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Amorties, plan de jeu... Jannik Sinner, un mur devenu infranchissable sur terre battue

Il y a un peu plus d'un an, sur le même type de surface, Alcaraz avait infligé une terrible défaite à Sinner, dans une finale de Roland-Garros dantesque. [Corinne Dubreuil / Icon Sport]

Il n'avait jamais mis les mains sur un grand trophée sur ocre. Sous le vent capricieux de la Principauté, Jannik Sinner a réglé cette dette avec la terre battue, en dominant Carlos Alcaraz pour s'offrir le Masters 1000 de Monte-Carlo. Plus aucune surface ne semble lui résister. 

La scène se répète, se perfectionne, s'impose comme une évidence. Depuis quelques mois, quand Jannik Sinner entre sur un court de tennis, quelque chose dans l'air change. Les adversaires le savent. Le public le ressent. 

Et les chiffres, implacables, finissent par tout dire : 22 victoires consécutives en Masters 1000, quatre titres d'affilée dans cette catégorie, Monte-Carlo venant s'ajouter à Paris, Indian Wells et Miami. Une série qui ne place qu'à ses côtés que les noms de Djokovic et Nadal. L'Italien de 24 ans n'est plus seulement le meilleur joueur du monde sur dur. Il est en train de démontrer, semaine après semaine, qu'il entend régner partout. 

Surtout sur terre battue. Une surface qui lui avait longtemps résisté. Une anomalie pour un joueur de cette trempe. Dimanche, le Transalpin a fini par dompter l'ocre. Et de quelle manière : sur le plus beau court du monde et contre son meilleur ennemi, celui avec qui il règne sans partage sur le tennis mondial, Carlos Alcaraz. Plus constant, l'Italien a fini par prendre la mesure du roi de la terre 7-6 (5), 6-3 dans des conditions venteuses, qui lui ont demandé des ajustements constants. Et c'est ici que la révolution Sinner a été la plus frappante.

L'amortie, nouvelle corde à son arc

Durant cette semaine monégasque, cette mécanique à la fois fluide et dure, typique de son tennis a laissé entrevoir un travail de l'ombre, engagé des mois plus tôt. En quittant le court Arthur-Ashe le 7 septembre 2025 après une défaite nette face à Alcaraz, Sinner avait aussitôt posé son diagnostic : s'il ne voulait pas décrocher durablement face à son grand rival, il lui fallait envisager un développement de son jeu. 

Sans faire table rase de son identité, il avait besoin d'autre chose. Un peu plus de fantaisie, de créativité, de surprise. Et dans ce registre, un coup avait valeur d'étalon : l'amortie. L'arme fétiche de Carlos Alcaraz. Le coup qui, peut-être plus qu'aucun autre, symbolisait tout ce qui les séparait : l'instinct d'artiste, le relâchement de poignet, la certitude sensuelle d'un geste né avec soi. Sinner, lui, est un architecte. Il construit, il érige, il compresse. L'amortie appartient à une autre grammaire, celle des improvisateurs. Il lui fallait donc l'apprendre, sans la singer, l'intégrer sans se trahir. 

Ce fut particulièrement visible cette semaine à Monte-Carlo, où il usa, sans en abuser, de cette nouvelle corde à son arc, notamment lors de sa demi-finale face à Alexander Zverev, décochant des amorties millimétrées quand l'Allemand était repoussé très loin de sa ligne de fond. Alcaraz lui-même observait la métamorphose avec un mélange de curiosité et d'amusement. «Je ne sais pas si Jannik regarde des vidéos de moi, mais j'ai évidemment vu qu'il faisait beaucoup plus d'amorties que d'habitude», souriait l'Espagnol. «J'ai l'impression que cela lui vient de plus en plus naturellement. Alors, je ne sais pas s'il regarde mes vidéos, peu importe, mais je suis content qu'il tente des choses différentes. C'est quelque chose qui, moi aussi, va me pousser à m'améliorer face à lui».

Roland Garros en ligne de mire

Reste que maîtriser le geste ne suffit pas. Sinner en convient lui-même : «L'important, c'est surtout de savoir à quel moment les utiliser». 

Son entraîneur, Simone Vagnozzi, a traduit cet équilibre avec une image culinaire d'une précision savoureuse. «Quand on en parle avec Jannik, on prend souvent l'exemple des pâtes à la sauce tomate : si tu mets trop de sel, ce n'est pas bon. Si tu n'en mets pas, ce n'est pas bon non plus. Il faut toujours trouver le bon équilibre». Vagnozzi, maître saucier d'une gastronomie tennistique en pleine ascension. Évoluer sans dénaturer. Bonifier sans alourdir. Du travail d'orfèvre, aussi exigeant et subtil que l'amortie elle-même, qui ne tolère ni approximation ni médiocrité.

Il y a un peu plus d'un an, sur le même type de surface, Alcaraz avait infligé une terrible défaite à Sinner, dans une finale de Roland-Garros dantesque : 5h29, cinq sets, une épopée. L'Italien n'a pas oublié. Cette conquête de Monte-Carlo, premier grand trophée sur terre, sonne comme une promesse faite à lui-même avant la porte d'Auteuil. Jannik Sinner est un mur. Il l'était sur dur. Il l'est désormais sur ocre.

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