négocie», précisant que ses dirigeants voulaient «absolument conclure un accord», les dessous des échanges ne concernent pas uniquement les deux camps. Le Pakistan, qui joue le rôle de médiateur, fait également partie des discussions.
Ainsi, c'est une délégation pakistanaise qui a présenté le plan en quinze points proposé par les Etats-Unis aux Iraniens. Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, tout comme son adjoint, le ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar, entretiennent en effet des liens étroits avec leurs homologues iraniens et s'étaient ainsi dits prêts à tenir ces négociations depuis plusieurs semaines.
«Le Pakistan est honoré d'accueillir des pourparlers concluants»
Le plan en 15 points pour mettre un terme aux combats, qui se sont étendus à travers le Golfe et le Moyen-Orient, a été «transmis à l’Iran via le Pakistan», ont assuré les deux responsables pakistanais. Une information confirmée par le Premier ministre du pays, sur X : «Le Pakistan salue et soutient pleinement les efforts déployés pour instaurer un dialogue visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, dans l'intérêt de la paix et de la stabilité dans la région et au-delà».
Pakistan welcomes and fully supports ongoing efforts to pursue dialogue to end the WAR in Middle East, in the interest of peace and stability in region and beyond. Subject to concurrence by the US and Iran, Pakistan stands ready and honoured to be the host to facilitate…
— Shehbaz Sharif (@CMShehbaz) March 24, 2026
«Sous réserve de l'accord des États-Unis et de l'Iran, le Pakistan est prêt et honoré d'accueillir des pourparlers constructifs et concluants en vue d'un règlement global du conflit en cours», a-t-il également écrit.

En plus d'entretenir des relations positives avec les hautes sphères iraniennes, particulièrement instables depuis la perte de certains leaders de longue date du pays comme le guide suprême Ali Khamenei, le Pakistan est également un allié de la Maison Blanche depuis 2002. Il s'agit de l'un des pays non-membre de l'Otan de la région les plus proches des Etats-Unis et d'un territoire stratégique important pour la politique extérieure américaine.
Afghanistan, Arabie saoudite... le Pakistan veut à tout prix éviter un embrasement régional
Mais en plus d'être un pont parfait entre les deux camps grâce à ses relations, le Pakistan joue gros en matière de politique intérieure. En effet, le pays abritant une forte communauté musulmane chiite, tout comme l'Iran, il redoute un soulèvement d'une partie de sa propre population, si proche idéologiquement de celle située de l'autre côté de la frontière située à l'est du Golfe d'Oman.
En plus de ce risque, le Pakistan craint une implication de certains pays, qui lui serait également préjudiciable. Ainsi, en cas de débordements dans le Balouchistan, région située au sud de l'Afghanistan et à l'ouest de l'Iran, le conflit direct mené par Islamabad face à Kaboul pourrait prendre une tournure encore plus explosive.
Pire encore, en cas d'implication de l'Arabie saoudite, allié officiel de la nation pakistanaise depuis la signature de son accord stratégique de défense mutuelle (2025), une offensive subie par le pays du Golfe serait considérée comme une attaque subie par Islamabad, également. Tant de raisons qui poussent le Pakistan de 124 millions d'habitants à la prudence et au dialogue, afin de mener à bien une désescalade.