"J'ai une grande confiance dans les goûts de Michel Fau"

Léa Drucker dans Demain il fera jour, une pièce d'Henry de Montherland Léa Drucker dans Demain il fera jour, une pièce d'Henry de Montherland[M.Artman]

Léa Drucker aime s’entourer de grands metteurs en scène aux univers très graphiques. Après avoir été dirigée par Marcial di Fonzo Bo l’année dernière dans Lucide, elle fait cette fois confiance à Michel Fau.

L’excellent metteur en scène et comédien, la dirige et lui donne la réplique dans Demain il fera jour. Une pièce étonnante d’Henry de Montherlant qui se déroule en juin 1944.

 

Ces trois dernières années, de nombreuses pièces autour de l’Occupation ont été montées telles que Collaboration, Diplomatie, A tort ou à raison, Le repas des Fauves, et aujourd’hui, Demain il fera jour. Pourquoi selon vous ?

D’abord, je crois qu’il y a des grands textes qui ont été écrits sur cette période. Ensuite, peut-être avons-nous besoin d’y revenir parce que c’est une période où les hommes et les femmes ont été mis à l’épreuve d’un point de vue moral et physique. Quand on  s’est confronté à une réalité qui est extrême, en l’occurrence la France occupée, cela créé des situations intéressantes pour le théâtre et le cinéma.

Enfin, c’est un bouleversement moral qui fait que les personnages prennent soit une dimension héroïque soit pas du tout. Cela créé des personnages intéressants à représenter.

 

Quand Michel Fau vous a proposé de jouer dans cette pièce, avez-vous dit oui tout de suite ?

J’ai une grande confiance dans les goûts de Michel Fau. Je suis une admiratrice de son travail depuis très longtemps, comme acteur d’abord, et beaucoup comme metteur en scène. Il fait à chaque fois des propositions très fortes. Et puis, Michel Fau me parlait de cette pièce d’Henry de  Montherlant avec une émotion et une passion qui a attisé ma curiosité.

 

Que dire de cette pièce ? 

C’est une pièce assez étonnante, un drôle de mélange. Elle commence comme une comédie bourgeoise assez grinçante – on retrouve l’esprit noir d'Henry de Montherlant - et évolue vers une tragédie sublime et poétique. C’est presque  une tragédie antique. Il n’y a qu’Henry de Montherlant pour faire ça. D’ailleurs, on lui reprochait de ne pas s’inscrire suffisamment dans une case.  On lui demandait souvent s’il faisait de la comédie ou de la tragédie. Lui répondait que la vie était ce drôle de mélange.

 

Michel Fau parle d’un voyage dans le Paris de 1944. Qu’en dites-vous ?

C’est un voyage dans l’inconscience insupportable d’un couple. Lui est avocat et a rendu des petits services aux Allemands. Elle est une femme entretenue très bien habillée qui se peint les ongles et  se soucie des vacances de son fils alors qu’on est en juin en 1944 sous  le Paris de l’Occupation. C’est terrifiant ! Il y  avait des gens qui avaient cette inconscience-là.

C’est vrai que c’est effrayant, et en même temps, Henry de Montherlant apporte à ces trois personnages une dimension tragique et poignante. Ce que j’aime dans son regard, c’est qu’il n’est pas manichéen. C’est dérangeant, très dérangeant, mais on n’est pas en train de dire voilà le bien, voici le mal. On est entre les deux. C’est encore plus terrible car ce sont des gens qui n’ont ni vraiment collaboré mais qui ne se sont pas non plus engagés. C’est ce qui gênait le plus d’ailleurs en 1944. Quand la pièce a été jouée, le public ne voulait pas voir ça. Ca ne plaisait ni aux collabos, ni aux résistants.

 

Michel Fau explique avoir voulu refléter les années 40 dans les décors et dit de vous que vous avez ce côté rétro qui rend la pièce encore plus crédible … Pensez-vous avoir ce petit côté rétro ?

Oui, je crois. Quand j’aperçois des photos de nous en costumes, je me dis que nous avons un physique qui s’y prête. Je revois ma grand-mère. J’ai eu la chance de connaitre mes grands-parents qui ont traversé cette période de la guerre qui a été terrible, j’ai été bercée par ces histoires là. Et puis, avec ces costumes, vous êtes complètement plongé dans la machine à remonter le temps.

 

Toutes les mises en scène Michel Fau ont ce petit plus bien à lui. Que dire de l’univers de Michel Fau ?

Michel Fau a un univers esthétique très fort.  Je me souviens que sa mise en scène de Maison de poupée d’Henrik  Ibsen (avec Audrey Tautou ndlr) m’avait renversé. Il ose des choses. Le théâtre de Michel est de la haute couture. Il est très incarné. Mais ce n’est  jamais de l’esbroufe visuel. Il y a vraiment derrière une pensée, une réflexion sur le théâtre et une direction d’acteur qui est très précise et qui permet à cet univers de prendre forme.  Si la pièce est un voyage, la mise en  scène de Michel Fau est aussi un voyage avec les lumières, les costumes. Mais tout a toujours un sens.  

Dans Demain est un autre jour,  il y a de nombreuses références cinématographiques, on est entre Murnau et Hitchcock. Il y a une sorte de rappel au passé mais Michel Fau modernise tout ça. Je ne connais personne d’autre qui fasse ça.

 

Demain il fera jour, actuellement au Théâtre de l’Œuvre, Paris 9e.

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