Olivier Benkemoun évoque les 4 finalistes du prix Goncourt

Olivier Benkemoun offre un autre regard sur la culture et la pop-culture dans la matinale de Cnews. [©Maxime Bruno ]

Le prix Goncourt sera attribué ce mercredi au restaurant Drouant, comme le veut la tradition. Olivier Benkemoun, journaliste culture pour Cnews, nous donne son éclairage sur les quatre finalistes en lice pour la plus prestigieuse des récompenses du monde francophone. 

Ils ont tous leur chance, mais cette année, les membres du jury se prononceront davantage sur la qualité de l’ouvrage que sur leur auteur. Comme le souligne Oliver Benkemoun : « Aucun d’entre eux n'est un auteur populaire ou de best-sellers. Tous, à l’exception de Thomas B. Reverdy, sont de jeunes écrivains qui ne vivent pas de leur plume ».

Mais le journaliste voit une autre similitude entre les finalistes : « Parmi les quatres romans en lice, trois ont en commun la fibre sociale. Dans «L’hiver du mécontentement» de Thomas B. Reverdy, on est à la charnière de la fin des années 1970 et du début des années 1980, en pleine implosion du système social tel qu’on le connait en Grande-Bretagne. Et le thème du changement de siècle, on va le retrouver dans «Maîtres et esclaves», le brillantissime livre de Paul Gréveillac. Sur 50 ans, on va y suivre l’histoire d’un peintre en Chine qui lui aussi va accompagner les changements radicaux de son pays. Dans « Frère d’âme » de David Diop, on va également changer de siècle avec la Grande Guerre. Et à chaque fois, nous avons des héros et héroïnes qui traversent un moment précis de l’histoire et de leur propre histoire. »

le favori : «frère d'âme» de david diop

« La langue de David Diop est formidable. C’est l’histoire d’un tirailleur sénégalais qui dans les tranchées va se distinguer dans l’horreur. Après la mort terrible de celui qu’il appelle son frère, son « plus que frère », il va devenir une bête d’arme. Ce qui va être au début un acte admiré de ses compagnons de tranchée, va devenir quelque chose d’effrayant. Porté par une plume très riche, cet ouvrage est écrit comme un conte universel, un conte Africain qui se lit à l’oral. Il se trouve que l’on commémore le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale et que l’histoire des tirailleurs sénégalais n’existe presque pas. Il a donc imaginé cette histoire, à la fois séduisante, inédite, et tout à fait d’actualité. »

L’outsider : «L'hiver du mécontentement» de Thomas B. Reverdy

« Dans L’hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy touche lui aussi l’actualité est c’est en cela qu’il est un outsider sérieux. Il suit un personnage du nom de Candice, en 1978, dans l'Angleterre qui écoute les Sex Pistols et les Clash, et qui s'apprête à connaitre un immense changement en sombrant dans une dépression. L’aire industrielle est en train de s’effondrer, Margaret Thatcher va arriver au pouvoir. Et cette énergie, cette jeunesse que l’on observait en 1978, c’est la même qu’aujourd’hui. C’est un ouvrage très contemporain, le portrait qu’il fait de Londres des années 1970, qui part en lambeau, un peu décrépite, avec ces fameuses briques rouges, est très réussi. Il sait peindre les villes, son personnage principal, c’est Londres. »

Le coup de cœur : «Maitres et esclaves» de Paul Gréveillac

« Le roman de Paul Gréveillac est un portrait incroyable de 50 ans de politique en Chine. C'est l'histoire de Kewei, un artiste né dans les années 1940, dans un village paysan, qui va devenir un grand peintre et un grand propagandiste. Il va entrer aux beaux-arts de Pékin et franchir toutes les paliers pour devenir un membre important du parti. Il va connaitre la violence absolue, qu'elle soit physique ou politique. La révolution culturelle va être faite dans le sang, la douleur et les assassinats. A son arrivée à Pékin, il va comprendre que piétiner certains de ces souvenirs les plus importants, comme ceux de ses parents, est nécessaire pour avancer. On a l’impression que l’auteur, qui n’a pas 40 ans, a connu ce qu’il décrit. C’est un livre impressionnant, extrêment documenté, mais aussi très érudit. »

le plus incertain : «Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu

« Cet ouvrage part avec le handicap d’être édité chez Actes Sud, qui a déjà remporté le prix Goncourt l’an dernier. Mais c’est un livre étonnant. C’est une fresque qui dure sur quatre étés et qui s’arrête au moment où la France brandit la Coupe du monde. Ce que nous raconte Nicolas Mathieu, c’est une France où les personnages n’ont pas les mêmes chances sociales. L'histoire se déroule dans l’Est de la France avec des personnages qui ne sont pas forcément nés du bon côté de la frontière. »

«On y croise des peronnages qui ont subi de plein flouet la désindustrialisation, d’autres qui connaissent le chômage, et la question qui se pose c’est : que vont-il léguer à leurs enfants ? Ce poids-là est incroyablement présent. On suit le parcours des enfants de ces gens qui ont connu une période dorée, et qui pour certains, sont venus de très loin pour travailler. C’est un ouvrage plein de destins. Le destin de jeunes gens qui vont connaitre l’amour et les espoirs. »

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