Bill Gates, le milliardaire bienfaiteur

Depuis qu'il a quitté Microsoft, Bill Gates consacre sa fortune à des associations caritatives [CC/ImagineCup]

Bill Gates, le fondateur de Microsoft, consacre une partie de sa fortune personnelle à sa fondation, a BMGF (Bill et Melinda Gates Foundation). Abolie l’image de l’aigrefin de l’informatique ! Bill Gates consacre désormais la majeure partie de son temps à améliorer la santé et l’éducation des plus pauvres à l’échelle de la planète.

 

Ce projet résulte de l’évolution progressive d’un homme complexe, souvent caricaturé comme un adolescent gauche, prodige de l’informatique, empêtré dans une fortune tombée du ciel ou presque. «Pour répondre aux nouveaux défis mondiaux, il faut que les énergies des entreprises soient canalisées», a déclaré Bill Gates. Le fondateur de Microsoft expose une vision nuancée de l’entreprise globale. Créatrice de richesses et acteur de la gouvernance mondiale, elle trouve sa légitimité en se mettant au service de l’amélioration de la condition économique et sociale de chacun.

 

Talent et intuition

L’histoire de Microsoft et de la réussite de Bill Gates comporte tous les ingrédients de la mythologie du rêve américain : jeunesse, intuition, sens des affaires et, bien sûr… le garage des parents. Seul détail non conforme : William H. Gates «III» n’est pas parti de rien, comme Rockefeller réalisant ses premiers bénéfices en revendant des pommes dans les rues.

Ses parents étaient fortunés et établis : son père, William H. Gates «II» était un avocat réputé, et sa mère enseignante et cadre de l’université de l’Etat de Washington. A l’âge de 13 ans, alors que Bill est élève de Lakeside School, prestigieuse institution de Seattle, il se passionne pour la programmation informatique, grâce aux équipements précurseurs de l’établissement.

 

Des rencontres décisives

Il côtoie alors un certain Paul Allen qui sera de l’aventure Microsoft. En 1973, Bill Gates intègre Harvard, voie royale qui aurait pu le conduire rapidement à une brillante carrière juridique ou managériale. Il y rencontre Steve Ballmer, qui jouera un rôle déterminant à ses côtés.

Peu concentré, ni assidu, aux cours de la prestigieuse université, il préfère continuer à programmer dans le garage familial avec Paul Allen. Les deux compères améliorent un langage informatique innovant, le Basic, pour une machine qui fait aujourd’hui figure de pièce archéologique : le MITS Altair, le premier «micro-ordinateur».

Enthousiasmé par leurs avancées, il plaque ses études et fonde avec Allen la société Microsoft, en 1976. Bill Gates relativise la légende, évoquant une prise de risque calculée. «Lorsque j’ai décidé de me lancer, mes parents et l’université ne m’ont pas claqué la porte au nez. En cas d’échec, ils étaient prêts à me reprendre », a-t-il déclaré des années après au magazine L’Entreprise.

 

Le génie du marketing

Bill Gates fait preuve d’une audace commerciale étonnante, n’hésitant pas à démarcher les géants naissants du «hardware », comme Texas Instrument ou IBM. Si le jeune homme fait des affaires comme un adulte chevronné, l’ambiance qui règne au sein de Microsoft évoque plus le campement hippie que la «jeune pousse» high-tech. Les cheveux sont longs, les cols larges et les lunettes fumées.

Les passionnés qui travaillent avec Gates et Ballmer ne comptent pas leurs heures et développent un système d’exploitation dont ils ont acquis en 1980 les droits auprès d’un jeune ingénieur, Tim Patterson. MS-DOS (Microsoft Disk Operating System) est l’ancêtre direct de Windows. Le système d’exploitation avait été baptisé QDOS – acronyme de «Quick and dirty operating system» – par son créateur. Ce qui signifie, traduit en français : «Système d’exploitation vite fait, mal fait.»

Le Basic, comme le MS-DOS, révèlent une particularité de Microsoft que ses détracteurs n’ont pas manqué de souligner. Bill Gates et son équipe n’ont jamais vraiment inventé, ils ont su déceler les inventions, les améliorer et les commercialiser.

