Antoine de Caunes : «J'aime ce qui sort du cadre»

Désormais diffusé le samedi soir, le rendez-vous fait la part belle à l’originalité.  Désormais diffusé le samedi soir, le rendez-vous fait la part belle à l’originalité. [X.Lahache / Canal+]

Avec «L’Émission d’Antoine», il renoue avec le de Caunes amoureux des excentricités d’Eurotrash, diffusé sur la télévision britannique de 1993 à 2007. Dans la saison 2 de ce divertissement qu’il prend plaisir à façonner, loin des propositions classiques, l’animateur continue de glaner les singularités du monde sur Canal+, en chef d’équipe qui aime mêler les générations.

Il y a eu un changement de décor, d’horaire... Quelles sont les autres nouveautés de la saison 2 ?

On est toujours le même cœur de bande, c’est-à-dire Monsieur Poulpe, Fred Veïsse et Tony. Il y a deux chroniqueuses en alternance, l’une qui nous parle du monde merveilleux des femmes, la jeune Sarah Constantin, et puis Elodie Emery, qui nous présente ce qui nous attend dans le monde de demain. La différence avec l’année dernière est qu’on a un invité fil rouge qu’on essaie d’amuser en plateau. On tente de raconter des histoires qu’on n’a pas déjà raconté dix fois ailleurs.

Tout est écrit ou laissez-vous volontairement la part à l’improvisation sur le plateau ?

Les deux à la fois. Pour partir en vrille, il faut que le scénario soit là. J’essaie de garder cette mesure. J’ai envie de faire un divertissement intelligent.

«L’Émission d’Antoine» renoue avec votre goût pour l’excentricité qui a fait le succès d’«Eurotrash»...

Il y a beaucoup de choses sur cette Terre qui sont normées, formatées, et j’aime bien ce qui sort du cadre. J’ai réuni une petite bande de gens qui sont dans cette disposition d’esprit. Je me mélange aux nouveaux talents et j’aime beaucoup cette réconciliation des anciens et des modernes. C’est un passage de témoin important pour moi.

Quel est le dénominateur commun de tous les gens qui vous entourent, comment les avez-vous choisis ?

C’est une bande qui s’est agrégée assez naturellement. Poulpe on se connaît depuis de nombreuses années, j’avais participé à des bêtises avec lui à une époque où il était encore uniquement sur le net. On a travaillé ensemble à l’époque du Grand Journal et on a continué à bosser ensemble l’année dernière. Tony lui est arrivé en cours de route. Je l’avais repéré sur le net. Il fait partie d’un collectif de Montreuil, trois jeunes gens qui font des projets bizarres et détonants. Il avait une séquence sur Périscope où il prenait le direct à 19h19 tous les jours, où qu’il soit, quelles que soient les circonstances et ça donnait des séquences assez étranges et marrantes. Il a une vraie nature et un bon don pour l’impro et le saugrenu. Fred, c’est pareil, je l’ai trouvée sur le net. Elle reprenait des voix qu’elle avait récupérées en radio et elle remettait sa tête dessus avec une post-synchro parfaite ce qui est un procédé marrant qui s’applique cette année à l’invité qui est sur le plateau. Dans l’équipe on a toujours Peter Stuart, avec qui je travaille depuis Rapido, et qui fabrique ce qu’on appelle les sujets incarnés, quand on sort dans le vaste monde pour aller à la rencontre de gens bizarres et marrants que ce soit en France, en Angleterre, aux Etats-Unis… Et Bertrand Delaire, avec lequel je travaille depuis des années. Nous avons le même goût pour l’humour et l’étrangeté. Et Poulpe bien sûr. On se partage un peu le boulot maintenant, parce que l’année dernière j’ai passé ma vie à prendre des avions et des trains.

Est-ce que mettre en avant la contre-culture et la pop culture un peu subversive est une manière d’échapper à l’absurdité de la vie ou à l’horreur du monde ?

