La parité, rêve impossible ?

La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem assiste à un débat sur les discriminations basées sur le sexe, au Conseil de l'Europe à Strasbourg, le 27 juin 2013 [Frederick Florin / AFP/Archives]

Le gouvernement a rouvert mercredi le chantier de la parité en présentant un projet de loi. Mais face aux inégalités, le chemin sera tortueux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A 80 %, les tâches ménagères sont assurées par les femmes. Celles-ci gagnent 30 % de moins que les hommes. Ce ne sont que deux exemples cités par le gouvernement mais ils montrent «que les inégalités forment bien un système global au détriment des femmes», comme l’explique l’association Osez le féminisme. 

C’est pour réduire ce fossé qu’un projet de loi a été présenté hier en Conseil des ministres ; il sera discuté à l’automne : «Le premier texte à aborder l’égalité dans toutes ses dimensions», s’est félicité Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes.

 

L’emploi, la mère des batailles

Une initiative saluée par les associations, qui applaudissent aussi le fait que le gouvernement ait fait du monde du travail sa priorité. «Si on accepte l’inégalité salariale, on accepte toutes les inégalités», résume la ministre, qui ne veut pas céder à la fatalité, même si le chantier est immense.

Bien qu’une loi sanctionne déjà les entreprises qui n’accordent pas les mêmes rémunérations, moins de 50 % s’y sont conformées. Pour accentuer la pression, le gouvernement va obliger les sociétés à respecter l’égalité pour répondre aux marchés publics.

Autre problématique, les femmes sont trop souvent éloignées du monde professionnel : elles concentrent 80 % des emplois à temps partiel et 97 % des congés parentaux. Les règles de ces derniers seront revues, comme en Allemagne, pour inciter les pères à partager «les responsabilités parentales».

Objectif : que 100 000 papas l’utilisent contre 18 000 l’an passé. «C’est un premier pas mais on ne voit pas bien comment cela va réduire l’écart de salaire. Il aurait fallu définir une cible à atteindre», réagit Olga Trostiansky, secrétaire générale du Laboratoire de l’égalité.

 

L’exemple doit venir d’en haut

Pour Osez le féminisme, l’égalité passera par une prise de conscience collective de ce grave problème : «Les hommes doivent prendre la mesure du chemin qui leur faut parcourir pour concourir à l’égalité.» Aux politiques aussi de montrer l’exemple. «Si le pouvoir est réellement partagé, on verra que les choses vont changer», assure Olga Trostiansky, rappelant que la France est «mal placée dans les classements internationaux».

Certes, les lois votées il y a une quinzaine d’années ont fait progresser la parité dans les conseils régionaux ou au Parlement européen. Certes, François Hollande a présenté le premier gouvernement paritaire de la Ve République en mai 2012. Mais le Parlement reste masculin : on ne compte que 26 % de députées.

Pour y remédier, le gouvernement va durcir les sanctions financières pour les partis qui ne présentent pas 50 % de candidates. Mais rares sont les experts à estimer que ces incitations seront suffisantes. Parce qu’elle pense aussi que les symboles feront avancer les choses, Najat Vallaud-Belkacem compte sur les médias et le sport pour progresser : le CSA est missionné pour rééquilibrer la part des expertes invitées sur les plateaux (24 %), tandis que les fédérations sportives devront avoir une gouvernance paritaire d’ici à 2020. 

 

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