Jean-Luc Mélenchon : "Il faut s'emparer du cas grec"

Jean-Luc Mélenchon doit rencontrer François Hollande mardi.[©REVELLI-BEAUMONT/SIPA pour Direct Matin]

Il a demandé à le rencontrer. Et a été entendu. Jean-Luc Mélenchon doit s’entretenir mardi dans l’après-midi avec le chef de l’Etat afin d’aborder la situation de la Grèce. Pour le cofondateur du Parti de gauche, qui revendique sa proximité avec Syriza et prône le passage à une VIe République en France, la refondation de l’Europe est en jeu. 

 

Pourquoi avoir demandé à rencontrer François Hollande ?

Pour moi le résultat des élections en Grèce est un tremblement de terre politique. Une page cruelle peut être tournée en Europe. C’est l’occasion pour notre pays d’aider ce tournant. Il faut s’emparer du cas grec. C’est une grande opportunité pour la France d’obliger à tout remettre à plat. La voix de notre pays est décisive.

 

Quelle solution préconisez-vous pour sortir la Grèce de la crise ?

Il faut l’aider à sortir de la dépression et relancer l’activité. Mais la Banque centrale européenne menace de couper les liquidités : c’est un acte de guerre. Les traités ne le permettent pas. Ma demande essentielle à François Hollande, c’est que la France fasse savoir qu’elle ne permettra pas à la BCE d’avoir recours à une telle violence. La souveraineté de la France est impliquée.

 

Vous fondez beaucoup d’espoir dans cette rencontre ?

Oui, l’affaire grecque est l’occasion pour la France de reprendre la main en Europe. De la reprendre aux Allemands, qui exercent une tutelle insupportable. François Hollande lui-même doit se rendre compte qu’une opportunité se présente pour lui.

 

Croyez-vous réellement à un possible effet domino en Europe ? 

Je l’espère. Il est enclenché avec Podemos en Espagne et Sinn Fein en Irlande. Ca se présente bien. Mais le pire reste possible ailleurs. Par exemple, en France ou le FN est en dynamique. Dans l’Europe de l’est aussi les fascistes exercent une attraction très forte.

 

Pourquoi "l'autre gauche" n'est-elle pas plus audible ?

Sommes- nous visibles ? Sommes- nous lisibles ? Non. Nous n’arrivons pas à installer nos thèmes économiques et civilisationnels dans le débat. Il faut que «l’autre gauche» écologiste et sociale se rassemble et qu’elle propose un projet fédérateur. C’est par exemple l’esprit du combat pour la VIe République : que le peuple refonde la règle du jeu.

 

Pourquoi cette VIe République, et quels en seraient les fondements ?

Aujourd’hui les gens ne vont pas voter. C’est un message. Ils se disent que cela ne sert à rien, que la caste à tous les pouvoirs et ne les perd jamais. Pour reprendre le pouvoir les citoyens doivent définir eux-mêmes de nouvelles règles de vie pour que les droits des gens soient enfin respectés. Par exemple, il faut donner aux citoyens un vrai pouvoir de contrôle sur leurs élus. La clef, c’est le droit au référendum pour révoquer les élus.

 

Comment allez-vous procéder pour consolider ce Mouvement pour la VIe République ?

À partir du 20 février (et jusqu’au 18 mars), nous allons organiser la formation d’une Assemblée représentative du mouvement (m6r) dont certains membres seront tirés au sort et d’autres élus. Je voudrais faire la démonstration que d’autres modes de fonctionnement sont possibles. Mon idée étant que 2017 ne soit pas une élection comme les autres ni une pâle recopie de l’élection de 2012. Il doit y avoir un candidat qui gagne aux prochaines présidentielles, c’est la VIe République.

 

Un mouvement dont vous pourriez être le chef de file pour 2017 ?

Le piège de ces institutions, c’est justement la personnalisation. Ma position est évidente, je peux me rendre utile sans arrière- pensée. Mon devoir est donc de prendre des initiatives, de faire avancer les idées… Il y a le temps d’ici 2017 et tout peut tellement changer.

 

Vous avez dit souhaiter un «échec humiliant» à la Loi Macron, qui doit être votée aujourd’hui...

Malheur : ce sont les adversaires de la Loi Macron qui subissent un échec humiliant. Le ministre n’a rien cédé, sur aucun point. La formule la plus brutale s’applique. Cette loi représente une régression sociale. Le cœur de bataille de la gauche depuis un siècle est le contrôle du temps de travail. Qu’un gouvernement qui se dit de gauche revienne là-dessus sous couvert de modernité, c’est un crève-cœur total. Le PS est nocif pour les salariés. 

 

Comment réagissez-vous aux récents événements terroristes en France et au Danemark ?

Comme tous je suis révulsé. Ce sont des assassins, des lâches. Leur cruauté, leur barbarie travaille à provoquer des haines ethniques et religieuses sans fin. Ce sont les monstres providentiels du système, car pendant qu’on parle de ça, on ne parle pas du reste. 

 

Que pensez-vous de l’action du gouvernement face à ces événements terroristes ?

Il fait ce qu’il peut, du mieux qu’il peut. Dire autre chose serait injuste. Mais le terrorisme est l’enfant des guerres stupides déclenchées au Moyen Orient et que nous continuons à entretenir. C’est un crime d’avoir fracassé la Libye, c’est une horreur d’avoir envahi encore une fois l’Irak. D’une erreur à l’autre nous remplissons le monde de monstres.

 

Quel avenir voyez-vous pour l’Europe ?

Si nous mettons bout à bout, d’un côté la perspective d’une possible crise de l’Euro et de l’autre l’impact en Europe des guerres absurdes que nous avons déclenché au Moyen-Orient, combinés avec le risque de guerre en Ukraine, clairement, la civilisation européenne est à nouveau au bord d’un grand désastre. Comme toujours dans l’histoire ce sont les êtres humains qui la font, et il leur est possible d’empêcher qu’elle n’aille au fossé.

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