Stéphane Levallois : de Alien et Harry Potter à Léonard de Vinci

Stéphane Levallois s’est impregné des oeuvres de Léonard de Vinci pour «Leonard2Vinci», son album de BD éditée chez Futuropolis Stéphane Levallois s’est impregné des oeuvres de Léonard de Vinci pour «Leonard2Vinci», son album de BD éditée chez Futuropolis[© DR]

Le Louvre est en ébullition. Alors que fin octobre, le célèbre musée accueille une exposition exceptionnelle sur Léonard de Vinci, Stéphane Levallois publie une BD époustouflante : Leonard2Vinci, aux éditions Futuropolis. On l'a rencontré.

Designer et story-boarder connu par le tout Hollywood pour ses créations, notamment pour les films de Ridley Scott, tels qu'Alien ou encore de Steven Spielberg, Stéphane Levallois sait aussi être un génial auteur de bande dessinée. Quand ce dernier s’attaque à Leonard de Vinci, cela donne «Leonard2Vinci», une bombe graphique que ce virtuose du dessin qualifie simplement de «Space Opéra».

Il fallait y penser. L’histoire part d’une véritable empreinte digitale de Leonard de Vinci retrouvée derrière son tableau de La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne. «Quand j'ai appris cela, j’ai pu imaginer une histoire se déroulant dans le futur où des brins d’ADN seraient prélevés pour fabriquer un clone de Leonard» , explique l’auteur de cet album de 96 pages alternant entre noirs et blancs magnifiques et couleurs provenant des tableaux du génie.

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Etudes sur bois de Stéphane Levallois à partir du tableau «La Vierge aux rochers» de Leonard de Vinci, exposé au Louvre ©DR

Le point de départ de l’album se situe en 15018. Grâce à l’ADN du grand maître florentin, Leonard2 est cloné dans l’espoir de sauver ce qui reste de l’humanité face à une armada d’extraterrestres désireux d’exterminer les derniers terriens en déroute à travers l’univers. Pour les survivants embarqués dans un vaisseau spatial, seul un génie tel que Leonard de Vinci (ou son clone donc) serait capable d’inventer un moyen de les sauver. Ce sera la mission du jeune Leonard2…

Un passionné sur les traces d’un génie

Stéphane Levallois semble avoir vécu mille vies mais sa vocation de dessinateur ne possède qu'une origine. «J’ai commencé à apprendre à dessiner avec de Vinci», confesse le dessinateur de 49 ans lors d’une visite au Louvre auprès des œuvres du peintre.

«Ma professeure de dessin, Danielle Régnier, au lycée de Poissy, nous passait des diapos après la pause de la cantine. Elle allait dans tous les musées de France, prenait en photos les tableaux et nous donnaient des cours d’Histoire de l’art extraordinaires. Quand elle m’a demandé ce que je dessinais, je lui ai répondu "Iron Man, des comics", elle me dit alors "non, nous allons copier des dessins de De Vinci et des gravures de Michel Ange", j’avais 16 ans», se souvient-il. Et de plaisanter :  Quand on m’a appelé pour faire ce livre, j’ai eu un peu peur, je me suis dit que ma vie était une grande boucle et que j’arrivais au bout de la boucle !».

S’il a longtemps travaillé comme concepteur de jeux vidéo, «j’inventais des mondes», indique-t-il, l’homme devient très demandé de l’autre côté de l’Atlantique afin de concevoir, mettre en image les univers de grands réalisateurs tels que Ridley Scott, Wong Kar-Wai ou Steven Spielberg.

Parallèlement, il ne lâche pas la bande dessinée jusqu’à ce que les éditions Futuropolis, en charge d’une collection de bandes dessinées partenaire du Louvre, vienne lui demander un album autour de Léonard de Vinci. «On ne connaît véritablement que 7 à 10 peintures de Leonard entre celles qui sont authentifiées et celles qui sont en partage avec ses disciples. Mais 6000 pages de codex sont désormais connues. Cela fait beaucoup de dessins ! Mon but fut d’en utiliser quelques-uns pour raconter une histoire».

A la manière de

Plus que plaquer les œuvres de Leonard de Vinci sur son histoire, ce créateur de mondes s’est amusé à reproduire dessins et peintures en poussant le défi jusqu’à utiliser les mêmes techniques que celles utilisées par le génie, notamment celle de la hachure : «Leonard a une inversion des lobes du cerveau, il dessine de la main gauche mais peint de la main droite. Il est ambidextre. Je me suis dit qu’il fallait que je parvienne à faire les hachures dans son son sens à lui, alors que je suis droitier. J’ai donc dans un premier temps retourné les planches puis j’ai appris à les tracer comme un gaucher, mais de la main droite».

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Détail d'une planche de Stéphane Levallois pour Leonard2Vinci, éd. Futuropolis ©DR

Pendant plus de deux ans, Stéphane Levallois a travaillé à la conception de cet album incroyable de précision : «au bout de deux ou trois heures de dessin, l’esprit fatigue. Chez Leonard, il semble que non, il ne finit jamais rapidement un dessin qu’il a débuté».

«Je me suis enfermé deux ans pour faire cet album, j’ai perdu 23 kilos, je suis devenu végétarien. Faire de la copie pour faire de la copie ne m’intéresse pas. Je préfère m’imprégner d’une technique pour ensuite jouer avec», raconte celui qui aurait même parfois «ressenti une présence» au bout de longues heures de travail.

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©Stéphane Levallois/ Futuropolis

Le résultat est assez bluffant. Les personnages reproduits ou inspirés de la technique inventée par Leonard de Vinci sont extrêmement émouvant. L’histoire est, elle, porteuse de questionnements plus généraux. Leonard de Vinci, génial inventeur en son temps, aurait-il été capable de sauver l’humanité face aux dangers qui la menace ? Les avancées techniques peuvent-elles tout face à notre extinction ? Cette bande dessinée reste aussi tout simplement une belle porte d’entrée vers l’univers de Leonard de Vinci, son trait si particulier et ses inventions toujours plus troublantes cinq cents ans après sa mort.

Leonard2Vinci, Stéphane Levallois, Futuropolis, 96p., 20€.

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