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Sommet des Nations Unies à Nice : les océans, réservoirs des médicaments de demain ?

Une quinzaine de molécules issues de l'océan sont commercialisées à ce jour et une trentaine sont en cours d'évaluation. [Adobe stock/Seventyfour]

L'utilisation durable des ressources de l'océan est au coeur de la Conférence des Nations unies qui s'ouvre ce lundi à Nice. Les molécules marines sont notamment exploitées dans la pharmacologie.

Si l'on sait déjà qu'ils nous nourrissent, régulent notre climat et produisent une grande partie de l'oxygène que nous respirons, on ignore encore souvent que les océans pourraient jouer un rôle crucial dans le traitement de nos maladies. Les fonds marins regorgent en effet de molécules pouvant entrer dans la confection de nouveaux médicaments.

La troisième Conférence des Nations unies sur l'océan (Unoc 3) se tient du 9 au 13 juin à Nice (Alpes-Maritimes) et son thème principal est «Accélérer l’action et mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement l’océan». La recherche pharmacologique est l'un des enjeux à la croisée de la préservation de l'environnement marin et de l'exploitation de son potentiel.

Les organismes marins fournissent des composés bioactifs introuvables ailleurs : des molécules qu'ils utilisent par exemple pour se défendre, attaquer ou même se reproduire. Un réservoir de principes actifs dont les propriétés sont encore, pour beaucoup, inexplorées.

Une quinzaine de molécules commercialisées

Selon Business Research Insights, le marché mondial des produits pharmaceutiques d'origine marine pourrait passer de 26 milliards d'euros en 2021 à 61 milliards d'euros en 2031, avec un taux de croissance annuel estimé à plus de 8%. Le secteur est en plein essor mais reste pour l'instant modeste, avec une quinzaine de molécules issues de l'océan commercialisées à ce jour et une trentaine en cours d'évaluation, selon les données de MarinePharmacology.org.

Pourtant la pharmacologie marine ne date pas d'hier puisque, comme le rappelle l'Express, la cytarabine, un médicament pour le traitement du cancer hématologique, et la vidarabine, utilisée contre les virus de l'herpès et de la varicelle, sont issues des fonds marins et ont été respectivement mises sur le marché en 1969 et 1976. Approuvée en 1987, la zidovudine, première molécule anti-VIH, était par ailleurs inspirée des molécules de Tectitethya crypta, une éponge marine des Caraïbes.

En Australie, la plitidepsine a quant à elle été approuvée pour le traitement du myélome multiple, tandis que la trabectédine était homologuée en Europe et aux États-Unis en 2007, pour traiter le sarcome et le cancer de l’ovaire. Outre-atlantique, la lurbinectédine est également commercialisée pour traiter le cancer du poumon à petites cellules, le plus agressif.

Des coûts logistiques importants

L'exploitation pharmacologique des molécules marines reste pour l'instant modeste par rapport à celles d'organismes terrestres, parce qu'elle est plus récente mais aussi parce qu'elle est souvent plus ardue. Il faut plonger, tout d'abord, mais aussi obtenir d'importants financements.

La recherche et le développement d'un médicament peuvent coûter des centaines de millions d'euros, voire quelques milliards, auxquels il faut ajouter les coûts logistiques liés au prélèvement en milieu marin, parfois à grande profondeur ou dans des zones reculées.

Sans compter que les scientifiques ne peuvent prélever que de petites quantités de substances naturelles, dans un souci de préservation des fonds marins mais aussi parce que certains organismes croissent très lentement ou sont protégés.

Les échantillons prélevés sont congelés puis analysés de retour à la surface, afin d’isoler d’éventuels principes actifs prometteurs. Ils peuvent subir de nombreuses transformations et sont soumis à des essais précliniques pour vérifier leur efficacité et innocuité. Le processus est long avant de potentiellement aboutir à des tests sur l’Homme et, en cas de succès, à une autorisation de mise sur le marché. Peu de molécules parviennent à franchir toutes ces étapes

Ces contraintes n'ont pas empêché certaines entreprises de se positionner sur le marché, à l'image de Pfizer, AstraZeneca et, surtout, l'espagnole PharmaMar. Cette dernière a notamment commercialisé trois molécules antitumorales dérivées des tuniciers, de petits invertébrés marins.

Des start-ups se consacrent aussi à la pharmacologie marine, à l'image de la biotech Perha Pharmaceuticals. Située à Roscoff, en Bretagne, elle a été fondée par Laurent Meijer, un biochimiste marin qui a longtemps été chercheur au CNRS. L'entreprise s'intéresse plus particulièrement à la leucettamine B, produite par une éponge du Pacifique.

A partir de cette molécule, Perha Pharmaceuticals a développé la Leucettinib-21, un inhibiteur de la protéine DYRK1A, notamment impliquée dans la maladie d’Alzheimer et la trisomie 21. Des études de tolérance sur le rat et le mini-cochon ont été couronnées de succès, ce qui a permis de lancer un essai clinique de phase un en janvier 2024, impliquant douze adultes présentant une trisomie 21 et douze autres atteints d’Alzheimer.

Les possibilités semblent sans fin : l'Haliclona mucosa, éponge méditerranéenne, pourrait aider à combattre le cancer de la peau, les nudibranches, mollusques colorés, sont étudiés dans le cadre du traitements des cancers du système lympathique et même les bactéries marines, notamment les exopolysaccharides, sont susceptibles de lutter contre les métastases.

Autant de promesses mises en péril par les conséquences du réchauffement climatique sur l'environnement marin, entre réchauffement et acidification des eaux, destruction des écosystèmes, hausse du niveau des mers et disparition de la banquise. Une preuve de plus, s'il en fallait une, que la santé des Hommes est indissociable de celle de l'océan.

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