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Qui sont ces influenceurs russes qui attaquent la politique de Vladimir Poutine ?

La sortie de Victoria Bonya a agi comme un électrochoc. [© REUTERS/Stephane Mahe]

Des influenceurs russes, souvent apolitiques, osent désormais critiquer la gestion du pays sans viser directement Vladimir Poutine. De Victoria Bonya à d'autres figures publiques, ces prises de parole inédites traduisent une lassitude croissante et pourraient élargir la contestation au sein de la société russe.

Longtemps cantonnés à des contenus lifestyle ou divertissement, certains influenceurs russes franchissent désormais une ligne sensible : critiquer publiquement la gestion du pays. Derrière ces prises de parole inédites, un mélange de frustration sociale, de stratégie implicite et de risques politiques bien réels.

La sortie de Victoria Bonya a agi comme un électrochoc. Connue pour ses contenus liés à la beauté et à la téléréalité, l'ancienne star de Dom-2, une télé-réalité russe s'est soudain muée en lanceuse d'alerte dans une vidéo virale de 18 minutes. Face caméra, elle interpelle Vladimir Poutine : «Les gens ont peur de vous, les artistes ont peur, les gouverneurs aussi».

Tout en prenant le soin de ne pas attaquer frontalement le président, elle dresse une liste précise de dysfonctionnements. Elle cite ainsi les catastrophes environnementales, les coupures d'Internet et la pression fiscale croissante. Un discours inhabituel dans un pays où la critique publique du pouvoir est sévèrement encadrée.

Dans son sillage, d'autres personnalités peu politisées ont alors pris la parole. L'influenceuse Aiza a dénoncé la corruption et la hausse des taxes, avant de supprimer sa vidéo. L'acteur Ivan Okhlobystin, pourtant proche du pouvoir, a lui critiqué la censure en ligne, qualifiée «d'énorme erreur».

Une critique encadrée

Ces prises de position partagent un point commun. Elles évitent de remettre directement en cause Vladimir Poutine ou la guerre en Ukraine. Ce positionnement alimente une lecture bien connue en Russie, celle du «bon tsar mal informé», où les problèmes seraient imputables à des échelons intermédiaires défaillants.

Pour autant, ces discours ne sont pas anodins. Selon le politologue Andrei Kolesnikov auprès du Guardian, ils traduisent une lassitude croissante au sein de la population, notamment liée aux conséquences économiques et sociales du conflit. Inflation, restrictions numériques et pression sur les libertés alimentent un mécontentement diffus.

Même prudentes, ces critiques contribuent à fissurer un tabou. Il s'agit de l'expression publique de griefs. Elles touchent surtout un public nouveau, moins politisé, comme le souligne l'ancien conseiller du Kremlin Abbas Gallyamov, pour qui ces influenceurs «amènent une audience qui n'était pas dans l'opposition auparavant».

Des voix plus radicales

À l'autre extrémité du spectre, certains blogueurs vont beaucoup plus loin. C'est le cas d'Ilya Remeslo, ancien soutien fervent du Kremlin, qui a brutalement appelé à la destitution de Vladimir Poutine. Une sortie d'une rare violence dans le paysage médiatique russe.

Mais ce type de rupture a un coût. Peu après ses déclarations, Ilya Remeslo a été interné en hôpital psychiatrique, dans des circonstances floues. Un signal fort des limites à ne pas franchir.

Entre soupçons de stratégie et colère réelle

Face à cette vague, le Kremlin a adopté une posture inhabituelle en reconnaissant certaines critiques, via son porte-parole. 

«Bien sûr, nous avons vu la vidéo de Bonya», a assuré Dmitri Peskov. «Ses propos ont fait le tour du pays. Elle a abordé de nombreux sujets. Nous avons déjà beaucoup travaillé sur cette question, mais nous allons encore déployer des efforts considérables.»

Viktoria Bonya nie catégoriquement être un pion de l'État, même si elle s'empresse de modérer son ton et de rester dans les limites fixées. «Je défends le peuple russe, mais je ne trahirai pas mon pays. Je ne suis pas une figure de l'opposition», conclut-elle.

Une réaction de l'Etat qui interroge : s'agit-il d’une ouverture contrôlée pour canaliser le mécontentement à l'approche des élections législatives, ou d'une méthode du Kremlin ? Selon l'opposition russe, Vladimir Poutine pourrait se présenter ainsi à l'écoute de son peuple en sanctionnant ensuite les «conseillers» fautifs. Tout cela dans le but de préparer les prochaines élections législatives.

Certains analystes évoquent même une stratégie visant à tester l'opinion publique. Une hypothèse risquée dans un système reposant précisément sur le contrôle strict de la parole.

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