Loi santé : des amendements anti-anorexie déposés

Le député PS de l'Isère Olivier Véran va déposer deux amendements dans le projet de loi santé pour interdire le recours aux mannequins dénutris et l'apologie de l'anorexie.[Francois Guillot / AFP/Archives]

Deux amendements au projet de loi santé de Marisol Touraine, interdisant le recours aux mannequins dénutris et l'apologie de l'anorexie, vont être déposés ce lundi à l'Assemblée nationale par le député PS de l'Isère Olivier Véran, a-t-on appris dimanche auprès de l'intéressé. La ministre de la Santé a annoncé lundi qu'elle soutiendrait ces amendements.

 

"Il est intolérable que l'on puisse faire l'apologie de la dénutrion et que l'on puisse exploiter commercialement des personnes qui sont dans des situations mettant en danger leur santé", a indiqué à l'AFP Olivier Véran, confirmant une information du Dauphiné Libéré.

Le premier amendement vise à interdire aux agences de mannequinat le recours à des mannequins lorsqu'ils sont diagnostiqués en état de dénutrition. Cet état "d'extrême maigreur", qui s'échelonne sur "trois niveaux de gravité" selon le député, s'évalue sur l'Indice de Masse Corporelle (IMC) du sujet, calculé "en divisant le poids par la taille élevée au carré".

 

Modification du code du travail

Olivier Véran, rapporteur du volet promotion et prévention de la loi Santé et également neurologue au CHU de Grenoble, propose de modifier le code du travail afin de contraindre les agences à attester pour chaque mannequin d'un certificat médical prouvant que son IMC est supérieur à une valeur donnée.

Tout contrevenant s'exposerait à une peine de six mois d'emprisonnement et à 75.000 euros d'amende. "Cette valeur n'est pas encore déterminée. Elle devra faire l'objet de débats. Je propose que la Haute autorité de santé se prononce à son sujet", a-t-il précisé.

 

Mesures déjà prises ailleurs

Certains pays comme Israël, l'Espagne, l'Italie, le Chili ou la Belgique, ont déjà réagi face à ce phénomène en prenant des dispositions lesgislatives ou réglementaires.

"En France, on considére que l'on est maigre en dessous de 18,5. L'OMS retient un indice en dessous de 18 pour commencer à parler de dénutrition. En dessous de 17, c'est une dénutrition sévère. En dessous de 16, c'est considéré comme un état de famine", a expliqué M. Véran.

 

Apologie de l'anorexie

Le deuxième amendement, qui sera déposé conjointement avec la délégation aux droits des femmes, créerait notamment un "délit de valorisation de maigreur excessive" et viserait à interdire les sites internet qui font "l'apologie de l'anorexie".

"Ces sites expliquent aux jeunes filles de 12-13 ans qu'il faut avoir un écart de 15 centimètres entre les jambes pour être belle", a précisé le député.

 

Soutien de Marisol Touraine

M. Véran estime qu'en France, "entre 30 et 40.000 personnes" souffrent d'anorexie mentale. "Ce sont des adolescents dans 90% des cas. L'impact social de cette image que véhicule la mode, où des femmes doivent être maigres à un niveau pathologique pour être belles et défiler, est très fort", a déploré le député.

Lundi, la ministre de la Santé Marisol Touraine a fait savoir qu'elle soutiendrait ces amendements, qui devront toutefois être examinés et expertisés. "Je trouve que quand on est mannequin on doit s'alimenter et prendre soin de sa santé. C'est un message important en direction des jeunes femmes, des jeunes filles qui voient en ces mannequins des modèles esthétiques" a déclaré Mme Touraine.

 

Défense

"C'est évident que c'est un fléau, tous les amendements qui aideraient à faire en sorte qu'on ne fasse pas la promotion de l'anorexie, c'est toujours bien", a réagi Gérald Marie, ancien directeur Europe de l'agence Elite aujourd'hui à la tête de l'agence parisienne Oui Management, interrogé par l'AFP.

"Mais il faut éviter de mélanger les choses. Il y a l'anorexie et il y a des filles qui sont fines, très fines, par tempérament et vous pouvez les faire manger toute la journée elles resteront fines", a-t-il souligné.

 

"Zéro anorexique"

"Il ne faudrait pas tout de même dire à des filles qui ont seize ans qui font un 36 ou un 38, tu es punie parce que tu es trop fine. Il faut arriver à bien déterminer l'anorexie, et voir que c'est un problème psychologique, psychiatrique".

Selon lui, sur les quelque 150 filles avec lesquelles travaille son agence, il y a "zéro anorexique". "Moi, je vois des filles ici de 17-18 ans, qui font 1,78 m pour 54 kg, je peux vous garantir qu'elles ne sont pas maigres, elles sont en pleine forme!"

 

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