Cinéma : John McEnroe star d'un documentaire inclassable

Il reste le symbole du sportif génial mais capricieux. L'ancien numéro 1 mondial de tennis John McEnroe est le sujet d'un documentaire, inclassable dans la forme mais passionnant dans le fond, à voir cette semaine sur les écrans. Un ovni monté à partir d'archives inédites de sa finale à Roland-Garros, en 1984, face à son grand rival Lendl.

Si en novembre dernier, le film de fiction Borg/McEnroe revenait sur la rivalité entre les deux anciens champions, jouant sur le principe du feu et de la glace, le documentaire réalisé par Julien Faraut, à partir de pellicules inédites, relève d'un tout autre style, et ne ressemble à aucun autre.

Fan de sport et chargé des archives à l'Insep, centre de recherche et de formation pour les sportifs de haut niveau, Julien Faraut tombe par hasard sur un boitier contenant de nombreuses images tournée en 16mm de John McEnroe, datant du début des années 1980, et réalisées par Gilles de Kermadec, directeur du service audiovisuel de la Fédération Française de Tennis. Ce dernier est chargé chaque année, à partir de 1976, de filmer un champion durant tout le tournoi de Roland Garros, pour mieux analyser l'exigence et les secrets des grands champions, dont manque alors cruellement la France.

Pour Julien Faraut, c'est une mine d'or. Avec au total 600 mètres de pellicules consacrées à l'enfant terrible de la balle jaune, il tient là un double sujet : suivre, à la manière d'un thriller, son étouffante finale de Roland Garros face au futur terminator des courts Ivan Lendl, finalement perdue en cinq sets alors qu'il menait deux sets à zéro, autant que dévoiler ce fameux désir de perfection de McEnroe.

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Un désir capable de lui faire réaliser les plus beaux gestes, décortiqués à l'écran grâce à d'audacieux montages, mais dont les ressorts tiennent à son caractère exécrable. Des jets de raquettes, des affrontements avec les arbitres, le public ou les photographes, qui ont forgé sa légende, mais qui relèvent d'autres choses que du simple mauvais caractère.

On comprend, dans ce film à la bande-son oscillant entre rock puissant et musique de western, à quel point ce champion avait besoin, pour se sublimer, de se trouver des ennemis partout, tout le temps, et surtout dès que le match semblait lui échapper. « L'hostilité est sa drogue. Il faut que tout le monde soit contre lui », explique ainsi Mathieu Amalric, citant en voix off le journaliste amateur de tennis Serge Daney.

Cette oeuvre riche et passionnante dévoile alors une autre facette de ces champions et compétiteurs hors-norme : la haine de la défaite, l'incapacité à accepter son sort, et la grande solitude du champion qui reste seul avec sa performance. Ou l'on apprend ainsi, à la fin du documentaire,  que John McEnroe a mis de longues années avant de pouvoir revenir dans l'enceinte de Roland-Garros sans être tétanisé par ce cuisant souvenir de défaite. 

L'empire de la perfection, de Julien Faraut, avec John McEnroe. 1H30.

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