Décédé dans la nuit de vendredi à samedi, Michel Legrand laisse derrière lui un héritage musical impressionnant et trois décennies de collaboration avec Jacques Demy, son «frère de création».
Pour Michel Legrand, Jacques Demy était «l'une des plus belles rencontres humaines et professionnelles de [son] existence». Si la mort du cinéaste, en 1990, les a séparés, leurs carrières resteront à jamais étroitement liées, au rythme des différents projets sur lesquels les deux génies se sont retrouvés. Rétrospective.
Lola (1961)
Premier chef d'oeuvre d'une trilogie et oeuvre majeure de la Nouvelle Vague, «Lola» est le premier long-métrage de Jacques Demy. Pour composer la bande-originale, le réalisateur fera confiance à son grand ami Michel Legrand, qui faisait également ses premiers pas dans le milieu du cinéma. Un projet novateur qui marquera le début de la longue collaboration entre les deux artistes, auteurs de quelques-unes de plus belles séquences de cinéma.
Les parapluies de Cherbourg (1964)
Certainement l'une des collaborations les plus marquantes du binôme, tant le long-métrage a révolutionné le genre de la comédie musicale. Nommé aux Oscars en 1965 dans la catégorie «Meilleur film étranger», le film présente la particularité de n'être composé que de dialogues chantés. S'il reste l'un des plus grands succès critiques de Jacques Demy et sera notamment récompensé par une Palme d'or au festival de Cannes, le film scellera à jamais l'entente parfaite entre les deux inséparables, réunis pendant huit mois intenses pour parfaire le projet.
Les Demoiselles de Rochefort (1967)
«Nous sommes des soeurs jumelles, nées sous le signe des Gémeaux...», la mélodie est inscrite dans les mémoires à jamais. En 2017, à l'occasion des cinquante ans du long-métrage, Michel Legrand avait accepté de revenir sur les circonstances de la création du mythe, dans un long entretien à Télérama : «Jacques Demy avait écrit les textes des dix-sept chansons de son côté, dans le vide en quelque sorte. D'un coup, il me lance que c'est à moi de jouer. C'était comme s'il me poignardait dans le dos ! Car il avait tout écrit en alexandrins, ce qui est le plus facile pour rédiger les dialogues, mais qui se révèle très compliqué à mettre en musique : tout se ressemble... Pour le punir - et comme je suis un tyran- je l'ai contraint à parler au quotidien en alexandrins !»
Puis d'ajouter : «Je faisais à Jacques jusqu'à quarante propositions par chanson, qu'il enregistrait avec un magnéto. Nuit et jour, j'étais habité par ces musiques.» Un travail colossal qui s'avérera payant, la comédie musicale recevra même une nomination aux Oscars dans la catégorie «Meilleure musique de film».
Peau d'âne (1970)
Grand succès commercial, le film, inspiré de l'oeuvre de Charles Perrault, permet aux deux artistes de s'inscrire définitivement dans l'histoire du 7e art. En novembre dernier, le film a été adapté pour la première fois sur les planches, au théâtre Marigny à Paris. Michel Legrand qualifiera «Peau d'âne» du «film de [ses] retrouvailles avec Demy». «Quelques mois après la sortie de 'Peau d'âne', nous avons pris mon petit avion pour aller au-dessus de Chambord, où Jacques avait tourné plusieurs séquences du film. Pour s'amuser, nous avons fait des piqués sur le château, en chantant à tue-tête les fugues de 'Peau d'âne'. C'était un moment grisant, extraordinaire ; on hurlait en essayant de couvrir le bruit du moteur ! On était comme des gosses», confiera Michel Legrand.
![Depuis l'annonce de son décès, de nombreuses personnalités de la culture et du monde politique lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux.[BERTRAND GUAY / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/000_par8166464.jpg?itok=u8xUvWlu)