Alexandre Astier fait son grand retour dans les salles, avec la sortie ce mercredi du premier volet de la suite au cinéma de sa saga Kaamelott. Un film longtemps attendu qui concrétise enfin la mue réussie du format court au long métrage.
Enfin de retour ! Il avait fallu attendre douze ans entre la fin de la série à la télévision, et la sortie du premier film au cinéma, en 2021. Cette fois, les fans de Kaamelott n’auront dû patienter «que» quatre ans pour voir la suite des aventures du roi déchu Arthur (infatigable Alexandre Astier).
Mais l'attente était fébrile, car les ombres planaient sur la sortie de cette suite : un premier long métrage qui avait laissé certains fans sur leur faim – malgré ses 2,6 millions d’entrées à la clé, qui avaient porté la fréquentation en salles en plein Covid – la non présence du chouchou Franck Pitiot dans la peau de Perceval, quatre nouvelles années d’attentes pour ce 2e volet et... Un casting qui, forcément, comme tous les nombreux adeptes du programme apparu en 2005 avait pris quelques rides supplémentaires. Le temps qui passe n’allait-il pas porter préjudice au grand œuvre du démiurge Astier, si prompt à endosser toutes les casquettes (scénario, réalisation, production, musique, montage et… rôle principal) ?
Le roi reprend du service
Alors autant ne pas faire durer le suspens, ce retour est une réussite, et durant près de deux heures trente – qu’on espère ne pas voir se terminer une fois dans la salle – on assiste à un vrai film de cinéma. Une des rares incursions françaises dans le genre de l’héroic fantasy, dans laquelle Alexandre Astier tire le meilleur de son univers, en y ajoutant ce que ses possibilités de l'époque ne lui permettaient pas, en terme de temps et de moyens : une galerie de personnages attachante, un sens inné du dialogue, et une imagination fertile.
Bien. J’estime que vous avez assez maronné. Bande-annonce.
AA
Kaamelott – Deuxième Volet [partie 1]
Un film d’Alexandre Astier @AAstierOff
Sortie le 22 octobre 2025#Kaamelott#KaamelottDeuxiemeVolet#KV2pic.twitter.com/iu3WpQccsU— Kaamelott officiel (@Kaamelott_tweet) September 30, 2025
On y découvre Arthur, toujours aussi réfractaire à l’idée de reprendre du service et sa place sur le trône, préférant se mouvoir en pyjama à longueur de journées, aux côtés de ses beaux-parents (Lionnel Astier et Joëlle Sevilla) et sa femme Guenièvre (Anne Girouard), mais loin de Kaamelott, détruit après l'assaut mené contre le renégat Lancelot. Un ancien bras droit qui avait fait régner la tyrannie à Logres pendant le long exil du roi, et que ce dernier, par bonté d’âme, avait laissé vivant.
Cette clémence semble être la faute de trop pour les dieux, qui se rappellent au bon souvenir d'Arthur. Une bonne occasion de s'inviter à la nouvelle table ronde recrée par ses plus fidèles compagnons, comme à la belle époque. De son côté, Lancelot (Thomas Cousseau), qu’on retrouve hagard au milieu de ruines, cultive encore un peu plus sa solitude, jamais aussi compétent que lorsqu’il s’agit de frayer avec les forces obscures, dont son fantôme géant de père. Et ses retrouvailles avec un ancien compagnon de route n’augure rien de bon…
Glorieux anciens et nouveaux espoirs
Restait à savoir qui allait faire partie des heureux élus à siéger autour de cette nouvelle table ronde, l’occasion idéale de faire un tour d’horizon d’un casting qui alterne entre clins d’œil aux amateurs de la première heure, nouveaux venus de prestige, et poids lourds toujours au rendez-vous. Les fans devraient être comblé, Alexandre Astier les a – presque – tous à nouveau réunis, y ajoutant quelques guests de renom : Alain Chabat vient amuser la galerie, tout comme Christian Clavier, Daniel Mesgich surprend en sorcier, Thomas VDB est épatant en mari brimé, soumis à l'inquiétante sorcière Virginie Ledoyen, et Redouane Bougheraba cabotine avec les mercenaires Cornillac et Gallienne. Le réalisateur profite de son sens de la famille pour rajeunir la Table ronde, puisque ses enfants Ethan, Ariane, Jeanne et James Astier y prennent place. Les grands anciens sont de retour, au premier chef l’insatiable Karadoc (Jean-Christophe Hembert), que l’on retrouve d’abord régnant sur sa taverne, en compagnie de Merlin (Jacques Chambon) affecté à la plonge.