Plus qu’une compétence informatique réelle, c’est un sens aigu du commerce qui va faire la fortune de Bill Gates. Pragmatique, il déclare lui-même, près de trente ans après : «Un entrepreneur doit être […] un bon vendeur, c’est-à-dire convaincre ses clients, mais aussi les banquiers ou les employés qu’il veut recruter ». De fait, quand il parvient à vendre MS-DOS à IBM en 1980, il bluffe devant un parterre de managers aguerris : son système d’exploitation n’est pas prêt. Il le sera ensuite.

Autre intuition de Gates : verrouiller la propriété intellectuelle sur les logiciels. Sur tout produit Microsoft acheté, un pourcentage revient directement dans l’escarcelle de la société. Cette rente a permis la fortune du groupe. En 1985, MS-DOS change de nom et devient Windows. Microsoft poursuit son développement et, s’inspirant de la concurrence, reprend ainsi à Apple les principes de la souris, de la corbeille et d’une interface conviviale.

 

Vidéo : Publicité Microsoft

 

 

La rançon du succès

En 1986, Microsoft entre en Bourse et Bill Gates devient milliardaire. Windows et les logiciels développés par Microsoft (Word, Excel) équipent les PC du monde entier. Dix ans plus tard, en 1996, Bill Gates est sacré «homme le plus riche du monde» par le magazine Forbes, qu’il conservera jusqu’en 2007 avant de céder sa place aux hommes d’affaires Warren Buffett et Carlos Sim.

Les témoins s’accordent à reconnaître sa simplicité. «Bien qu’il soit le patron, il se comporte comme n’importe quel salarié. C’est quelqu’un qui a toujours mis la main à la pâte», raconte le Camerounais Jacques Bonjawo, patron d’une start-up de la Sillicon Valley, après dix ans passés dans la firme de Redmond (Etat de Washington), auteur de Mes années Microsoft – Un Africain chez Bill Gates. Connu pour son goût pour le bridge et le golf, Bill Gates s’est certes offert quelques folies, comme le Codex Leicester de Léonard de Vinci acquis en 1994 pour 30 millions de dollars, mais n’est pas réputé pour mener un train de vie extravagant.

 

Vidéo : Publicité où Bill Gates et le comique américain Jerry Seinfeld partagent la vie quotidienne d’une famille américaine

 

 

Mais le succès insolent de Microsoft fait naître les inimitiés. Certains critiquent son quasi-monopole. De gigantesques procès pour distorsion des règles de la concurrence lui sont intentés aux Etats-Unis et en Europe à partir de 1998. Le président doit comparaître devant les commissions chargées d’examiner les plaintes déposées contre Microsoft, qui pourraient menacer sa survie même. Bill Gates apparaît décontenancé devant les experts, tour à tour cynique ou bouleversé. Un nouveau personnage transparaît, vulnérable. Les procédures s’éternisent. Microsoft évite la catastrophe mais écope de lourdes sanctions comme en mars 2004 : une amende de 497 millions d’euros infligée par la Commission européenne.

 

Retour au réel

Ebranlé par les procédures juridiques et par les critiques acerbes que lui valent la puissance de Microsoft et sa fortune personnelle, Bill Gates a-t-il souhaité changer les perspectives de sa vie ? Son épouse Melinda, ancienne ingénieur de Microsoft qu’il a épousée en 1994 et dont il a trois enfants, l’a-t-elle encouragé à se réorienter ?

Depuis toujours, il y a aux Etats-Unis de généreux donateurs, comme le couple Brad Pitt-Angelina Jolie ou Bono, le chanteur du groupe U2, qui consacrent une partie de leur fortune personnelle aux grandes causes de l’humanité. En 2000, Bill Gates annonce la création de la fondation Bill & Melinda Gates, consacrée à la promotion de la santé et de l’éducation.

En 2006, Bill Gates annonce qu’à partir de juillet 2008, il ne s’occupera plus des affaires courantes de Microsoft. Il quitte toute fonction opérationnelle au sein de Microsoft le 27 juin 2008 pour se consacrer à sa fondation.  Sans craindre pour autant l’avenir de son groupe : «Je ne me fais aucun souci, il y a des gens formidables chez Microsoft pour me remplacer», déclare-t-il. Depuis son départ, Steve Ballmer, qui le seconde depuis le début des années 2000, a pris sa succession.

