A Belfast, le street art devient un arme contre les clivages communautaires

L'oeuvre d'un artiste français baptisé  "Le fils de Protagoras" sur un mur à Belfast, en Irlande du Nord, au Royaume-Uni, le 28 février 2017 [PAUL FAITH / AFP] L'oeuvre d'un artiste français baptisé "Le fils de Protagoras" sur un mur à Belfast, en Irlande du Nord, au Royaume-Uni, le 28 février 2017 [PAUL FAITH / AFP]

Après l'art du conflit, l'art de la paix : si pendant des décennies Belfast a habillé ses murs d'immenses fresques retraçant l'histoire sanglante du conflit nord-irlandais, elle fourmille aujourd'hui d'un art mural qui veut tourner le dos à la politique.

A Belfast Est, fief des unionistes protestants, nombre de façades d'immeubles rappellent le climat de violence qui a régné entre 1969 et 1998. «Nous ne voulons rien d'autre que le droit élémentaire (...) de nous défendre si nous sommes attaqués», peut-on lire sur celle d'un pub, à côté d'une peinture de dix mètres de haut représentant deux paramilitaires encagoulés et armés d'un fusil mitrailleur.

A quelques kilomètres de là, à Belfast Nord, ancien fief de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), on peut lire: «Ramasse mon arme et continue de tirer» sur un mur à côté de deux poings serrés géants.

Street art à Belfast, en Irlande du Nord, le 28 février 2017 [PAUL FAITH / AFP]
 
Street art à Belfast, en Irlande du Nord, le 28 février 2017. [PAUL FAITH / AFP]

 

Partout, dans les quartiers catholiques et protestants, les peintures murales délimitent les territoires. «J'ai grandi en voyant ces fresques politiques et je me suis dit que je devais faire en sorte que la ville change complètement de visage, que ce soit différent de ce à quoi elle ressemblait pendant la guerre», explique à l'AFP Glenn Molloy, devant la série de dix portraits de stars qu'il a peints sur un mur du centre-ville.

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Jack Nicholson, Bruce Lee, Prince, Leonardo DiCaprio, David Bowie, Harrison Ford... Peints en noir et blanc avec le contour des visages délimité en rouge, ces portraits ont amené les médias à le rebaptiser le «Banksy de Belfast», en référence à la star britannique du street art.

«Positif et joyeux»

Cet ancien DJ de 46 ans, au chômage depuis un an et demi, revendique un «art non politique». «Je veux donner quelque chose de positif, de brillant, de joyeux, quelque chose auquel les gens peuvent s'identifier plutôt que de se sentir agressés».

Le street art à Belfast, en Irlande du Nord,  contre les clivages communautaires, le 28 février 2017 [PAUL FAITH / AFP]
 
Le street art à Belfast, en Irlande du Nord, contre les clivages communautaires, le 28 février 2017. [PAUL FAITH / AFP]
 

Il peint aussi les sans-abris qui hantent la ville. «Je veux montrer la solitude, la vulnérabilité, la précarité, je veux peindre le monde que je vois», dit cet artiste aux fins de mois difficiles.

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A chaque coin de rue, d'autres peintures murales hétéroclites et colorées contribuent à changer la physionomie de Belfast : ici une voiture roulant la nuit dans les lumières d'une ville sans nom, là un portrait gigantesque d'un cuisinier barbu avec un homard. Plus loin, une jeune fille peinte en bleue au regard mélancolique.

Au total, plus d'une centaine d'oeuvres ont été réalisées par des artistes nord-irlandais, irlandais, britanniques et européens.

Street art à Belfast, le 28 février 2017 [PAUL FAITH / AFP]
 
Street art à Belfast, le 28 février 2017. [PAUL FAITH / AFP]

 

Adam Turkington est à l'origine de ce foisonnement via un festival de «street art», «Hit the North», qu'il a créé il y a cinq ans : chaque année en septembre, plusieurs dizaines d'artistes se voient confier chacun un mur pendant un week-end avec une liberté totale de création. «Etre apolitique à Belfast est un acte politique. Défendre l'esthétique, la beauté, le droit de s'amuser, de rendre la ville plus belle est un message puissant», estime Adam Turkington. Selon lui, «l'art et notamment le street art font écho à la majorité silencieuse, celle qui ne vote pas parce qu'elle en a assez d'un establishment défaillant» et de «la tyrannie d'une petite minorité» obsédée par les divisions et la religion. 

Si l'essentiel de ces fresques ne véhicule aucun message particulier, MTO, un artiste français à l'identité mystérieuse, a peint en 2014 un enfant accroupi tenant dans ses mains une colombe tuée de deux flèches, l'une catholique et l'autre protestante, oeuvre qu'il a baptisé «Le fils de Protagoras». «Protagoras est le père de l'agnosticisme. Le message de MTO est que la religion détruit cet endroit», commente Adam Turkington, qui compte sur l'art pour unir plutôt que diviser.

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