Marche républicaine : l'unité nationale se fissure

Marine Le Pen.[STEPHANE DE SAKUTIN / AFP]

L'unité nationale proclamée après l'attentat contre Charlie Hebdo s'est fissurée jeudi autour de la organisation de la marche républicaine dimanche à Paris, l'absence du FN au défilé au nom de l'unité nationale étant dénoncée par le parti de Marine le Pen et l'UMP.

 

"Une marche républicaine et silencieuse" dimanche, à l'appel de partis qui se présentent comme "républicains". Telle a été la décision prise jeudi par l'ensemble des partis (PS, PCF, EELV, PG, PRC, PRG, MoDem, UDI, UMP) réunis à l'Assemblée nationale. Le Front national n'était pas invité. Debout la France participera aussi au rassemblement.

Très vite a surgi une polémique. Marine Le Pen a dénoncé son "exclusion" de la "marche républicaine". "L'idée lancée par le président de la République d'une union nationale dont serait exclu un parti qui représente 25% des Français transforme cette union nationale en une vaste escroquerie politicienne", a-t-elle jugé.

"Les choses sont claires. Ils déclarent" que le FN n'est pas le bienvenu, "à l'issue d'une réunion, où ont été invités l'ensemble des partis politiques sauf le FN. Il n'y a plus d'union nationale, elle a disparu de leur fait", a dit Marine Le Pen, qui sera par ailleurs reçue vendredi matin à l'Élysée par François Hollande.

Après François Fillon, le secrétaire général de l'UMP Laurent Wauquiez a affirmé à l'AFP que l'UMP était "unanime" pour s'opposer à l'exclusion du FN de la "marche républicaine".

Or pour François Lamy, qui organise le rassemblement pour le PS, les choses sont formelles: "Il n'y a pas de place pour une formation politique qui depuis des années, divise les Français, stigmatise les concitoyens en fonction de leur origine ou de leur religion, ou ne se situe pas dans une démarche de rassemblement des Français."

"C'est une marche républicaine et un rassemblement républicain donc ne peuvent venir que les partis républicains. Le Front national ne fait pas partie de ces partis qui défendent les valeurs de la République", a abondé la maire de Paris Anne Hidalgo.

Peu avant, un des porte-parole du PS, Olivier Faure, avait jugé qu'il ne fallait "exclure personne", puis précisé à l'AFP qu'il parlait des "citoyens appelés à manifester et en aucun cas du Front national qui ne peut compter sur nous pour lui donner un brevet républicain en l'invitant".

C'est "un rassemblement que nous voulons digne, silencieux et républicain", s'est contenté de dire Jean-Chrisophe Cambadélis.

Manuel Valls, interrogé par RTL, n'avait pas répondu clairement: il ne peut "pas y avoir d'exclusion à l'unité nationale", a-t-il dit, soulignant que "l'unité nationale, c'est aussi (se rassembler, ndlr) autour des valeurs. De valeurs profondément républicaines, de tolérance, de refus d'amalgames."

 

"Le choc de l'unité de la République"

Interrogé en fin de journée, l'entourage du Premier ministre a appelé à "ne pas céder aux penchants de la polémique politicienne. Chaque citoyen peut se rendre librement à la manifestation de dimanche afin de défendre des valeurs telles que la liberté, l'égalité, la tolérance, la lutte contre le racisme et l'antisémitisme".

Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de gauche (PG), a indiqué qu'il ne reconnaissait "pas d'autorité" au Premier ministre pour organiser cet événement, son parti, par la voix d'Eric Coquerel refusant par ailleurs la présence du FN au défilé.

L'objectif du rassemblement de dimanche est de donner l'"image inédite des principaux partis politiques unis face au terrorisme", l'image "qu'après le choc, il y ait le contre-choc, le choc de l'unité de la République", souligne-t-on rue de Solférino.

La manifestation partira à 15H00 de la place de la République vers la place de la Nation, en passant par le boulevard Voltaire - un symbole puisqu'il croise le boulevard Richard Lenoir, à proximité des locaux de Charlie Hebdo (11e arr).

Outre les chefs de partis, dont vraisemblablement Nicolas Sarkozy, défileront Jean-Claude Mailly (FO) et Laurent Berger (CFDT). Alain Juppé et François Fillon (UMP) seront aussi dans le défilé parisien. Côté PS, on cite Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault.

Initialement prévue samedi, la manifestation, aura finalement lieu dimanche, afin de permettre la plus grande participation possible, et d'offrir à la police un délai un peu plus long pour se préparer.

Selon plusieurs sources, cet appel pourrait être élargi à des appels à des rassemblements dans les villes de France. Selon un conseiller gouvernemental, "Manuel Valls a conseillé aux ministres élus de grandes villes de se rendre dans leur fief ce week-end".

Plusieurs organisations antiracistes (LDH, Licra, Mrap, SOS Racisme) seront présentes. Les dirigeants du Conseil français du culte musulman (CFCM), ainsi que l'UOIF ont appelé "les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement la manifestation".

 

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