«Le dernier pharaon», un vent de renouveau souffle sur Blake et Mortimer

«Le dernier pharaon» se déroule dans les sous-sols du palais de Justice de Bruxelles [© éd.Blake et Mortimer / Dargaud / François Schuiten]

Le nouveau «Blake et Mortimer», à paraître le mercredi 29 mai 2019, s’affranchit des années 1950 et s’avère être un très bon cru.

Terminée l’image vieillotte des aventures de Blake et Mortimer, ces deux héros imaginés en 1946 par Edgar P. Jacobs, l’un des fondateurs de «La ligne claire» avec Hergé. Si de nombreux auteurs ont repris les exploits du duo avec plus ou moins de succès, cette fois un quatuor d’artistes – François Schuiten au dessin et scénario, le réalisateur Jaco Van Dormael et l'écrivain Thomas Gunzig au scénario ainsi que le grand affichiste Laurent Durieux aux couleurs - s’est attaqué sans complexes aux mythiques Blake et Mortimer. De quoi plaire aux plus grands fans comme aux nombreux hermétiques à la série d’origine. D’ailleurs, tiré à 230.000 exemplaires, cet album Hors-série semble déjà voué à un grand succès.

Les années ont passé. Blake a grimpé dans sa hiérarchie et s’est éloigné peu à peu de Mortimer, en proie à de vilains cauchemars depuis leur aventure en Egypte, et qui entame une retraite bien amère à Londres. Pourtant, au début des années 1980, lorsque de terrifiantes radiations s’échappent du Palais de justice de Bruxelles, entraînant l’arrêt de tous les réseaux électriques et électroniques des alentours, Blake va de nouveau devoir faire appel à Mortimer. La ville est alors évacuée, le Palais de justice placé sous une cage de Faraday. Peu à peu, la nature y reprend ses droits, les animaux sauvages y reviennent. Mais subitement, le rayonnement reprend. L’armée décide d’envoyer ses missiles sur la ville «morte». Blake sent le danger et fait de nouveau appel à son vieil ami…

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©François Schuiten / éd. Blake et Mortimer / Dargaud

Un album qui s’affranchit du style Jacobs pour mieux lui rendre hommage

Ici, François Schuiten ne fait pas dans le compromis. Le créateur des Cités Obscures délaisse la «Ligne claire» chère à Edgar P. Jacobs. «L’éditeur de Blake et Mortimer me poursuivait avec ce projet depuis des années. Mais j’aurais été incapable de le faire dans 'La ligne claire'. Je me suis dit qu’on pouvait rester fidèle à un auteur sans être dans le style de cet auteur», explique François Schuiten. «Le dernier pharaon» ne ressemble pas du tout aux précédentes aventures de Blake et Mortimer, le Grand Prix d'Angoulême 2002 imprime de sa patte cette aventure, brossant les grandes perspectives du Palais de Justice et de la ville avec son vertigineux coup de crayon. Les couleurs de Laurent Durieux donnent à l'aventure une ambiance crépusculaire et fascinante.

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©François Schuiten / éd. Blake et Mortimer / Dargaud

Pourtant, l’album ne se montre pas avare de clins d’œil au créateur disparu en 1987, et puise ses racines au coeur de la série. L’histoire du «Dernier pharaon» débute là où on avait laissé les deux héros à la fin du mythique «Mystère de la grande pyramide» (les quatrième et cinquième albums écrit et dessinés par Edgar P. Jacobs) et les fans pourront retrouver de nombreux éléments déjà imaginés par Edgar P. Jacobs, comme la bague offerte par Abdel Razek à Mortimer qui trouve ici une fonction particulière.

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©François Schuiten / éd. Blake et Mortimer / Dargaud

François Schuiten, qui a connu personnellement le papa des deux héros, a d’ailleurs repris des notes de l’auteur. Ce dernier avait imaginé des mystérieuses radiations émanant de l'imposant Palais de Justice de Bruxelles, brouillant les ondes radiophoniques et télévisuelles. François Schuiten, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig ont alors eu l’idée de déplacer dans le temps les faits pour créer une aventure «hors série» aux résonnances bien actuelles.

Un manifeste écolo ?

Le trio d’auteurs s’amuse à imaginer un univers débarrassé de ses progrès techniques. Bruxelles est rendu à la nature. Une petite communauté y vit cachée et heureuse, jouissant de ce que leurs cultures leur offrent. On y croise des enfants débrouillards, des migrants ayant trouvé refuge chez des gens qui ne regardent pas leurs papiers, des cerfs broutant au milieu des rues de la capitale belge, une étable et ses vaches, et même un ancien trader traumatisé par sa vie d’avant qui voit en Mortimer un espion du monde moderne.

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Mortimer se retrouve, lui, à devoir sauver «l'ancien» monde en s’engageant au cœur des rayonnements du Palais de Justice, l’un des plus grands au monde, et au sous-sol rempli de mystères. Entre temps, le héros pourrait bien être séduit par le style de vie des habitants de Bruxelles.

Si l’on ne dévoilera pas la fin de l’album, cette aventure est un «one shot», donc sans suite de prévue. Le lecteur, lui, fasciné par les univers parallèles inventés par Schuiten et ses compères, comme par ce Bruxelles privé de croissance économique et d'électronique, pourrait bien refermer cet album en rêvant à son tour d’un monde nouveau.

« Blake et Mortimer, Le dernier Pharaon », Schuiten, Van Dormael, Gunzig, Durieux, éd. Blake et Mortimer, 17,95€.

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