Champion olympique 2006 de biathlon, Vincent Defrasne a créé sa marque de vêtements techniques. Aujourd’hui, il donne également ses conseils aux sportifs pour réussir leur reconversion.
La peur du vide. Arrêter sa carrière de sportif de haut niveau n’est pas forcément une chose facile. La fin d’une activité complète et surtout la complexité de trouver un autre métier sont souvent très difficiles à encaisser pour les professionnels. Il convient donc d’essayer de se préparer au mieux, avant même la fin de sa carrière, comme l’explique à CNEWS, Vincent Defrasne, champion olympique de biathlon en 2006 et porte-drapeau des Jeux d’hiver de Vancouver en 2010.
On vous a quitté en 2010, après une riche carrière de biathlète (un titre olympique, deux médailles de bronze, Un «petit» globe de cristal). Que faites-vous aujourd’hui ?
Depuis quatre ans, je développe à fond la marque Ayaq que j’ai créé de toutes pièces. Je ne suis pas un athlète qui a donné son nom, c’est vraiment moi qui l’ai créé de toutes pièces. Je me suis motivé et j'ai imaginé ce projet. Je suis parti de la feuille blanche. On fabrique des vêtements techniques éco-responsables, européens, pour les sports de plein air et les activités en plein air.
Comment et surtout quand vous est venue cette idée ?
L’idée est venue petit-à-petit. Plusieurs éléments et événements ont fait que cette idée s’est concrétisée. Malheureusement, c’est aussi avec des événements pas forcément heureux, comme le réchauffement climatique, que l’idée s’est renforcée. Ça m’a donné l’envie de m’y intéresser et de faire à mon niveau quelque chose.
Pendant votre carrière, est-ce que vous pensiez déjà à l’après carrière ?
Oui et non. Je dis oui parce que j'y pensais régulièrement et j'en parlais avec certaines personnes autour de moi. Et d’un autre côté, non, dans un sens où je n'ai pas non plus fait énormément de choses très concrètes ou très volumineuses pour me former. J'étais très focalisé sur ma carrière, mais par petits moments, j’en parlais avec des personnes, j'y réfléchissais seul, avec mon épouse, avec mes parents, avec mes proches ou avec des sponsors. De parler avec le CIO (Comité International Olympique) et la Fondation Somfy m’a ensuite aidé à la fin de ma carrière parce qu’ils m’ont embauché.
Ce sont les changements d'émotions qui sont plus difficiles à gérer !
Est-ce qu’il vous arrive de donner des conseils aux autres athlètes en vue de l’après carrière justement ?
Les modestes conseils que je donne aux athlètes quand ils commencent à réfléchir à arrêter leur carrière, c’est qu’il faut quand même avoir au moins un truc qui nous motive. Au moins une idée, même petite et si vague soit-elle. Quand on vit une carrière de haut niveau, ça nous anime et ça manque cruellement quand ça s'arrête. Donc c’est important d’avoir un projet pour l’après carrière, même s'il est un peu flou.
Que dites-vous aux sportifs ?
Je n'ai pas d'activité officielle dans ce domaine-là. J'ai juste mon expérience que je partage bien volontiers parce que je sais que ça peut aider, même si c'est du cas par cas. Je le fais régulièrement. Plutôt au gré de discussions. Un athlète qui m'appelle parce qu’il se questionne sur certaines choses liées à ce changement de carrière par exemple. Mon premier conseil, c’est qu’ils choisissent quelques personnes de confiance. Des gens avec qui on peut parler de nos envies, de nos questionnements, de nos angoisses et de nos motivations pour évoquer la reconversion.
Quelles sont les difficultés que rencontrent les sportifs de haut niveau après leur carrière ?
Il y a plein de petites choses qui sont un peu difficiles parce que selon ce qu'on se met à faire comme activité quotidienne, on a parfois moins le temps de pratiquer du sport. Ça peut être délicat de manquer d'activité physique si le quotidien bascule vers quelque chose de plus sédentaire et ce n’est vraiment pas anodin. Le manque d’intensité d'un match, d'une course, d'un événement… tout ça nourrit un sportif. Ce sont les changements d'émotions qui sont un peu difficiles à gérer.
Est-ce qu’il y a des disciplines dans lesquelles la reconversion est plus simples que d’autres ?
Il y a des sports qui m'impressionnent dans le niveau de capacité de reconversion. C'est l'escrime, le canoë, tout ce qui est sport d'eau. Il n’y a pas de jugement de valeur par rapport aux autres disciplines mais dans les sports cités, j’ai l’impression que ce sont des personnes qui ont eu des reconversions épanouies. Je n’ai pas l’explication, c’est un simple constat. Dans les sports de neige, que je connais bien, c'est un peu plus difficile.
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