«Senso», une sensuelle comédie à l’Italienne dessinée par Alfred

[Edition Delcourt/ Senso dAlfred]

«Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours...» Ce vers de Lamartine pourrait vous trotter dans la tête après la lecture de la nouvelle bande-dessinée d’Alfred, «Senso», aux éditions Delcourt, le 27 octobre dernier.

Tant cette nouvelle histoire échappe à toute temporalité pour plonger le lecteur dans l’intimité d’un couple naissant.

Et les premières pages, crayonnées avec délicatesse par l’auteur, donnent le ton. Une scène muette où deux corps nus s’apprivoisent, ouvre l’histoire. Rectification : préserve l’histoire d’une entrée trop brutale qui ne saurait être à la hauteur de la tonalité donnée par Alfred à ce roman graphique. Et dont la clef se trouvera au bout de cette longue et chaude nuit d’été.

Voyage dans une Italie baroque

Tout comme «Come prima» récompensé par le prix du meilleur album au festival d’Angoulême en 2014, «Senso» se déroule dans une Italie pittoresque. L’auteur parvient avec merveille à restituer cette ambiance typiquement transalpine. Ou le tumulte et le bruit sont brillamment retranscrits.  Uffa, basta, cazzo, ... : des onomatopées, qui parcourent les pages, sonnent à nos oreilles comme si nous y étions.

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En retard de plusieurs heures - si ce n’est pas de plusieurs jours -, Germano Mastorna est de ceux qui subissent la vie et ses péripéties. Venu d’un autre temps, ce voyageur ne possède pas de téléphone portable - fait tellement rare dans cette société d'hypers connectés qu’il mérite d’être signalé -, et enchaîne les échecs. 

Une nature omniprésente

Un train avec six heures de retard, un hôtel à plusieurs kilomètres de la gare, et une réservation de chambre annulée sans possibilité d’en trouver une autre en raison de la tenue d’un mariage. Et son calvaire semble sans fin puisque la noce qui se tient dans cet hôtel est celui d’un copain d’avant, qu’il avait oublié et ce, à juste titre. Brutal, grossier - Vico a tout du personnage de grand boulevard, ou plutôt de la Commedia dell’arte.

Ce malchanceux se laissera néanmoins guider par l’imprévu, matérialisé sous les traits d’Elena. Pétillante, volubile et imprévisible, cette jolie blonde entraînera à la nuit tombée le passif Germano dans les méandres d’un parc sans frontière ni limite. 

C’est dans cet espace où même le temps semble suspendu que le pinceau d’Alfred est le plus libre. Tout comme le seront la belle Elena et le malhabile Germano. C'est à croire qu’au final, le principal personnage de cette histoire n’est autre que la nature, écrin divin de cette idylle balbutiante.

«Senso» d'Alfred, aux éditions Delcourt, collection Mirages, 23 octobre 2019, 19,99 euros.

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