Le foot français en danger, par Pierre Ménès

Pierre Ménès, chroniqueur de Direct Matin.[MERIADECK POUR DIRECT MATIN]

Le week-end dernier a envoyé de bien vilains signaux dans le football français. Le match entre le RC Lens et le PSG, supposé être une grande fête au Stade de France, a été gâché par l’excès de zèle de certains membres des forces de l’ordre.

 

On le sait, le club parisien mène une lutte sans merci contre les supporters supposés les plus dangereux de la capitale. Cela date du fameux «plan Leproux». Les Qataris ont renforcé la sécurité. Ils veulent un Parc des Princes pacifié, quitte à perdre de l’ambiance. Pourquoi pas…

Mais là où on ne peut plus être d’accord, c’est lorsqu’un père de famille avec son fils de 7 et 9 ans, munis de billets, ne peut accéder aux tribunes. Quand une jeune fille vit la même mésaventure, tandis que la personne devant elle se fait matraquer.

Lorsqu’on relate ces histoires, on nous rétorque que nous sommes irresponsables, et que si on veut le retour de la violence dans les tribunes, on n’a qu’à le dire. C’est un peu trop facile.

On pourrait répondre à ces champions de toute sécurité que la France accueille l’Euro 2016 dans moins de six cents jours. Que va-t-on faire des supporters anglais, polonais, néerlandais ?

Evidemment, il est très facile, et un rien démago, de prendre la défense des supporters contre l’autorité. Et puis, samedi soir, l’Allianz Riviera s’est plongé dans la honte. Rappelons le contexte. Les matchs entre Nice et Bastia sont toujours bouillants. Donc, les supporters corses étaient interdits de déplacement.

Mais pour en rajouter dans l’abus de pouvoir, la provocation ou le racisme, chacun fait son choix, le préfet des Alpes-Maritimes avait interdit tout drapeau corse ou signe identifiable de l’île de Beauté. Une décision invraisemblable et totalement indigne.

A la fin du match, et de la victoire de Bastia, Jean-Louis Leca, le gardien remplaçant corse, a donc exhibé un drapeau de son île. Vu le contexte, il y avait sûrement plus fin à faire. Rien faire aurait même été l’idéal et Leca sera certainement sanctionné pour cette provocation.

Mais comment justifier le consternant spectacle vu par la suite, l’envahissement du terrain par une centaine de supporters niçois, les coups portés par une sorte d’homme préhistorique pourtant affublé d’un polo «sécurité privé». Privé de cerveau sûrement.

Et que dire des déclarations lamentables, populistes et irresponsables d’un Didier Digard, pourtant capitaine du Gym ou d’Alexy Bosetti, icône des supporters niçois et dont les paroles sont donc d’une importance capitale ?

Le problème est là. Le vendredi, on s’offusque de la dérive sécuritaire des pouvoirs publics et le samedi, on nous sert l’indéfendable. On n’oubliera pas que des hooligans lyonnais et montpelliérains ont profité du match entre leurs deux clubs, dimanche dernier, pour aller se mettre une peignée dans un coin.

Ce dimanche, ce sont les supporters messins qui sont interdits de déplacement à Saint-Etienne. Cette situation ne peut pas durer. Elle donne une image désastreuse du football français, de son organisation et surtout de son incapacité à assurer sa propre sécurité.

Parce qu’interdire les supporters adverses de déplacement ne peut être une solution sur le long terme. Elle dure depuis déjà trop longtemps et a surtout démontré son inefficacité. Que faut-il faire ? Un commencement de début de dialogue a-t-il simplement eu lieu entre les supporters, les responsables de la sécurité des stades et les forces de l’ordre ?

Il va falloir que tout le monde lâche un peu de lest. Que la police s’ouvre un peu, que les supporters arrêtent d’être paranoïaques et soient aussi plus raisonnables.

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de commenter Arsenal-Tottenham pour Canal+. C’est peu dire que les fans des deux clubs du nord de Londres se haïssent. Pourtant, les supporters des Spurs étaient 3 000 à l’Emirates Stadium. Pas un incident. Et à la fin du match, tout le monde est sorti en même temps. On est plus bête qu’en Angleterre ? J’espère que non. Mais maintenant, il faut agir.

 

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