Des médecins ont développé une bioprothèse censée révolutionner les reconstructions mammaires post cancer du sein. Un traitement porteur d'espoir en cette Journée de sensibilisation à la reconstruction mammaire ou «BRA Day».
En France, moins d'une femme sur trois ayant subi une ablation après un cancer du sein bénéficie d'une reconstruction mammaire. Le «BRA Day», célébré ce mercredi 15 octobre, est justement dédié à la sensibilisation autour de cette technique, que des médecins cherchent à révolutionner grâce à de nouveaux traitements.
C'est le cas au centre de référence en cancérologie Léon Bérard à Lyon (Rhône), où les soignants utilisent une bioprothèse développée à Lille et jugée particulièrement prometteuse. En mars dernier, la chirurgienne Délia Dammacco venait de réaliser la dixième opération de reconstruction mammaire post-cancer du sein à l'aide de cet outil fait de polymère.
Il se présente sous la forme d'un dôme creux, qui sert de support et de protection à un lambeau graisseux «prélevé au niveau sous mammaire au lieu d'aller le prélever au niveau dorsal ou thoracique», a-t-elle expliqué à Science et avenir. La bioprothèse agit comme une «chambre d'ingénierie tissulaire», en permettant une croissance du tissu au fil du temps.
La #3D au service de la reconstruction mammaire 🎗
Pour permettre aux patientes une reconstruction complète et en une seule opération, @LatticeMedical a créé l’implant Mattisse : une bioprothèse mammaire conçue grâce à une imprimante 3D 👉 https://t.co/2GFkM2mQ2n#LaFrenchCarepic.twitter.com/0DDZGjswbL— La French Care (@lafrenchcare) March 13, 2023
A mesure que celui-ci grandit, la prothèse, elle, se dissout. Elle est faite de filaments d'un copolymère d'acide polylactique et polycaprolactone. Sensible à la température, au pH et à certaines enzymes de l'organisme, le matériau se résorbe naturellement et progressivement.
Lattice Medical, l'entreprise qui a développé cet outil, avait lors de ses essais travaillé avec de la dentelle de Calais, «pour y faire pousser de la graisse». Les résultats étaient bons, selon le PDG, Julien Payen, mais le textile était impossible à médicaliser.
Il a donc laissé place à ce dôme ajouré conçu avec les médecins Philippe Marchetti, Pierre-Marie Danzé et le chirurgien plasticien Pierre Guerreschi, du CHU de Lille. Il a été nommé Mattisse pour «matrice textile tridimensionnelle pour la reconstruction des tissus», mais aussi en référence à Henri Matisse, célèbre peintre originaire de Calais.
«Le meilleur des deux techniques»
Cette bioprothèse a pour vocation de réunir «le meilleur des deux techniques entre les reconstructions autologues (qui utilisent les tissus du receveur, ndlr) et les implants mammaires».
Son utilisation ne nécessite qu'une seule opération de deux heures, là où d'autres reconstructions autologues impliquent d'abord une opération puis une greffe pouvant durer au total quatre à huit heures, en causant potentiellement cicatrices et douleurs à plusieurs endroits.
Contrairement aux prothèses mammaires, qui doivent être remplacées tous les 10 ans, l'usage de cette bioprothèse est en outre unique et permanent, puisqu'elle se dissout dans le corps après avoir rempli sa mission.
Un live Instagram ce mercredi
Un premier essai clinique nommé TIDE a permis à dix patientes de bénéficier de Mattisse, en France et en Espagne. Selon Délia Dammacco, il s'agit de femmes souffrant d'«un cancer diagnostiqué en stade précoce, sans chimio ni radiothérapie pour éviter les interférences avec ces traitements».
La bioprothèse leur est proposée pour leur reconstruction mammaire, pour les suites d'une ablation préventive d'un sein ou même pour remplacer leur prothèse en silicone. La procédure leur garantit un suivi jusqu'en 2029.
Lattice Medical espère obtenir le marquage CE, «nécessaire à la mise sur le marché européen», pour 2027. Selon Julien Payen l'entreprise, qui utilise l'impression 3D, est déjà capable de produire plusieurs milliers de prothèses par an, dans différentes tailles.
Ce nouveau traitement est porteur d'espoir en ce «BRA Day» (Breast reconstruction awareness day, ou Journée de sensibilisation à la reconstruction mammaire), puisque ce dernier vise précisément à informer les femmes sur les possibilités qui s'offrent à elles après un cancer du sein et une mastectomie.
L'objectif est d'accompagner leur réflexion mais aussi de mobiliser les médecins du public comme du privé, pour rendre l'offre de soins plus accessible. Ce mercredi, un live Instagram sera proposé de 16h à 20h sur le compte @bradayfrance et permettra aux participants de poser leurs questions aux meilleurs spécialistes de la reconstruction mammaire.