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«La météo spatiale est un phénomène à surveiller» : comment les rayons cosmiques ont entraîné l'immobilisation des A320 d'Airbus

Airbus a expliqué la mise à l'arrêt d'une partie de sa flotte en évoquant des rayons solaires capables de «corrompre des données essentielles au fonctionnement des commandes de vol». [© Unsplash / Andrés Dallimonti]

6.000 avions A320 d'Airbus sont à l'arrêt depuis ce vendredi à cause de leur vulnérabilité aux radiations solaires, comme l'a démontré un incident survenu aux États-Unis en octobre dernier. Une preuve que «les systèmes de prévision de ces phénomènes physiques» sont essentiels pour l'avenir.

Les avions, symbole d'une vulnérabilité face aux phénomènes cosmiques. Ce vendredi 28 novembre, Airbus a décidé de clouer au sol l'ensemble de ses A320 pour palier un défaut de fabrication face aux radiations solaires. Spécialiste de ces phénomènes physiques, François Ginisty décrypte cette décision pour CNEWS.

Si Airbus a communiqué à la suite de cette décision en évoquant «des radiations solaires intenses» capables de «corrompre des données essentielles au fonctionnement des commandes de vol», le physicien et fondateur de l'entreprise Augura Space, spécialisé dans l'anticipation de la météo cosmique, explique de son côté : «Ce n'était pas la tempête solaire du siècle et pourtant a on constaté quels effets cela pouvait avoir sur les avions que l'on utilise».

«Les radiations solaires, c’est à dire des particules qui viennent du Soleil vers la Terre grâce à ce que l’on appelle le "vent solaire", sont responsable de certaines perturbations. Elles impactent le fonctionnement de certains composants électroniques et dérèglent fréquemment les satellites mais aussi, à plus basse altitude, les systèmes électroniques utilisés par ses avions», rappelle dans un premier temps l'expert en météorologie spatiale.

Le vol 1230 de JetBlue, un «événement singulier» qui a tout changé

Toutes les particules en provenance de notre étoile ne posent pas de problème pour autant. Seules celles éjectées à très grande vitesse par le Soleil, lors de radiations majeures, passent la protection terrestre que constitue le champ magnétique. Dans ce cas, leur vitesse d’éjection peut atteindre plusieurs milliers de kilomètres par seconde et le danger devient important.

C'est exactement ce type de phénomène naturel qui a provoqué l'incident récent qui a beaucoup fait parler dans le monde de l'aviation et qui est à l'origine de cette décision d'Airbus. Le 30 octobre, la liaison 1230 de la compagnie JetBlue, qui ralliait Newark (Etats-Unis) depuis Cancun (Mexique), a connu un problème de contrôle de vol à cause d'un dysfonctionnement informatique. En plein trajet, l'appareil a soudainement piqué vers le sol sans intervention des pilotes. Finalement, malgré plusieurs blessés, l'avion s'est posé à Tampa (Floride, Etats-Unis), sans dégât majeur. François Ginisty parle d'un «événement singulier».

«Pour le vol 1230 de JetBlue, on parle effectivement d’"événement singulier", parce qu'une particule à haute énergie est venue traverser un composant électronique créant un "bitflip". Dans ce cas là, un beug provient du fait qu'un 0 devient un 1 et un 1 devient un 0, altérant le bon fonctionnement de la machine touchée. Nous n’avons pas d’analyse complète encore, mais il semblerait que ce soit ce qu’il s’est passé dans ce cas», explique-t-il.

Les radiations peuvent rendre les avions «aveugles, sourds et muets»

Ces rayons solaires, qui sont également «à l'origine des aurores boréales», comme il le rappelle, peuvent ainsi altérer de nombreuses manières le bon déroulement des vols. «Les avionneurs savent mieux que personne les conséquences que peuvent avoir les radiations solaires. En plus des erreurs liées au composant que l’on a cité, ce que l’on sait, c’est que ces phénomènes perturbent les outils de localisation des avions, que ce soit GNSS et GPS ainsi que les communications à hautes fréquences grâce auxquelles les avions communiquent avec les autres et la tour de contrôle. Cela peut donc les rendre aveugles, sourds et muets», alarme-t-il.

Pour lui, le problème pourrait d'ailleurs persister dans les prochains mois ou dans les prochaines années, car la «miniaturisation des composants électroniques» rend de nombreux outils «de plus en plus sensibles aux particules spatiales». Il explique : «En les rendant plus petits, moins lourds, plus efficaces, ces composants deviennent plus vulnérables à ces perturbations extérieures».

Pour rectifier le tir, Airbus a déjà annoncé une mise à jour logicielle permettant d’être redondant vis-à-vis de ce genre d’erreur, explique François Ginisty. Airbus a évoqué une option : faire revenir ses appareils immobilisés à une version antérieure du logiciel qui les équipait.

«la prédiction et l’analyse de la météo spatiale sont importantes»

«Seulement, il est impossible de tout appréhender et d’anticiper toutes les erreurs possibles. C’est pour cela que la prédiction et l’analyse de la météo spatiale sont importantes», souligne une nouvelle fois celui qui a créé Augura Space, dont le rôle est d'analyser les données récoltées depuis le soleil pour proposer une aide à de nombreux acteurs de notre société dépendant de la météo spatiale, comme les compagnies aériennes.

Une aide d'autant plus prometteuse que cette décision prise par Airbus est loin d'être anodine : «Sans avoir les chiffres exacts, en sachant qu’un vol retardé ou annulé représente des dizaines voire des centaines de milliers d’euros, on peut imaginer aisément quelle ampleur revêt une telle immobilisation de flotte», commente d'abord le physicien. A cause de cette incapacité à utiliser ses A320, Air France a déjà confirmé l'annulation de 35 vols, ce vendredi.

Selon l'ESA, chaque année, les retards et annulations de vols dus à la météo spatiale représentent un manque à gagner de 1,3 milliard d'euros sur le secteur aérien © REUTERS

«De manière générale, une étude commandée par l'ESA faisait état d’une perte de 1,3 milliard d’euros par an dues aux effets de la météo de l’espace sur l’aérien». Une preuve de plus des conséquences importantes qu'ont les radiations solaires, à l'échelle terrestre.

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