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Affaire Lina : comment l'autopsie se déroule-t-elle et que peut-elle révéler ?

Le corps sans vie de Lina a été retrouvé dans la Nièvre mercredi 16 octobre. [FREDERICK FLORIN / AFP]

Vendredi 25 octobre prochain, les obsèques de Lina, 15 ans, auront lieu à Plaine, dans le Bas-Rhin. Le corps de l’adolescente, disparue le 23 septembre 2023, a été remis à la famille après une autopsie. Cet acte médical nécessaire devrait permettre de déterminer les causes de la mort de l’adolescente.

Après la découverte du corps de Lina, mercredi 16 octobre, dans un cours d’eau à Sermoise-sur-Loire, dans la Nièvre, une autopsie a été réalisée sur la dépouille de l’adolescente, le week-end dernier, par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).

Il s’agit d’un acte médical important dans le cadre de cette enquête pouvant fournir des détails notamment sur les causes du décès d’une victime. Ces analyses scientifiques sont menées par le médecin légiste. Un métier tant sollicité dans les affaires criminelles.

«La médecine légale est un carrefour entre la médecine et la justice. Le médecin légiste fait l’interface entre le monde médical et le monde de la justice. C’est un rouage essentiel de la machine judiciaire. Néanmoins, cela n’est qu’un rouage puisqu’il ne travaille pas tout seul. Il fait l’autopsie mais travaille également sur les lieux de découverte du corps», a expliqué à CNEWS Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet, médecin légiste exerçant à l’Institut médico-légal de Metz.

«Sur les lieux de découverte du corps dans une affaire quelconque, les constatations que l’on fait sont réalisées soit avec les techniciens de l’identification criminelle de la gendarmerie nationale, soit avec les techniciens de la police scientifique. Le but est de faire parler le corps», a-t-il ajouté.

Différentes études menées sur le corps de la victime

Dans le cas de Lina, le corps de l’adolescente de 15 ans a été retrouvé dans un lieu peu fréquenté et qui n’est pas facile d’accès. Ainsi, des examens externes sont réalisés «dans de meilleures conditions».  

Selon l'expert, «la découverte du corps ne se fait pas toujours dans des conditions météorologiques satisfaisantes. On va donc faire un nouvel examen du corps sur la table de l’autopsie. Cela commence par l’examen du revêtement cutané (examen de la peau : ndlr) pour voir s’il y a des traces de violences». Puis, les médecins légistes procèdent à l’autopsie proprement-dite du corps «avec l’étude de la qualité encéphalique, l’étude de la qualité thoracique ainsi que l’étude de la cavité abdominale».

D’ailleurs, l’étude de la cavité abdominale est une étude dite «macroscopique». «Cela veut dire qu’on regarde à l’œil si l’on voit des choses ou des lésions, les décrire et procéder aux divers prélèvements qui sont utiles pour tenter de préciser les causes de la mort, comme les prélèvements à visés anatomopathologiques pour analyser le tissu, à visés toxicologiques pour rechercher des causes toxiques au décès et pour savoir s’il y a eu une participation toxique au décès ou une prise de toxine volontaire».  

Le médecin légiste est le garant de l'intégrité du corpsDr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet, médecin légiste

«Le médecin légiste est le garant de l’intégrité du corps. Bien que ce dernier soit dégradé ou putréfié, on veille à ce que celui-ci soit rendu le plus présentable et le plus propre possibles à la famille», a affirmé Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet.

Dans cette affaire, le corps de Lina a été retrouvé «immergé dans un cours d’eau situé en contrebas d’un talus», comme l’a indiqué le parquet de Strasbourg dans son communiqué. De ce fait, les expertises scientifiques, menées sur le corps, seraient «compliquées», selon le médecin légiste.

«C’est la problématique des corps qui ont séjourné longtemps dans l’eau. L’élément déterminant, dans ce cas, c’est l’état du corps. Si cela fait un an que Lina est décédée, le corps va être extrêmement dégradé. Ainsi, les analyses ne pourront pas factuellement montrer grand-chose. Si cela fait que 15 jours qu’elle est décédée, les phénomènes de putréfaction vont rendre les analyses très difficiles, pour ne pas dire impossibles», analyse Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet.

Une analyse des vêtements pour «montrer s’il y a des traces d’ADN»

En effet, les expertises scientifiques pourraient montrer plus de résultats lorsqu’elles sont pratiquées sur un «corps frais», soit une victime étant décédée deux jours avant la découverte de sa dépouille. «Le médecin légiste va pouvoir observer plus de choses sur un corps frais que sur un corps putréfié», a ajouté l’expert.

Il peut y avoir un éclairage de faits sur l'affaire LinaDr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet, médecin légiste

Néanmoins, et en règle général, les autopsies sont une étape très importante dans le cadre des affaires criminelles. À travers celles-ci, le médecin légiste peut observer les différents «stigmates cutanés de violences qui entourent le décès, avant ou juste après, les traces suspectes de l’intervention d’un tiers sur le lieu du décès ainsi que les potentielles traces internes de violences comme des traces de strangulation, des traces du sang dans les muscles synonymes de violences cervicales, des fractures, des côtes cassées ou des hématomes profonds».

Outre les expertises scientifiques pratiquées sur le corps, des prélèvements toxicologiques de la dépouille sont faits. Selon Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet, ceux-ci «permettront de dire s’il y avait de l’alcool, des médicaments ou des stupéfiants. L’anatomopathologie permettra de dater avec précision les lésions, et ce en prélevant des "lésions d’intérêt"». «Il peut y avoir un éclairage de faits sur l’affaire Lina mais tout dépendra de l’état du corps», résume le médecin légiste.

Des premiers résultats «rapides»

En parallèle, et toujours dans le cadre du meurtre de Lina, des analyses des vêtements de la victime sont également faits. Et comme l’indique Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet, «l’intérêt majeur de saisir des vêtements, comme pour les voitures dans ce genre de situation, est de montrer des traces d’ADN. On est plutôt dans le domaine des techniciens en identification criminelle, soit l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN)».

Dans ce contexte, ces techniciens vont essayer d’identifier les traces de sang ainsi que le profil génétique retrouvé sur le corps. À noter que des traces d’ADN de Lina et du principal suspect Samuel Gonin ont déjà été retrouvées sur deux cordes présentes dans le coffre du véhicule volé, Ford Puma, utilisé par le suspect.

Plus globalement, les analyses de vêtements permettront de «monter s’il y a des traces ADN. Le prélèvement des vêtements sert essentiellement à cela».  

Enfin, et concernant le délai des résultats des analyses scientifiques, ceux-ci sont généralement dévoilés «très rapidement» selon l’expert.

«Cela peut être très rapide, sauf pour l’anatomopathologie. Il y a un délai de fixation dans le formol des pièces qui est incompressible. Il faut que le formol pénètre vraiment au cœur des tissus. Cela peut prendre plusieurs mois. L’anatomopathologie est tenue par ce délai. Mais, symboliquement, on a un premier délai de rendu sur de la toxicologie qui peut être quasiment instantané par exemple pour l’alcoolémie. Mais tout cela dépend de la charge de travail de l’expert», a conclu Dr Jean-Baptiste Ballot-Gaconnet.

Pour rappel, les obsèques de Lina auront lieu ce vendredi 25 octobre à Plaine. Quant au principal suspect du meurtre de l'adolescente, Samuel Gonin, celui-ci s'est suicidé le 10 juillet 2024 à Besançon.  

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