Reste le sujet le plus épineux de ce nouvel opus au cinéma, l’absence de deux des plus sympathiques héros de la troupe : Yvain (Simon Astier), que son ami Gauvain (Aurélien Portehaut) va partir chercher avec le succès que l’on imagine, et surtout Perceval, absent à l’image et pourtant si présent, à travers un procédé bien trouvé que l’on gardera sous silence. Un crime de lèse-majesté pour les spectateurs de longue date de Kaamelott, qui a obligé Alexandre Astier à s’expliquer sur tous les plateaux de télé…Et qui laisse à penser que Franck Pitiot ne revêtira plus son costume, même s'il a évoqué tout récemment la possibilité de revenir dans le troisième et dernier volet.
Tout pour la quête
Mais ce crève-cœur ne doit pas faire oublier le plaisir de voir cet immense casting trouver sa place dans une narration qui fait la part belle à l’aventure. L’humour et les dialogues potaches - qui ont retrouvé le sens de l'à-propos, le rythme et l'ironie qu'on appréciait tant dans la série, au service de la narration - auraient presque fini par faire oublier la volonté d’Astier d’apporter sa pierre à l’édifice du mythe arthurien, à mi-chemin entre le Excalibur de John Borman et le Sacré Graal des Monty Python.
Et puisqu’il est de nouveau question de quêtes, comme le rappelle solennellement le roi Arthur aux membres de la Table ronde dans une poignante tirade, le réalisateur transpose enfin à l’écran ses envies d’offrir une véritable saga de Fantasy au cinéma français, qu’il s'était jusque là contenté de retranscrire dans ses bandes dessinées. «J'ai une culture du jeu de rôles, où les mondes décrits ne sont pas des mondes fermés. L'histoire de Kaamelott se déroule dans un monde générique, style heroic fantasy médiéval», explique ainsi le réalisateur à l'AFP.
On prend plaisir à le voir revenir aux sources de ce mythe, tout en conservant ce qui a fait le sel de Kaamelott pendant six saisons sur le petit écran, les paysages, les grands espaces et les ruines mystérieuses en plus. Effets spéciaux réussis et vraiment originaux - impressionnants comme ce gigantesque démon, ou en forme de clin d'oeil à Star Wars pour l'apparition de la Dame du Lac -, costumes flamboyants, musique symphonique sont autant de promesses d’aventure, et ce qui était suggéré dans les versions courtes se déploie avec brio au cinéma, dans une richesse de prises de vues, d'alternances de plans et d'atmosphères. La mue est réussie entre le petit et le grand écran, dans une véritable synthèse des chapitres précédents, de la comédie des volumes 1 à 3, aux volets plus sombres, plus contemplatifs et introspectifs qui ont suivi.
On regrettera peut-être la multiplication, la profusion des pistes scénaristiques, de ces diverses quêtes aux quatre coins de l'Europe (le tournage s'est déplacé de l'Islande à Malte) restées en suspens, et qui ne trouveront de résolution que dans les prochains films, donnant parfois le sentiment de passer trop vite du coq à l'âne. Par chance, les deux parties de ce deuxième volet ayant été réalisées en même temps, pour un long total de 8 mois de tournage et un budget de 38 millions d'euros, il ne faudra cette fois attendre qu'un an pour voir la suite. Soit trois fois rien pour un fan de Kaamelott.