Quatre ans après la conclusion de «Baron Noir», Éric Benzekri fait un retour fracassant sur CANAL+ avec «La Fièvre», une série déclinée en six épisodes qui explore les fractures identitaires au sein de la société française par le prisme du football. Une gifle fictionnelle à découvrir à partir du 18 mars.
Un pays au bord de l’embrasement. C’est le 18 mars prochain que «La Fièvre» sera lancée sur CANAL+ à partir de 21h, et à la demande sur myCANAL. Déclinée en six épisodes, la série a été pilotée par le duo Éric Benzekri à la plume et Ziad Doueiri à la caméra, les deux hommes qui, quatre ans auparavant, avaient signé la conclusion magistrale de «Baron Noir» avec une saison 3 inoubliable. Aussi, Éric Benzekri ne quitte pas tout à fait le monde politique avec cette fiction qui se déroule dans le monde du football.
Le soir de la cérémonie des Trophées du football français, la star du Racing et de l’équipe de France, Fodé Thiam, envoie un violent coup de tête dans celle de son entraîneur en direct à la télévision, avant de le traiter de «sale toubab», c’est-à-dire «sale blanc». Cette insulte couplée à l’agression physique qui l’a précédée est le point de départ d’une tempête médiatique pour le club appartenant à François Marens. Ce dernier fait immédiatement appel à une agence de communicants, Kairos Conseil, pour tenter de sauver une situation qui va rapidement dépasser le domaine sportif pour s’étendre à l’échelle du pays.
Un face-à-face sans pitié
Une chose est certaine : il sera très difficile d’arrêter de regarder «La Fièvre» une fois entamée. L’écriture acérée d’Éric Benzekri plonge les téléspectateurs dans une réflexion profonde de la société actuelle à travers le face-à-face de deux communicantes de talent, Sam Berger et Marie Kinsky – deux personnages brillamment incarnés à l’écran par Nina Meurisse et Ana Girardot respectivement – deux femmes autrefois alliées dans la communication politique, et dont le duel à distance est au fondement des idées développées dans la série. Notamment celle d’une France où les divisions paraissent toujours plus profondes.
«Polarisation, hystérisation, radicalisation. À partir d’un fait divers dans le monde du football, ‘La Fièvre’ fait l’anatomie d’une crise médiatique et de son emballement, révélant les failles profondes d’une société travaillée par des tensions identitaires au point de pouvoir basculer dans le chaos de la guerre civile. Or cette société, c’est la nôtre. Hier le Capitole et Brazilia, demain Paris ? C’est cette question, qui taraude et angoisse le pays, que j’ai voulu aborder sans fard ni sans faux-semblant», explique Éric Benzekri dans un communiqué.
Dans la précision de son écriture, l’auteur fait également référence à des concepts assez pointus, comme la «fenêtre d’Overton», qui est parfaitement expliqué par le personnage de Sam Berger, et qui sert de boussole dans l’escalade des tensions qui se jouent à l’écran.
La voix de l'espoir
Le rôle incarné par Nina Meurisse, une communicante idéaliste et brillante, parfois accablée par ses propres angoisses, fait le lien avec les téléspectateurs en se posant, aussi, comme la voix de la raison. Et même, parfois, celle de l’espoir. «La plus grande des injustices c’est quand les victimes ont la responsabilité de calmer le jeu», lance-t-elle à Fodé Thiam, alors que ce dernier est pris dans l’étau des extrêmes de tous bords cherchant à instrumentaliser sa situation à des fins politiques. Sans jamais se soucier de sa vie personnelle.
Impossible de ne pas souligner, enfin, l’ombre de Stefan Sweig qui a inspiré le titre de la série à Éric Benzekri, alors qu’il était en train de relire son livre «Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen», dont un passage est intégralement cité à l’écran, justement par la voix de Sam Berger. Des mots qui restent gravés dans votre esprit tant ils font écho à la société actuelle.
«Peu à peu, il devint impossible d'échanger avec quiconque une parole raisonnable, les plus pacifiques, les plus débonnaires, étaient enivrés par les vapeurs de sang, des amis que j'avais toujours connus comme des individualistes déterminés s'étaient transformés du jour au lendemain en patriotes fanatiques. Toutes les conversations se terminaient par de grossières accusations, il ne restait dès lors qu'une chose à faire, se replier sur soi-même et se taire aussi longtemps que durerait la fièvre», écrivait l’auteur autrichien en exil, qui avait entamé l’écriture de ce récit testament en 1939.
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