 

Bill Gates et Bono ont donné une partie de leur richesse afin d’aider les plus défavorisés [CC/ DFID - UK Department for International Development]

 

Lutter contre les maux de la société

On considère que les moyens financiers de la Fondation Gates sont deux fois supérieurs à ceux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est dire si depuis sa création, le philanthrope a su faire de son nouveau-né un géant de l’aide humanitaire. Les époux Gates auraient versé, depuis 1999, près de 10,5 milliard de dollars dans plus de cent pays à travers le monde, soit une somme qui représente deux fois le montant des prêts du Fonds monétaire international (FMI). Le premier chèque de la Fondation en 1999 va à l’initiative «Vaccin contre le paludisme », qui reçoit cinquante millions de dollars pour trouver un vaccin contre cette maladie qui touche 350 millions de personnes dans le monde.

Bill Gates et sa fondation sont devenus les premiers opérateurs privés à l’échelle mondiale dans ce domaine médical. En janvier 2001 au forum de Davos, la fondation signe un chèque de 750 millions de dollars au «Vaccine Fund», la caisse de financement de la «Global Alliance for Vaccination and Immunization» (Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation) qui, après plusieurs années de lobbying des Gates, s’est dotée de quelque huit milliards de dollars pour la recherche.

Depuis 2006, la BMGF est la plus grande fondation philanthropique de la planète. Lorsqu’il pense aux prémices de sa fondation, Bill Gates parle d’une volonté d’agir pour tous : «Nous avons dressé la liste des vingt maladies à éradiquer coûte que coûte», se souvient- il. Et d’ajouter qu’il se verrait bien à l’origine d’un vaccin «que ce soit pour le logiciel informatique ou pour la médecine, ce qui me passionne, ce sont les découvertes !».

Marchant sur les pas de John Davison Rockefeller qui, à sa mort en 1937, légua l’équivalent, en 2005, de six milliards de dollars aux œuvres  de charité américaines, Bill Gates et sa femme Melinda choisissent d’abord de consacrer leur fondation au continent américain. Grâce à cette organisation, ils équipent 11 000 bibliothèques publiques américaines et canadiennes de 47000 ordinateurs.

De plus, les Etats de l’Oregon et de Washington, dont est originaire le couple philanthrope, recevront près d’un demi-milliard de dollars pour financer, par l’intermédiaire d’associations locales, la prévention de la délinquance chez les jeunes. Mais les Gates voient les choses en grand. Comme il l’avait fait pour Microsoft, petite société d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) devenue géant mondial de l’informatique, Bill Gates s’attaque aux maux de la société.

Outre son engagement pour équiper les bibliothèques d’ordinateurs, le couple Gates s’attaque à trois autres objectifs : la santé mondiale (et notamment l’éradication du paludisme, de la malaria et du sida), l’enseignement et l’assistance aux enfants des familles défavorisées.

«Nous avons fréquenté de bonnes écoles, reçu d’excellents soins médicaux et bénéficié d’un système économique dynamique. C’est pourquoi nous désirons ardemment rendre à la société ce qu’elle nous a donné», écrivent les époux Gates sur le site de la fondation. Bill Gates a débloqué une large partie de sa fortune personnelle, alors évalué par le magazine Forbes à 56 milliards de dollars. L’initiative des époux Gates génère d’étonnantes émulations : Warren Buffet annonce en novembre 2006 qu’il donne 36 milliards de dollars à la fondation.

L’Organisation mondiale de la santé, le Haut commissariat aux réfugiés, les centres de recherche universitaire (Stanford, Harvard), ou encore les fondations amies (comme la fondation Clinton de l’ancien président américain) sont alimentés par les millions de dollars de la Fondation Gates dont la force de frappe dépasse de grands organismes comme l’OMS. Le pouvoir exercé par Bill Gates est immense. L’homme possède le contrôle technologique de l’économie et du savoir planétaires par l’intermédiaire de l’universel système d’exploitation Windows.

Il détient aussi, par sa fondation, la capacité d’améliorer réellement la santé et l’éducation de millions de personnes défavorisées sur la planète. Ce pouvoir pourrait inquiéter. Peut-être incarne-t-il simplement le capitalisme de demain : hyper technologique, communiquant, altruiste, messianique et «cool».

 

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