De l'importance de savoir parler aux malades

Anne-Marie Merle-Béral, psychiatre et psychanalyste auteur de "Docteur, ne me dites pas tout".[DR]

Traiter la maladie n’est pas forcément soigner le malade. C’est  le constat de la psychiatre et psychanalyste Anne-Marie Merle-Béral, auteur de "Docteur, ne me dites pas tout." Car en dépit de progrès techniques dans le domaine, la parole fait souvent défaut entre patient et médecin. 

 

Quelle différence observez-vous entre traiter et soigner ? 

Le système médical est devenu très performant. Le paradoxe est que les maladies sont extrêmement bien traitées mais de façon purement technique alors que les malades, eux, souvent ne sont pas soignés. On ne sait plus leur parler. Il s’agit d’une véritable rupture historique en médecine.

 

Comment l’expliquer ? 

Par la révolution technique des années 1990, c’est-à-dire le passage à une médecine qui voit tout (IRM, scanner...) D’autre part, la loi Kouchner de 2002 pousse les professionnels de santé à tout révéler. Autrement dit, dans le système médical actuel, on voit tout et on dit tout, jusqu’au pronostic vital, or le médecin n’y est pas obligé.

 

Vous dénoncez l’annonce du pronostic vital. Pour quelles raisons ? 

Le médecin n’est pas obligé de communiquer le pronostic, il n’a pas à dire à quelqu’un "vous allez mourir dans trois mois". La loi ne l’y oblige pas et, humainement, l’expérience de terrain montre que l’être humain n’est pas fait pour entendre de telles choses. On en arrive à une médecine de désespoir pour le malade.

 

Quelles sont les conséquences pour le malade ?

Par excès du tout-dire, le  malade subit des conséquences dramatiques. Cela peut le détruire psychiquement, ce qui n’aide évidemment pas à guérir lorsqu’on a une maladie grave.

 

Mais on comprend la volonté du patient de savoir…

Même s’il s’agit d’une question inévitable, le malade a envie d’entendre qu’on ne sait pas, qu’il faut garder espoir, que des nouveaux traitements arrivent sur le marché… La prédiction de l’avenir n’est pas humaine en médecine.

 

Quelles solutions pour faire face à ce danger ?

Il faudrait mieux former les jeunes médecins à l’écoute du malade, à la manière dont il convient de leur parler. Il faut leur apprendre à savoir se retenir, c’est-à-dire à ne dire les choses que lorsqu’elles s’avèrent nécessaires.

 

Docteurs, ne me dites pas tout, Ed. Anne Carrière, 18 euros.

 

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