A sec d'euros, la Grèce pourrait émettre des "IOU"

Le "IOU" une monnaie parallèle transitoire ? [JOHN MACDOUGALL / AFP]

Comment un gouvernement à sec peut-il verser des salaires et des retraites, ou payer ses fournisseurs, s'il est à sec? En émettant des "IOU", sorte d'ersatz de monnaie temporaire, auquel la Grèce pourrait être obligée de recourir si la situation ne se débloque pas.

 

L'acronyme anglais "IOU" signifie littéralement "I Owe You": "Je te dois" ou "Je vous dois". Il s'agit ni plus ni moins d'une promesse écrite de paiement, d'une reconnaissance de dette émise par un débiteur qui, pour une raison ou une autre, n'a pas d'argent liquide.

L'Etat grec peut se retrouver dans cette position si la Banque centrale européenne cesse de fournir des euros au pays, et une fois que les coffres des banques seront vides.

Selon de nombreux économistes, le gouvernement pourrait alors imprimer ces titres, sorte de bons du Trésor mais qui ne sont pas assortis d'intérêts, en guise de salaires, de retraites, ou pour payer ses fournisseurs.

 

En attendant l'euro

Le tout en attendant éventuellement de retrouver un accès à l'euro, ou de battre à nouveau monnaie, un processus très technique, très long et difficile logistiquement. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a ainsi fait savoir que les presses n'avaient "pas la capacité" d'imprimer des drachmes.

Sous forme papier ou sous forme de certificats électroniques, plus ou moins sécurisés, les IOU pourraient être émis en parallèle des euros encore en circulation, et à parité avec le monnaie unique.

 

1 IOU = 1 euro

Dans un scénario imaginé par l'économiste Holger Schmieding de Berenberg Bank, critique très virulent du gouvernement emmené par la gauche radicale Syriza, l'Etat grec verse à un retraité touchant une pension de 500 euros par mois, un bon de 500 IOU.

C'est ensuite que les choses se compliquent, si le retraité décide d'utiliser cet "argent" par exemple pour faire ses courses. Le commerçant, méfiant, peut refuser de reconnaître à ces IOU la même valeur que l'euro, et demander par exemple 50 IOU pour un panier de courses valant 30 euros.

"Une devise dans laquelle on n'a pas de confiance s'effondre dans une inflation galopante", prédit M. Schmieding, pour qui le malheureux retraité se retrouverait avec une pension de 500 IOU ne valant plus que "100 ou 150 euros sur le marché noir, ou gris, ou je ne sais quoi". Loin de la valeur de départ en euros.

 

Un mauvais exemple au Venezuela

Un scénario catastrophe inspiré de l'exemple du Venezuela, où la monnaie locale, le bolivar, n'en finit pas de plonger sur un marché noir où le dollar américain est roi.

Reste que les IOU ne peuvent être assimilés à une vraie devise, pilotée par une banque centrale indépendante, servant d'unité de compte.

Pour certains experts, ils pourraient cependant être utiles et faire office de monnaie parallèle transitoire, permettant à la Grèce de rester dans une zone grise, "où l'on ne sait si elle est dans ou hors de l'euro", écrivait un éditorialiste connu du Financial Times, Wolfgang Münchau.

Ces "IOU", par exemple garantis par les recettes fiscales futures, ne serviraient eux qu'à retrouver un peu de liquide pour les échanges quotidiens.

Dans un billet internet qui pourrait presque sembler prémonitoire, M. Varoufakis, également économiste, imaginait en février 2014, bien avant d'arriver au gouvernement, une sorte de "monnaie parallèle" pour les Etats de la zone euro.

Il expliquait les mécanismes permettant de créer une devise qui serait une "source de liquidité indépendante du marché", administrée "par les usagers", "n'impliquant pas les banques et (existant) en dehors de toutes les restrictions imposées par Bruxelles".

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