Les 10 concerts qui ont marqué le festival de Woodstock

Le Festival de Woodstock fut l'un des sommets de la contre-culture des années 1960. [© 2019 WOODSTOCK.COM][2019 WOODSTOCK.COM]

Le festival mythique célèbre cet été ses 50 ans. Souvent considéré comme le plus grand rassemblement de l'histoire du rock, le Festival de Woodstock, qui s'est déroulé à Bethel, dans l'Etat de New-York, du 15 au 18 août 1969, a vu passer sur scène les plus grands artistes de la musique populaire de l'époque, de Jimi Hendrix à Joe Cocker, en passant par les Who.

Alors que les organisateurs attendaient 50000 personnes, ce sont plus de 450000 festivaliers qui se sont finalement réunis pour vivre cette quintessence de l'esprit hippie et Flower Power. Les artistes présents ont connu des fortunes diverses suite à leur passage, Woodstock jouant comme un accélérateurs de carrière pour certains, quand d'autres sombraient dans l'oubli. Mais pour tous, l'immensité du public présent fut un choc. 50 ans plus tard, voici le top 10 des performances entrées dans la légende.

Jimi Hendrix, «The Star Spangled Banner»

En véritable tête d'affiche, titulaire d'un joli paquet de tubes et déjà intronisé comme un roi de la six cordes électrique, Jimi Hendrix est programmé pour clôturer le festival. Ce dernier a pris du retard, l'icône de la guitare passera donc le lundi, au petit matin, plutôt que le dimanche soir. Seules 30000 personnes sur les 450000 sont encore présentes au Woodstock Music and Art Fair. La performance d'Hendrix, qui s'amuse une fois de plus à gratter les cordes avec ses dents, leur donnera raison. Déjà impressionnant, c'est la deuxième partie de son concert qui le fera entrer encore un peu plus dans la légende. Avec sa fameuse guitare Stratocaster - et une bonne dose de LSD -, il entame en virtuose inimitable une version improvisée et hallucinée du «Star Spangled Banner», l'hymne national, imitant le bruit des bombes des avions B-52 qui sévissent au Vietnâm. Un sacrilège au son rugeux, âpre et métallique. Il mourra exactement un mois et un an après ce concert mythique. Les années Peace & Love sont belle et bien terminées. 

Santana, «soul sacrifice»

De tous les invités qui ont eu l'honneur de fouler la scène du Festival, c'est l'un de ceux qui a le mieux incarné, tout au long de sa carrière, les idéaux alors en vogue en cette année 1969. Encore méconnu, Carlos Santana, jeune mexicain qui a donné au groupe son nom, vient d'avoir 22 ans, et son premier album ne sortira qu'une semaine plus tard. Son batteur, Michael Shrieve, a tout juste 20 ans, et va pourtant retourner l'auditoire, dans l'ambiance déjà chaotique du samedi, entre les intempéries, le public dans la boue, et les fans défoncés. Avec son style caracéristique de fusion entre rock, funk, ou encore salsa, précurseur de la World music, le groupe enflamme la scène avec son dernier tube, «Soul Sacrifice». Près de sept minutes d'énergie, de percussions, de transe musicale, qui vont propulser la formation parmi les meilleurs groupes de rock. Si certaines stars attendues n'ont pas forcément été à la hauteur de leur réputation à Woodstock, le niveau technique et émotionnel offert par Santana est quant à lui prodigieux.  

RICHIE HAVENS, «FREEDOM»

Richie Havens à Woodstock, c'est l'histoire d'un petit miracle. Celui d'un artiste encore peu connu, programmé pour passer en cinquième position, et qui va se retrouver à ouvrir le plus grand festival du monde. A cause d'embouteillages monstres dans toute la zone dûs à l'afflux massif, les groupes programmés avant lui ne sont toujours pas là. Puisque le destin l'a choisi, à 17 heures le vendredi 15 août, il grimpe sur scène, simplement accompagné d'un autre guitariste et d'un percussioniste. Avec sa guitare folk, il est parti pour trois heures de musiques. De sa voix chaude et rocailleuse, il émerveille le public, lui qui symbolise mieux que personne alors la philosophie pacifiste, égalitaire et fraternelle censée incarner la jeunesse américaine de l'époque. Au bout de sept rappels (!), à court de chansons, Richie Havens, se lance dans une légendaire interprétation d'un classique du gospel, «Motherless child». Totalement habité, grattant frénétiquement sa guitare, il entonne comme une prière les fameuses paroles «Freedom». Sa version passionnée va entrer dans l'histoire jusqu'à devenir l'hymne de Woodstock. Ambassadeur des valeurs humanistes et écolo à travers le monde, Richie Havens se sentira lié à jamais à l'événément, jusqu'à demander à ce que ses cendres soient dispersées sur les lieux à sa mort, en 2013. 

