L’Everest conquis en une semaine au lieu de deux mois. C'est l’exploit que vient de réaliser une cordée de quatre Britanniques. Derrière ce record, on retrouve les effets du xénon, ce gaz controversé qui permettrait de décupler les performances.
En 2014, l’agence mondiale antidopage (AMA) inscrit sur la liste des produits dopant le xénon après les jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Ce gaz, l’un des plus rares dans l’atmosphère terrestre, augmente la production de l'érythropoïétine (EPO), une hormone qui dope la production de globules rouges porteurs d'oxygène dans le sang et améliore les performances. Il avait été notamment utilisé par les athlètes russes lors de plusieurs jeux olympiques.
Ce sont les propriétés de ce gaz qui ont donné l’idée au guide autrichien de haute montagne Lukas Furtenbach de proposer une formule pour gravir le plus haut sommet du monde en une semaine à quatre Britanniques. Derrière cette idée, on retrouve le docteur Michael Fries médecin-chef du service d’anesthésie et de soins intensifs à l’hôpital de Limburg an der Lahn (Allemagne), qui explique qu’inhaler le xénon reproduit les effets de la haute altitude.
Une préparation inédite mais risquée
En facilitant l'adaptation aux hautes altitudes, le xénon a complètement changé la préparation à l'ascension de l'Everest. Avant l’usage du gaz, les prétendants devaient passer deux mois dans l’Himalaya pour préparer leur corps à la très haute altitude. L’expédition, conduite par Lukas Furtenbach, n’a pas eu besoin de passer autant de temps au pieds de l’Everest. La préparation des participants a eu lieu en Grande-Bretagne où ils ont pendant deux semaines inhalé du xénon sous tente. Leur arrivée au sommet seulement quelques jours après leur départ du camp de base confirme l’efficacité de cette nouvelle technique.
Néanmoins, des critiques se sont faites entendre. Déjà en janvier la commission médicale de l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA) avait émis des réserves sur l’efficacité du xénon, «selon la littérature actuelle, il n'existe aucune preuve que l'inhalation de xénon améliore les performances en montagne, et une utilisation inappropriée peut être dangereuse», précise-t-elle. Adrian Ballinger, à la tête de la compagnie Alpenglow Expeditions a, lui aussi, émis des réserves sur cette nouvelle technique, «Pour moi, ces trucs-là effacent ce qui fait de l'ascension de l'Everest une aventure unique», explique-t-il.
Malgré ces critiques, la réussite de cette expédition aura pour effet de rendre l'ascension de l’Everest moins difficile, mais elle restera réservée à des aventuriers fortunés. Le coût de l’expédition sous xénon s’élève à 150.000 euros.