Cible de nombreuses attaques depuis des mois, «Blanche Neige» des studios Disney sort enfin au cinéma ce mercredi. Une version inédite en prises de vues réelles du classique de 1937 qui réinvente le conte quitte à déplaire.
Il était une fois un chemin de croix. Avant même sa sortie sur grand écran, la nouvelle version de «Blanche Neige» de Disney en prises de vues réelles, signée Marc Webb («Spider-Man»), a enchaîné les polémiques, obligeant la firme américaine aux grandes oreilles à lever le pied sur la promotion et à organiser des projections presse et des avant-premières dans la plus grande discrétion. Par chance, nous avons été conviés à découvrir ce film qui fait tant parler et qui a déclenché l’ire des conservateurs outre-Atlantique. Avant de se faire une opinion, la consigne des studios est claire : faire preuve, si possible, d’ouverture d’esprit.
En effet, les puristes de l’œuvre originale vont en prendre pour leur grade. Blanche Neige qui doit son nom à la teinte claire de sa peau, hérite cette fois-ci de ce patronyme en raison des flocons qui tombaient le jour de sa naissance. Comme Halle Bailey qui avait été victime de «blackwashing» pour son rôle dans «Le petite sirène», Rachel Zegler, née de mère colombienne et de père polonais, a reçu pléthore de commentaires racistes de la part d’internautes qui estimaient qu’elle ne pouvait en aucun cas incarner cette princesse de Disney.

Pourtant, l’actrice relève le défi et campe une jeune femme qui tente d'être plus moderne et libre et qui, une fois débarquée dans la forêt enchantée où elle a fui sa méchante belle-mère, refuse de faire le ménage et siffle à tous vents. On ne peut aussi nier une jolie voix qui mettra tout le monde d'accord. «Il était très important pour moi que (Blanche Neige) soit belle, aimable, considérée comme féminin... mais également animée par un sentiment de force et de détermination qui lui permet de rallier à sa cause les sept nains, Jonathan, et finalement, le royaume», indique la comédienne vue dans «West Side Story» de Steven Spielberg.
Face à cette héroïne qui n’a peur de rien et aime toujours autant les pommes, Jonathan (Andrew Burnap), qui troque le costume de prince charmant pour celui de bandit au service du roi, manque cruellement de charisme. Quant à Gal Gadot que les spectateurs connaissent surtout pour ses prouesses en Wonder Woman, elle en fait des tonnes en méchante reine ce qui dessert trop souvent le récit. Et même son beau miroir serait de notre avis.
un résultat qui manque de relief malgré un désir de modernité
Concernant les chansons, certaines, comme l’entêtant «Heigh-Ho», ont été conservées pour cette version en prises de vues réelles, et d’autres ont été composées spécialement pour l’occasion. Toutes sont plutôt bien interprétées, mais aucune ne sort réellement du lot. Que les parents qui accompagneraient leurs progénitures au cinéma se rassurent, l’effet «Libéré, délivré» repris à tue-tête des milliers de fois, ne se produira pas.

Le point noir de ce remake reste les sept nains. A défaut d’être interprétés par des acteurs atteints de nanisme, Atchoum, Dormeur, Grincheux, Joyeux, Prof, Simplet et Timide ont été créés par ordinateur. «Nous avons commencé à élaborer une grammaire visuelle afin de définir la manière dont nous allions (donner vie aux sept nains). Tous ont fait l’objet de nombreux essais et recherches pour trouver un moyen de les créer en images numériques qui soient à la fois magiques et photoréalistes», s’est défendu le producteur Marc Platt.
Mais c’est pourtant là que le bât blesse. Ces créatures n’ont absolument rien de «magique» et s’apparentent davantage à des gnomes difformes et effrayants dont on peine à retrouver les différents traits de caractère de chacun... à l’exception peut-être de Simplet ou de Prof à qui l’on confiera une périlleuse mission. Le recours excessif aux effets numériques fait perdre tout le charme et la rondeur des personnages que l’on pouvait retrouver dans le film de 1937.
Dans l’ensemble, ce divertissement n’est pas la catastrophe annoncée même s’il manque cruellement de relief et de profondeur. En sortant de la projection, on s’interroge surtout sur l’absolue nécessité de dépoussiérer et revisiter les dessins animés cultes de notre enfance. «Dumbo», «Aladdin», «Le Roi Lion»... Et ce «Blanche Neige» en demi-teinte perdu entre deux époques. On croise les doigts pour que la version en live action des aventures de «Lilo et Stitch», attendue en salles le 21 mai prochain, n’essuie pas un nouvel échec auprès des fans.