The who, «my generation»

Pour le groupe de rock britannique, déjà très célèbre, Woodstock est une date de plus, certe prestigieuse, dans leur longue tournée mondiale pour promouvoir leur opéra rock «Tommy». Sorti trois mois plus tôt, ce chef d'oeuvre signé des précurseurs du psyché ou du punk, qui marque un jalon dans l'histoire du rock, a séduit le public comme les critiques. Adepte de la première heure des cassages de guitare, murs d'enceintes, larsens à la guitare et autres joyeusetées qui feront école dans les groupes de rock et de métal, The Who est déjà un monument de la «British Invasion» aux Etats-Unis. Mais c'est sur scène que ces jeunes surexcités donnent leur plein potentiel, et cette date ne fera pas exception. Le chevelu Roger Daltrey au micro-qui commence sa performance par un coup de pied au caméraman sur scène-, Pete Townshend à la guitare, Keith Moon à la batterie et John Entwistle à la basse vont réveiller le public, le dimanche, dès 5 heures du matin, enchainants plus de 25 titres. Pour conclure sur l'un des hymnes de la jeunesse du moment, «My generation», et son fameux « I hope i die before i get old». 

Sly & the family stone, «I want to take you higher»

La joyeuse troupe, multiraciale, représentative de l'esprit de partage, d'union et d'ouverture qui flotte dans l'air du temps, est déjà connue aux Etats-Unis. Avec sa musique à base de funk sous acide, elle a la lourde de tâche de garder le demi-million de festivaliers réveillé, dans la nuit du samedi au dimanche, à 3H30 du matin. La famille Stewart, composée du leader Sylvester «Sly», Rose et Freddy, et le reste de la bande, va relever le défi haut la main, et offrir au public la performance la plus dansante, torride, et psychédélique du festival. A grand renfort de trompettes et guitares, leur medley final, qui se conclut par le tube «I want to take you higher», sera considéré comme l'un des meilleurs sets de Woodstock. Sly entre en transe, la basse de Larry Graham ne faiblit pas, et l'esprit festif qui règne sur la scène contamine illico le public. Cinquante ans après, cette performance garde le même impact. Le public finira lessivé, tandis que l'album « Stand!», sorti juste avant Woodstock, atteindra le haut des classements de vente. Un funk-rock d'un nouveau genre est né, qui va faire de nombreux disciples.  

JOE COCKER, «WITH A LITTLE HELP FROM MY FRIENDS» 

L'Anglais Joe Cocker tourne déjà depuis un certain temps avec son Grease band. S'il est estimé dans le milieu musical, à 25 ans, il lui manque encore le tube qui pourrait lancer sa carrière. C'est chose faite avec sa reprise-il était coutumier du fait-de «With a Little Help from My Friends», des Beatles, qui va enfin faire connaitre cet adepte de blues-rock sur le sol américain. Transporté sur scène avec sa troupe-dont certains furent pris de vomissements d'angoisse devant le nombre de spectateurs-par hélicoptère le dimanche 17 août, il entame sa performance. En fin de concert, les premières notes de clavier du tube des Beatles résonnent. C'est le début de près de huit minutes de pur bonheur, face à un public qui a rarement entendu une telle puissance vocale et qui se gorge de l'énergie du chanteur. Joe Cocker devient une star mondiale. Véritable bête de scène, il imposera sa voix rocailleuse poussée à l'extrême de buveur de whisky, et sa gestuelle inimitable, entre l'air guitar et le pantomime désarticulé. 

joan Baez, «Joe hill»

