Selon une étude parue dans Science Advances, les Néandertaliens n’étaient peut-être pas les prédateurs que l’on croyait. Les fortes concentrations d’azote lourd détectées dans leurs os ne seraient pas dues à une consommation massive de viande, comme on l’a longtemps supposé, mais à l'ingestion d'asticots.
L’image de l'homme de Néandertal au sommet de la chaîne alimentaire, dévoreur de viande rouge, est remise en question. Longtemps considérés comme des «hypercarnivores», ces hominidés pourraient en réalité avoir tiré une partie essentielle de leur alimentation… de larves d’insectes, selon une récente étude parue dans Science Advances.
Jusqu’à présent, les chercheurs associaient les taux très élevés d’azote lourd dans les ossements néandertaliens à une consommation massive de viande. Ces niveaux dépassaient parfois ceux retrouvés chez les plus grands prédateurs, comme les lions ou les loups.
Des niveaux très élevés d’azote lourd dans le corps
Mais ce scénario se heurte à une limite biologique : le corps humain ne peut assimiler qu’une quantité restreinte de protéines animales. «Un homme ne peut métaboliser qu’environ 4 grammes de protéines par kilo de poids corporel, contre deux à quatre fois plus pour un carnivore comme le lion», explique l’anthropologue John Speth.
Face à ce paradoxe, une nouvelle hypothèse a émergé : et si les Néandertaliens consommaient les asticots proliférant dans la viande en décomposition ? Cette théorie a été testée par Melanie Beasley, chercheuse à l’université Purdue (Indiana), spécialiste en anthropologie biologique.
Elle a mesuré la concentration d’azote dans des tissus en putréfaction, puis dans les larves qui s’en nourrissent. Résultat : ces dernières contiennent des niveaux très élevés d’azote lourd, ce qui pourrait expliquer les valeurs anormalement fortes observées dans les os néandertaliens.
Selon la chercheuse américaine, cette pratique aurait constitué une forme primitive mais ingénieuse de conservation des ressources : laisser une carcasse vieillir quelques jours pour ensuite récolter les larves, riches en protéines, graisses et acides aminés.
L’homme de Néandertal, opportuniste ?
Karen Hardy, professeure à l’université de Glasgow, soutient cette lecture : «L’idée d’un Néandertal exclusivement carnivore n’a jamais été réaliste sur le plan physiologique. C’est seulement notre regard moderne et occidental qui trouve l’idée des asticots dérangeante. Dans de nombreuses cultures, ils sont une source alimentaire précieuse».
Ainsi, loin de l’image du chasseur redoutable rôdant autour des mammouths, l’homme de Néandertal pourrait bien avoir été un opportuniste, adaptant son régime aux ressources disponibles, y compris les moins appétissantes à nos yeux aujourd'hui.