Comment contrôler Google ?, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani[REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Que faire face à, et avec, Google ? Cette question préoccupe non seulement tous les éditeurs de presse et leurs gouvernements respectifs mais aussi l’Union européenne. Google, au départ un simple moteur de recherche, est rapidement devenu un géant de l’Internet incontournable, un passage obligatoire pour qui veut exister sur le Web. C’est ainsi que tous les sites d’informations et de commerce ont une part de leur diffusion qui dépend du bon vouloir et des algorithmes de Google. Il est ainsi devenu l’un des plus formidables moyens de domination jamais apparus dans l’histoire économique récente. Comme au siècle précédent, une technologie nouvelle a donné naissance, dans un premier temps, à une position dominante. Mais, dans un second temps, il y a toujours une réaction.

Exemple : avec l’industrie du pétrole. La Standard Oil américaine avait construit un monopole. Il a été démantelé dès 1914, donnant naissance à une myriade d’autres compagnies pétrolières, à la suite d’un processus initié par le gouvernement américain, dès 1911, au moyen des toutes premières lois anti-trust. D’une certaine façon, l’Union européenne est aujourd’hui confrontée à ce type de problème : face à un quasi-monopole, la solution réside sans doute dans une démarche anti-trust. Google, c’est aujourd’hui 60 milliards de dollars de chiffre d’affaires qui génèrent près de 14 milliards de dollars de bénéfices, 50 milliards de trésorerie et quelque 340 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Quels sont les griefs des Européens ? D’abord la situation de monopole, même si celui-ci est désormais menacé par d’autres géants, tel Facebook. La Commission européenne précédente avait ouvert une enquête pour abus de position dominante. Mais elle avait aussi choisi la voie de la conciliation. La nouvelle commissaire à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, n’a pas encore choisi entre le fait de continuer d’explorer une conciliation et l’affrontement.

A ce monopole, s’ajoute l’évasion fiscale : la plupart des pays européens reprochent à Google de développer sur leur territoire une activité rentable et d’échapper à l’impôt, via une localisation en Irlande, où l’impôt sur les sociétés est moindre. La Grande-Bretagne vient de décider la création d’une taxe sur les bénéfices des multinationales telles que Google. Les gouvernements allemand et espagnol sont allés dans le même sens.

Enfin, les libertés. Au départ, à juste titre, Google pouvait se prévaloir d’être un formidable outil de liberté car il contribuait au développement de l’Internet. Puis sont arrivés des temps plus difficiles, notamment aux Etats-Unis avec le "Patriot Act", qui a conduit le gouvernement américain à demander aux géants de l’Internet, dont Google, la transmission de données privées au nom de la lutte anti-terroriste. La NSA, l’agence d’écoutes américaine, avait un accès direct aux serveurs de plusieurs sociétés internet dont Facebook et Google. On s’est aperçu que les moyens extraordinairement puissants de ces entreprises pouvaient devenir dangereux pour les libertés individuelles.

Enfin, dernier reproche, celui d’une ambition tentaculaire, puisque Google veut désormais s’investir dans la santé, la fin de la mort, et dans l’automobile, la voiture sans conducteur.

Mais une position dominante n’est jamais acquise pour l’éternité. Il suffit de se souvenir de ce que représentaient, il y a vingt-cinq ans, IBM et, il y a quinze ans, Microsoft. Aujourd’hui, Google est concurrencé par Facebook et doit faire face à la transition des écrans d’ordinateur vers les mobiles. Ses marges, très confortables, vont se réduire. Il n’est certainement pas de son intérêt d’ouvrir une phase d’affrontements avec l’Europe. 

 

Jean-Marie Colombani

 

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