Des traces de cocaïne qui polluent les rivières et les lacs pourraient s'accumuler dans le cerveau des saumons et perturber leur comportement, selon des chercheurs qui mettent en garde contre des conséquences potentiellement «graves» pour les populations de poissons.
Une conséquence de la consommation mondiale de cocaïne. Alors que cette drogue est de plus en plus répandue dans le monde et notamment en Europe et en France, des résidus en provenance des eaux usées domestiques se retrouvent dans les lacs et les rivières. Des chercheurs de l'université suédoise des sciences agricoles ont découvert que ces traces de cocaïne s’accumulaient dans le cerveau de plusieurs espèces dont les saumons, avec des conséquences qui pourraient être dramatiques.
«Les saumons juvéniles de l'Atlantique qui ont été exposés à cette drogue ont nagé plus loin et se sont dispersés plus largement dans un lac, ce qui suggère que ces substances peuvent influencer les déplacements des poissons, leur alimentation et leur vulnérabilité face aux prédateurs. Les poissons pourraient en payer le prix s'ils dépensent plus d'énergie, s'ils sont davantage exposés aux prédateurs, ou s’ils doivent chercher plus de nourriture pour se maintenir en vie», ont révélé les chercheurs.
Des poissons exposés plus «actifs»
Afin de déterminer si la pollution par la cocaïne pouvait affecter les poissons à l'état sauvage, des scientifiques suédois ont équipé des saumons de l'Atlantique âgés de deux ans, élevés en écloserie, d'implants libérant lentement de très faibles concentrations de cocaïne, réalistes sur le plan environnemental. Un troisième groupe de poissons, ayant reçu des implants sans substance active, a servi de groupe témoin. Tous ont été équipés d'émetteurs acoustiques pour analyser leurs comportements.
Les poissons ont été relâchés dans la partie sud-ouest du lac Vättern, qui, avec près de 2.000 km2, est le deuxième plus grand lac de Suède. Parmi les autres espèces présentes dans le lac figurent de grands brochets prédateurs. À l'aide de capteurs, les chercheurs ont suivi les saumons pendant deux mois. Au fil du temps, tous les saumons sont devenus moins actifs et se sont davantage sédentarisés dans une partie du lac, sauf ceux exposés à la cocaïne qui étaient plus actifs vers la fin de l'étude.
Au cours de chacune des deux dernières semaines, les saumons exposés à la cocaïne ont nagé cinq kilomètres de plus que les saumons du groupe témoin. Les poissons exposés à la cocaïne se sont également aventurés plus au nord dans le lac.
des traces de dizaines de substances psychoactives
La pollution déjà causée par les médicaments «classiques» représentait «un risque majeur et croissant pour la biodiversité», selon les scientifiques, qui ont appelé les laboratoires pharmaceutiques à fabriquer des médicaments plus écologiques qui se dégradent dans l’environnement. Les inquiétudes ont été alimentées par des rapports faisant état de truites «dépendantes» à la méthamphétamine et de perches ayant perdu leur crainte des prédateurs à cause de résidus d’antidépresseurs.
En 2019, des analyses scientifiques effectuées sur des crevettes d'eau douce prélevées dans des rivières ont révélé la présence de traces de dizaines de substances psychoactives différentes, notamment de la cocaïne, de la méthamphétamine, des antidépresseurs, des anxiolytiques et des antipsychotiques, mais les chercheurs n'ont tiré aucune conclusion quant à leur potentiel nocif.
Traiter les eaux usées
Reste désormais à savoir si ces effets sont observés chez des poissons naturellement exposés aux polluants dans la nature. Tous doivent également être comparés à ceux provoqués par de nombreux autres produits chimiques courants détectés dans les organismes aquatiques, rappelle le professeur Leon Barron, qui dirige l’équipe chargée des contaminants chimiques émergents à l’Imperial College de Londres.
Les systèmes actuels de traitement des eaux usées éliminent efficacement de nombreuses drogues, notamment la cocaïne, mais une source majeure de pollution des cours d’eau réside dans les eaux usées non traitées, qui peuvent provenir des débordements des réseaux d’évacuation des eaux pluviales et des raccordements incorrects dans les canalisations.