«Gigant», la nouvelle perle du manga SF

L'auteur japonais continue à explorer les obsessions de son pays. [Thomas Liard]

«Gigant», la nouvelle création d'Hiroya Oku, est arrivée. Fidèle à ses thématiques habituelles, le mangaka scrute avec talent la part d'ombre du Japon.

Après Gantz, son oeuvre majeure (37 tomes publiés entre 2000 et 2013), suivie de Last hero Inuyashiki (11 tomes entre 2014 et 2017), il poursuit sa quête originale,toujours armé de son style sublime. Cette fois-ci, l'aventure prend la forme de Rei, un lycéen introverti de 16 ans, passionné de cinéma, prêt à tout pour devenir réalisateur.

UN SCenario TOUT EN nuances

Déterminé à tourner son premier court-métrage, mais maladroit, il se heurte inlassablement aux railleries de certains et aux refus des plus belles filles du lycée. C'est alors qu'il fait la rencontre IRL de Papico, une jeune actrice porno dont il est fan et qu'il suit sans relâche sur les réseaux sociaux. 

Petit miracle, elle habite dans son quartier et elle semble apprécier Rei. L'aventure peut commencer.

A ce moment de l'histoire, le style Oku, explosif et parfois WTF, se fait encore discret, mais l'on se passionne déjà pour l'amitié (?) naissante entre le fan et son idole.

L'arrivée d'un artefact permettant à Papico de changer de taille à volonté va alors brusquement changer la donne, nous rappelant qu'on est bien dans un Seinen et non dans un Shojo. Les codes évoluent alors brutalement. Le héros classique des premières pages (Rei, lycéen mignon mais mal dans sa peau) est-il le héros ou simplement le sidekick d'une héroïne aux pouvoirs XXL ?

L'IMPLACABLE STYLE OKU

Les obsessions de Hiroya Oku refont très vite surface et il nous offre, en prime une description passionnante du Japon des années 2010. En effet, Rei et ses parents ne communiquent presque plus, Papico vit sous l'emprise toxique d'un petit ami violent et toute la jeunesse tokyoïte vit l'oeil rivé sur l'écran de son smartphone.

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La Papico des débuts, très introvertie malgré sa profession si particulière, va alors faire parler la poudre. En creux, on devine l'envie du mangaka de s'interroger une nouvelle fois, sur un grand classique au Japon: le poids des apparences et des traditions.

Le vieux salary man devenu super-héros de Last Hero Inuyashiki portait déjà en lui ce message fort. Avec "Gigant", à 51 ans, Hiroya Oku prouve qu'il a encore beaucoup de choses à nous dire, et il nous fait comprendre que les étiquettes sont là pour être décollées. A grands coups de pied, s'il le faut.

Gigant, Tome 1, éd. Ki-oon, 7,90 euros. 

    

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