Ce serait des grands mots. Ce que j’attends de la télévision c’est qu’elle m’informe et qu’elle me divertisse à égale proportion. J’ai grandi dans cette culture de la télévision et j’ai toujours fait de la télévision avec cette optique-là, il faut s’amuser soi-même pour amuser les autres et si possible s’amuser en racontant quelque chose qui dresse un peu une carte mentale de l’époque dans laquelle on vit. Et comme on vit dans une époque qui est assez tendue, si j’apporte quelque chose qui reflète sans prétention l’état du monde en s’en amusant un peu, je crois que là j’aurais rempli ma mission.

Qu’est-ce que vous regardez à la télé ou sur internet ?

Je regarde des séries essentiellement et des documentaires. Je regarde l’émission de ma femme « L’Effet Papillon », excellente émission de docs.

C’est le grand écart entre vous et elle (Daphné Roulier, ndlr)

On va dire qu’on se complète, c’est le secret du couple. Sinon je regarde vraiment beaucoup de séries. J’adore la fiction.

Vous avez un besoin de fiction, est-ce que vous allez y revenir, avez-vous des projets dans ce sens ?

J’y reviendrai certainement un jour, j’aime trop ça mais il est trop tôt pour en parler et puis je suis un garçon méthodique, c’est-à-dire que je suis dans mon cycle télévision-émission de plateau donc je mène ça en essayant de faire la meilleure émission possible. Je n’ai jamais fonctionné en me disant « je fais une carrière, dans deux ans je serai là… ».

Est-ce que le fantôme de Didier L’embrouille va réapparaître cette année ?

Peut-être, c’est le propre des fantômes ! On ne sait jamais quand ils arrivent ceux-là… Je m’accorde toutes les libertés. Les interférences entre les époques sont les bienvenues. J’ai horreur de refaire des choses que j’ai déjà faites mais quand les circonstances s’y prêtent pourquoi pas, il n’y a aucun véto.

Quel regard posez-vous sur le nouveau Canal ?

Pour l’instant, je ne pose pas beaucoup de regard parce que j’ai été très occupé depuis la fin du mois d’août à mettre sur pieds ma propre émission. Je sais que j’ai connu des périodes de hautes turbulences dans l’histoire de cette chaîne, depuis 1984. Je sais qu’il y a des moments où les systèmes arrivent au bout de leur logique et que donc il y a des secousses assez brutales qui rebattent les cartes. J’espère que ce qu’il va en sortir aura une bonne tête et honnêtement je suis plutôt confiant.

On connaît votre amour pour la musique rock, quel album écoutez-vous en ce moment ?

Il y a le nouveau Nick Cave qui est un album parfait pour les dépressifs, c’est pas Mary Poppins… Je suis à fond sur le Springsteen parce qu’il y a son autobiographie qui vient de sortir (je dis ça en étant le plus impartial possible mais bon je suis un passionné de Springsteen). J’écoute aussi un album d’Eric Clapton et JJ Cale enregistré ensemble en 2007, deux guitaristes que je vénère.

Vous avez fait l’objet d’un épisode mémorable des « Recettes Pompettes » de Mr Poulpe,  la migraine a-t-elle été sévère après ?

Très sévère, elle a duré trois jours parce que je suis un garçon très tempérant. Je ne bois que très peu d’alcool et jamais ce type d’alcool, donc je l’ai payé assez cher. J’ai eu une nuit de coton derrière, je ne me souviens que de très peu de choses et ce dont je me souviens n’est pas très agréable. Les deux jours qui ont suivi j’avais une émission à faire donc je m’en souviens plus précisément mais ça a été dur.

En fait vous êtes un garçon sage dans la vie ?

Absolument sage voire ennuyeux. J’adore lire et me livrer à des activités les plus banales du monde. Mon métier m’apporte suffisamment de surprises et d’émotion. J’ai des besoins très simples et une vie très réglée.

L’Émission d’Antoine, Canal+, le samedi à 19h20.

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