«Les Misérables est un film patriote sur une France multiculturelle», selon son réalisateur Ladj Ly

En compétition, le long-métrage de Ladj Ly a obtenu le prix du Jury en mai sur la Croisette. En compétition, le long-métrage de Ladj Ly a obtenu le prix du Jury en mai sur la Croisette. [© JOEL SAGET / AFP]

Primé à Cannes, à Deauville et représentant de la France aux Oscars 2020, «Les Misérables» de Ladj Ly sort en salles ce mercredi 20 novembre. Ce film coup de poing sur une bavure policière marque l’ascension d’un réalisateur qui a grandi en banlieue.

«Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs». C’est par cette citation extraite des «Misérables» (1862) de Victor Hugo que le cinéaste de 39 ans a choisi de terminer son film tourné, chez lui, à Clichy-Montfermeil, cette ville de Seine-Saint-Denis où une partie de l'histoire des Thénardier se déroulait déjà.  

La cité des Bosquets, ce fils d’immigrés qui se rêvait plus jeune informaticien la connaît pour y avoir grandi dans «une ambiance très joyeuse», et pour y vivre encore aujourd’hui. Selon lui, ces misérables version 2019 à qui il rend hommage sont «tous ceux qui évoluent dans ces banlieues, aussi bien les habitants que les policiers».

C’est dans ce coin de France que «Pento» (Damien Bonnard), nouvelle recrue venue de Cherbourg, tente de prendre ses marques au sein de la brigade anti-criminalité, pendant l’été qui suit la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde de football. Difficile pour lui de trouver sa place entre ses deux coéquipiers aguerris, Chris (Alexis Manenti) et «Gwada» (Djebril Zonga), lesquels maîtrisent les rites et les coutumes de ce territoire où cohabitent ados, gitans et Frères musulmans. Une bavure policière filmée par un drone va rapidement mettre le feu aux poudres dans ce territoire à l’équilibre fragile.

La caméra comme une arme

Au-delà de son trio d’acteurs, Ladj Ly a souhaité faire jouer les gamins du quartier. «C’était important pour moi qu’ils participent à ce film patriote sur une France multiculturelle, car c’est en partie leur histoire», insiste-t-il. Et la sienne aussi puisqu’à 17 ans, alors qu’il crée le collectif Kourtrajmé avec Romain Gavras, Kim Chapiron et Toumani Sangaré – «une bande de potes rencontrés à la maternelle ou en primaire qui avaient envie de faire du cinéma» - s’achète sa première caméra et commence à filmer son quotidien.

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Cet outil, il s’en servira comme une arme pour se défendre et rendre compte de la réalité. Il met en boîte les émeutes de 2005 déclenchées par la mort de deux ados dans un transformateur électrique ou une bavure policière en 2008 qui conduira à une enquête de l’Inspection générale des services. Le point de départ du scénario de son court-métrage «Les misérables», réalisé en 2017, qu’il développe par la suite en long-métrage. «Cela a été le parcours du combattant pour trouver des financements. On a été obligés de le tourner avec quasiment la moitié du budget, mais on a réussi», se félicite l’auteur du manifeste.

Un film social qui doit éveiller les consciences

Ce film magistral, qui assurément devrait connaître le même succès que «La haine» de Mathieu Kassovitz sorti il y a près de vingt-cinq ans sur les écrans, sonne comme un cri d’alarme qui doit éveiller les consciences. En témoigne la réaction du chef de l’Etat, Emmanuel Macron, à qui l’équipe des «Misérables» avait envoyé un DVD, et qui s’est déclaré «bouleversé» à l’issue de la projection.

Quand on l'interroge sur la devise «Liberté, égalité, fraternité», Ladj Ly avoue émettre quelques réserves. «C’est difficile de parler de liberté ou de fraternité quand on observe le climat actuel en France. Je suis assez inquiet, car j’ai l’impression que la société se divise. Les problèmes persistent en banlieue, et les choses doivent bouger», explique-t-il.

Acclamé par la critique et vendu dans plus d'une cinquantaine de pays, «Les misérables» qui évite le manichéisme et les clichés sur les cités, sera en lice pour décrocher l’Oscar du meilleur film international en février 2020, à Los Angeles. «On a déjà été surpris d’être en compétition à Cannes en mai et de décrocher le prix du Jury pour notre première sélection, alors que personne ne croyait au film un an auparavant. Alors les Oscars, c’est juste dingue, avoue Ladj Ly. Je suis très fier de représenter la France aux Etats-Unis. C’est un signal fort, et on va tout faire pour aller jusqu’au bout». En attendant, le réalisateur travaille sur ses deux prochains longs-métrages qui sont en cours d’écriture. Ils se dérouleront encore en banlieue, car Ladj Ly l'affirme : «La banlieue, je ne l'ai jamais quittée».

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