Figure du folk new-yorkais, fervente militante des droits de l'homme, Joan Baez-enceinte de six mois- est venu, comme à son habitude, occuper la scène de Woodstock en missionnaire. Véritable conscience politique d'une génération, elle vient clôturer la première journée du festival, et terminera son concert à 2 heures du matin. En introduction, elle évoque son mari et écrivain David Harris, en pleine grève de la fin après avoir refusé de partir au Vietnam. Sans Joan Baez, le festival aurait ainsi raté un de ses objectifs, celui de protester contre cette guerre, fossoyeuse de la jeunesse américaine. Loin des hymnes désincarnés qui se contentent de slogans, elle livre ensuite, seule sur scène avec sa guitare, un poignant hommage à un syndicaliste accusé à tort de meurtre et injustement condamné à mort, nommé Joe Hill. La tradition américaine du Protest song est donc représentée par l'entremise de sa plus grande égerie du moment. A croire que les cieux eux-mêmes furent émus, une pluie diluvienne s'abattant alors, transformant la zone en véritable champ de boue, pour faire entrer encore un peu plus ce rassemblement dans la légende.

janis Joplin, «ball and chain»

La «Perle», comme on la surnomme, est déjà une star très attendue en cet été 1969. Symbole de l'extravagance et du jusqu'au boutisme des artistes de cette époque, déjà fragile et accro au bourbon et à la drogue dure, la beatnik illumine toutes les scènes qu'elle occupe. Avec son inimitable voix éraillée et son sourire candide, elle chante le blues rock et psyché à la perfection. Quand elle découvre, dans la nuit du samedi au dimanche, l'immense public qui l'attend, elle panique, et ne trouvera le courage d'affronter la foule qu'après de longues heures d'attentes en coulisse, après avoir ingurgité un violent cocktail d'alcool et d'héroïne. Pas de quoi faire de son concert un sommet du genre, mais, émaillé de quelques pépites, ce dernier se termine sur une superbe version de « Ball and Chain». La voix rauque, écorchée, son interprétation ressemble à une lutte avec elle-même, avec un final a cappella inoubliable. Ajoutant son nom à la triste liste naissante des artistes du XXeme siècle morts à l'âge de 27 ans, elle décède l'année suivante, une semaine après jimi Hendrix.

Jefferson airplanes, «white rabbit»

Initialement prévus pour passer le samedi soir, les californiens ne joueront que le lendemain matin, aux premières lueurs du soleil. A Woodstock, ils sont là pour représenter dignement le courant psychédélique en vogue à San Francisco et sur la côte ouest des Etats-Unis. La prestation est à la hauteur des attentes, et l'ambiance planante du set est renforcée par le manque de sommeil et la fatigue, du groupe comme du public. Le sommet est atteint en fin de concert, avec leur célèbre tube resté dans les mémoires, «White rabbit», un voyage halluciné dans le Pays des Merveilles d'Alice après une prise de drogue. Ces trois minutes ésothériques et planantes sont sublimées par la voix haut perchée, au phrasé subtil, de la chanteuse et compositrice du titre, Grace Slick, grâcieusement baignée sur scène par les premiers rayons du soleil. Sa scansion si particulière inspirera de nombreuses chanteuses dans les années à venir. Le morceau, devenu emblême du psychédélisme, est magnifiquement interprété par un groupe à l'unisson. 

ten years after, «i'm going home»

Le groupe britannique, pointure du blues-rock dont il mâtine ses reprises de standards, peine à se faire connaitre en dehors de son pays, malgré plusieurs albums au compteur. Tout va changer quand les organisateurs du festival les appellent à la rescousse pour remplacer le groupe de folk-rock Jethro Tull, qui a refusé de venir. Pourtant, en ce dimanche 17 août, les conditions sont terribles. Certains sets ont été gâchés par la pluie et la tempête. Plusieurs fois dans l'après-midi, les organisateurs demandent à Alvin Lee, chanteur et guitariste de «Ten Years After», de ne pas entrer sur scène sous peine d'être électrocuté, et le public commence gentiment à déserter la zone, alors qu'on approche des 20 heures. Mais la chance offerte au groupe de sortir enfin de l'anonymat est trop forte. Malgré une prestation générale médiocre, Alvin Lee s'offre un final qui lui assure la gloire pour les décennies suivantes. Pendant onze minutes, il tient en haleine le public avec sa version de «I'm going home» survitaminé, et sera désigné après ses solos surexcités de guitariste le plus rapide du monde. Un critère qui va marquer et influencer les as de la six cordes pendant des années.

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