Les jeunes issus de la génération Alpha - nés entre 2010 et 2020 - préfèrent avoir une «petite amie IA» plutôt qu’une relation dans la «vraie vie», révèle une étude. En cause notamment : la peur du rejet.
Le virtuel plutôt que le réel. Alors que des spécialistes prédisaient en 2024 que les «petites amies IA» généreraient un marché d’un milliard de dollars, une étude menée par l’association Male Allies UK, spécialisée dans la masculinité «positive», citée par le New York Post, révèle que les garçons de la génération Alpha, nés entre 2010 et 2020, préfèrent avoir une petite amie virtuelle qu’une véritable partenaire humaine, par peur du rejet et des des défis que peut entraîner une relation amoureuse.
Sur 1.000 garçons de 12 à 16 ans interrogés par l'association, 85% d’entre eux ont déjà parlé à un chatbot issu d’une intelligence artificielle, 20% connaissent un camarade qui «sort» avec un chatbot IA, et plus d’un quart préfèrent l’attention offerte par un partenaire virtuel à une véritable relation entre humains. Plus de la moitié des adolescents interrogés (58%) ont par ailleurs déclaré que les relations avec l'IA étaient plus faciles, car elles leur permettaient de «contrôler la conversation».
«L’IA n’est pas une personne»
Aussi surprenante que puisse paraître cette étude, les experts soulignent que l'attrait des relations avec une IA, qui offrent une réactivité permanente et ne connaissent aucun rejet, est évident. «L’IA valide, affirme, ne se lasse jamais, ne repousse jamais. Pour un adolescent qui est encore en train de se construire, ce genre d’attention sans friction peut ressembler à de l’intimité», explique Nicholas Velotta, responsable de la recherche sur les relations chez Arya, au New York Post.
Une étude réalisée en mai 2025 avait déjà révélé que 52% des adolescents britanniques utilisent des chatbots tous les mois à des fins sociales, pour s’entraîner à engager la conversation, exprimer leurs émotions, résoudre des conflits, gérer leurs relations amoureuses ou défendre leurs intérêts. À cet égard, selon Nicholas Velotta, l’IA recèle un potentiel thérapeutique lorsqu’elle est utilisée correctement - en complément d’une relation humaine, et non en remplacement de celle-ci.
«L’IA n’est pas une personne. Il s’agit d’un système sophistiqué conçu pour maintenir votre intérêt. Si un garçon grandit en croyant le contraire, il se dirige vers une forme de solitude», prévient l'expert. Nicholas Velotta note que le comportement des jeunes se reflète chez les adultes : une enquête réalisée en 2024 a révélé que près de 20% des Américains ont flirté avec des chatbots, tandis que plus de 45% des hommes de la génération Z n’auraient jamais invité une femme à sortir dans la vie réelle.
Danger pour le développement des adolescents
«Inviter quelqu’un à sortir est un acte chargé d’émotion. Les enjeux sont importants», détaille Nicholas Velotta. «Nous voulons que les garçons soient plus attentionnés, mais l’attention demande de la pratique, et la pratique demande de prendre des risques». Selon lui, assumer ce risque et s’engager dans des relations réelles permet d’acquérir des compétences essentielles telles que l’empathie, la résolution des conflits et l’aisance sociale, autant de conditions préalables à une vie adulte saine.
«La capacité à vivre de véritables rencontres, à surmonter les déceptions, à se laisser surprendre par une autre personne, ne se développe pas sans friction», estime l’expert. Selon lui, supprimer cette friction à l’aide d’un «yes-bot» alimenté par l’IA revient à freiner le développement et à préparer «de la mauvaise manière» ces garçons qui deviendront bientôt des hommes.