Des Bleus bien pâlichons, par Pierre Ménès

Pierre Ménès.[A MEUNIER / ICON SPORT / POUR DIRECTMATIN]

Pierre Ménès est une figure du paysage footballistique français. Ancien reporter à L’Equipe, cette intarissable grande gueule officie aujourd’hui en qualité d’expert pour le Canal football club. Chaque vendredi, il tient sa "Grosse kronik" dans les colonnes de Direct Matin.

 

Quand les Bleus ont réattaqué cette saison, ils étaient tout auréolés de leur parcours à la Coupe du monde au Brésil, qu’on a toujours un peu survendu. Si cette place de quart de finaliste, avec une élimination contre l’Allemagne (1-0), était un résultat tout à fait honnête, il n’en reste pas moins que l’équipe de France était dans un groupe facile avec la Suisse, le Honduras et l’Equateur et le 8e de finale face au Nigeria n’était pas beaucoup plus compliqué.

Et finalement, en comparaison avec le quart de finale à l’Euro 2012, il n’y avait pas grand-chose de nouveau au niveau du jeu. La seule différence était dans l’impression laissée au niveau du comportement avec une bataille rangée de selfies au Brésil, qui ont suffi à tout le monde. Mais le comportement est une chose et les résultats en sont une autre…

Du coup, Hugo Lloris et ses coéquipiers ont attaqué cette saison avec un capital sympathie sur lequel ils ont, dans un premier temps, surfé avec un certain talent. On a senti qu’il y avait des choses qui se mettaient en place, même si on connaissait les chantiers pour Didier Deschamps, qui étaient l’axe de la défense, l’organisation au milieu et les solutions pour accompagner Karim Benzema en attaque.

Aujourd’hui, en prenant la saison dans sa globalité, le sélectionneur français n’a pas avancé d’un millimètre. Il a essayé le monde entier au côté de Raphaël Varane, sans jamais toucher au défenseur du Real Madrid ni trouver la solution miracle.

Mais pour cette équipe de France, la cassure a été la défaite subie, en mars dernier, face au Brésil (1-3). Ce soir-là, la Seleçao n’a pas fait un match extravagant, mais les Brésiliens ont la chance d’avoir un joueur de talent avec Neymar. Quand une équipe possède un vrai joueur de classe mondiale en attaque, ça change beaucoup de choses.

Et malheureusement, l’équipe de France ne dispose pas de ce joueur. On attend toujours que Karim Benzema soit ce leader d’attaque, capable de marquer pratiquement à chaque match. C’est, à l’évidence, le meilleur attaquant dont disposent les Bleus. On lui en demande plus.

Le problème de Benzema, c’est surtout quand il n’est pas là qu’on s’aperçoit qu’il est le meilleur. Mais je préférerais qu’on voit qu’il est le meilleur quand il est là. Ce n’est pas facile non plus pour lui. Il a un rôle totalement différent avec le Real Madrid que celui qu’on lui demande en équipe de France, où on attend de lui qu’il soit le finisseur numéro un, alors qu’il est plus dans un rôle d’organisateur à Madrid.

En son absence, Olivier Giroud n’a pas su le faire oublier. Le fait qu’il soit international, c’est très fort. Les joueurs qui ont ses qualités, il y en a un paquet et, lui, il est sélectionné. Mais on voit que ça ne suffit pas et que ça ne suffira pas au niveau d’une phase finale d’un grand tournoi.

Antoine Griezmann, qui a fait une grande saison avec l’Atletico Madrid, a lui aussi été très décevant sous le maillot de l’équipe de France. Il ne serait pas le premier à être plus performant en club qu’en sélection. Didier Deschamps doit donc vite trouver cette formule offensive parce que l’impression laissée sur les deux derniers matchs est désastreuse.

Personnellement, je pense d’ailleurs que Didier Deschamps s’est complètement loupé sur ces rencontres. Je ne vois pas l’intérêt, une semaine après une finale de Ligue des champions perdue, de retenir Paul Pogba et Patrice Evra pour aller jouer un match en Albanie. Il pouvait s’en priver et faire des essais. Et il a fait des erreurs tant dans sa sélection, que dans la longueur du stage. Douze jours, c’est beaucoup trop et les joueurs ont fini par montrer une certaine lassitude.

Maintenant, on est à un an de cet Euro en France, peut-être que certains joueurs, qui ont été sélectionnés cette saison, vont disparaître de la circulation à cause d’une mauvaise saison, d’une blessure ou d’un mauvais transfert… Et d’autres vont peut-être exploser. Rien ne dit qu’un joueur comme Yoann Gourcuff va enchaîner 34 matchs avec son nouveau club et qu’il sera à l’Euro. Ce qui compte, c’est d’avoir le joueur en forme le jour J. En tout cas, aujourd’hui, la magie du joyeux club des selfies a disparu et on n’est pas encore revenu à la défiance, mais certainement à la méfiance.

 

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